LES VIGILANTS

Vigilants - Vigilants Noirs - Vigilant Archery - Licornes Vigilantes
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Kinkara

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Kinkara   Jeu 12 Juil - 18:01

Issue de l'idée de Pangloss, de faire un groupe de flambeurs sur CoV, Mercredi prochain, voilà l'ébauche du personnage que j'ai imaginé. Bon, le nom changera peut-être d'ici Union (je teste sur Zukunft, là Wink ), mais, au pire, y'aura juste un "h" ou deux ajoutés dans le patronyme.

Enjoy Very Happy


Le lieutenant Harrys entra dans la salle d’interrogatoire, une pièce grise et morne. Sur la façade nord, il y avait un grand panneau, couvert d’annonces et de graphiques statistiques. Au centre de la pièce, une simple table sur laquelle était posé un ordinateur portable, branché sur une prise de courant, seul élément en relief. Les murs avaient été repeints il y’a peu, et il régnait encore une odeur de diluant chimique bon marché des industries Crey.

Eva Harrys était une femme d’environ quarante ans, les cheveux grisonnants apparaissant sous la teinte qu’elle s’était faite, les yeux abrités derrière d’épaisses lunettes. Elle portait une chemise blanche, avec des épaulettes sur lesquelles on voyait son grade, et une jupe grise qui descendait jusqu’aux genoux. Ses yeux marrons, autrefois dynamiques, exprimaient aujourd’hui sa lassitude.

Dans la salle, il n’y avait que deux autres personnes. Un policier en tenue classique, chemise bleue et pantalon noir, assis devant l’ordinateur, attendait sa supérieure hiérarchique pour commencer à travailler. En face de lui, dans un siège de plastique et de métal, une jeune femme de dix-neuf ans, avec de longues mèches brunes, dont la pointe était teinte en rouge, des yeux bleus et vifs trahissant une grande intelligence, tapotait des doigts sur la table. Elle était vêtue d’une chemise de satin rose, brillante, et d’un jeans qui paraissait usé.

Harrys s’installa à côté de son secrétaire, posa devant elle une petite statuette de cuivre, emballée dans un sac plastique, puis commença l’interrogatoire. Le policier en tenue prenait note sur l’ordinateur de ce qui allait ressortir de la discussion.

- Vous vous appelez bien Vanessa Pirelli, résidant au numéro huit de l’avenue Wilford ?
- C’est exact.
- Vous êtes propriétaire de la boutique Van’Antics. Vous pratiquez le métier de brocanteuse ?
- Je préfère le terme de pourvoyeuse en antiquités rares.
- Reconnaissez-vous cet objet ?
- Oui.
- Reconnaissez-vous l’avoir vendu ?
- Tout à fait.
- Saviez-vous que cet artefact avait été dérobé dans une propriété privée ?
- Non.
- Comment êtes-vous entrée en possession de l’objet ?
- En achetant un lot de marchandises à un vide grenier.
- Quel est le nom de cette personne ?
- Samuel Richards.
- Avez-vous un numéro de téléphone ou une adresse grâce auxquels nous pourrions entrer en contact avec lui ?
- Pas sur moi. Je peux éventuellement vous communiquer ces renseignements dès que je serais de retour dans ma boutique.
- Ne vous donnez pas cette peine. Saviez-vous que monsieur Richards avait fait de la prison pour cambriolages, vols à main armée, avec violence et effraction ?
- Non. Nous ne sommes pas intimes.
- Vous n’aviez aucun doute ?
- Strictement aucun.
- Sachez que vous pourriez être accusée de recel d’objets volés, mademoiselle Pirelli.
- J’ignorais la situation. Bien évidemment, comme tout bon citoyen, je rembourserais mon client, et vous prierais de bien vouloir rendre ceci à son propriétaire légitime.
- Cela fait quatre fois que vous êtes convoquée, et pour des faits similaires. Nous avons de la suspicion à votre encontre.
- Je n’ai pas beaucoup été à l’école, aussi mon champ de connaissance sur les objets anciens est limité. Certains de mes fournisseurs abusent de cette carence.
- Par pure curiosité, combien aviez-vous vendu cette statuette ?
- Cent cinquante huit mille influences.
- Tant que ça ? Le montant ne vous a pas paru trop élevé, par rapport au marché normal ?
- Les collectionneurs payent souvent très cher pour avoir les pièces rares qui leur manquent. C’est mon créneau de travail. Il m’est déjà arrivé de vendre des bouteilles de vin pour plus de deux cent mille la pièce.
- Vous devez rouler sur l’or !
- Non. Le problème est que j’ai un stock important dans ma boutique, que je dois approvisionner régulièrement, et que ce genre de vente dont nous parlions n’arrive que très rarement. Je reste parfois plusieurs semaines avant de vendre autre chose. Ma trésorerie est assez fluctuante. Entrez en contact avec mon banquier, il vous l’expliquera !
- Cela vous dérangerait que nous venions nous assurer que vous n’avez pas d’autres objets ‘égarés’ dans votre inventaire ?
- Non, non, faites donc. Mais j’aimerais être là pour cette perquisition.
- Vous n’avez pas la conscience tranquille ?
- Ce n’est pas ça, mais je sais de quelle façon vous travaillez, et je préfère être là pour voir si il y’a de la casse, et vous la faire payer le cas échéant.
- Ce sera tout pour l’instant. Veuillez ne pas quitter la ville pendant quelques temps. Gregory, fit le lieutenant Harrys, en s’adressant à son secrétaire, mets le rapport en forme et pose-le chez le commissaire.
- Bien, madame.

Le jeune policier débrancha l’ordinateur, le replia, puis quitta la pièce, laissant le lieutenant seule avec Pirelli. Harrys ôta ses lunettes, les posa sur la table, et soupira longuement.

- Franchement, tu commences à m’inquiéter sérieusement, Vanessa. Ton père était un ami et un bon policier, mais, en dépit de l’affection que je te porte, je ne pourrais pas te couvrir encore très longtemps.
- La Police n’a rien contre moi. On peut juste me reprocher de ne pas être assez prudente.
- Et moi, je sais ce qu’il en est. Tu sais ce que tu fais, et tu joues avec le feu.
- Il faut bien que je gagne ma vie, non ?
- Pourquoi tu ne passerais pas le concours de la Police ? Intelligente comme tu es …
- Ha, ha, ha ! Tu te fiches de moi, ou quoi ?
- Ton père …
- Mon père est mort, quand j’avais onze ans, écrasé par un chauffard qui voulait échapper à un super-héros ! Tu voudrais que je suive la même voie ?
- C’était un cas rare, un bête accident.
- Un accident qui m’a rendu orpheline.
- Pas totalement, ta mère est vivante.
- Oui, elle a quitté le domicile conjugal quand j’avais deux ans, pour s’enfuir avec un bellâtre arrogant. Papa n’a jamais voulu divorcer. Il a toujours cru qu’elle reviendrait. Ah ça, oui, elle est revenue, quand il est mort, pour voir si il n’y avait pas quelque chose à récupérer. Elle ne s’est pas préoccupée de mon sort, se contentant de m’envoyer dans une pension pour enfants abandonnés. Elle n’en a rien à fiche, de moi. Elle préfère s’occuper des deux mouflets qu’elle a eus avec son amant !
- Vanessa …
- L’interrogatoire est terminé, lieutenant Harrys. Je rentre chez moi.

Vanessa ramassa son sac à main, qui traînait au pied de la chaise, puis sortit, sans saluer l’officier de police. Elle courait presque, voulant sortir au plus vite du PPD. Elle détestait cet endroit, où son père avait travaillé pendant quinze ans. Dans les couloirs, quelques policiers, qui la connaissaient de vue, lui dirent bonjour. Elle répondit du bout de la langue, sans desserrer les dents. Ce n’est qu’une fois dehors qu’elle se décontracta enfin. Elle descendit les escaliers, puis alla s’asseoir à l’abri de bus. L’autocar arriva presque aussitôt, et elle monta dedans, paya son ticket, et prit place derrière le conducteur.

Le vieil autobus s’arrêta une dizaine de rues plus loin, et elle en descendit. Elle traversa une ruelle, dans laquelle deux Hellions qui taguaient un mur la saluèrent, et auxquels elle répondit. Elle connaissait bien les gangs de ce quartier de la ville, et ceux-ci étaient toujours partants pour lui donner un coup de main. Puis elle parvint devant sa boutique. En fait de magasin, il s’agissait d’un vieil entrepôt, d’allure triste, et seule l’affiche jaune et rouge Van’Antics apportait une note de gaieté à l’ensemble. Elle fouilla dans son sac, en sortit un trousseau de clés, toutes attachées à un porte-clés en forme de boule de billard noire, au numéro huit. Elle avait aimé l’analogie avec son adresse.

La serrure cliqua, et la porte s’ouvrit sans grincer. Vanessa la repoussa puis activa le loquet de l’autre côté. A cette heure-ci de la journée, soit dix-neuf heures passées, la boutique était fermée. L’intérieur était conforme à celui d’un entrepôt classique, de nombreuses étagères métalliques débordant de marchandises incroyablement diverses et variées. Elle eut un sourire narquois, en pensant à ces « ignares de flics » qui devraient répertorier tout ce foutoir, en sachant qu’ils n’y trouveraient rien que du très légal. Elle s’étonnait que son précédent client se soit vanté de son acquisition, mais cela faisait parti des risques du métier, se dit-elle.

Néanmoins, Harrys avait raison. La suspicion commençait à être légitime, compte tenu de la fréquence de ses convocations au PPD. Vanessa décida de lever un peu le pied. Elle avait accumulé assez de fonds en espèces pour ne pas être dans le besoin pendant quelques mois, même si son banquier faisait toujours une drôle de tête en épluchant ses comptes. Il n’était pas le seul à s’y casser les dents. Commissaires aux comptes et experts-comptables se noyaient dans ses calculs d’apothicaires, et, lors de son unique contrôle de la brigade financière, les inspecteurs du fisc avaient préféré jeter leur tablier plutôt que de continuer.

Dans la presque obscurité de sa boutique, Vanessa se dirigea à tâtons vers son bureau, duquel émanait une petite lueur, celle de l’écran de veille de son ordinateur. Elle ouvrit la porte vitrée, posa son sac sur le bureau, et se dirigea vers l’issue de secours, du moins ainsi était-elle présentée. En fait d’échappatoire, la seconde porte conduisait dans une sorte de studio, vaguement aménagé. Une kitchenette à droite de l’entrée, une salle de bain dans le fond, et, au milieu de la pièce, un canapé-lit déplié, les draps en désordre. Tout laissait supposer le célibat. Elle avait quelques liaisons, mais se fatiguait vite de ses prétendants et les expulsait avec le même entrain qu’elle leur avait fait du charme.

Vanessa ôta chemise et pantalon, puis ses sous-vêtements, et se rendit dans la salle de bain. L’eau de la douche lui fit du bien, et elle resta sous le jet pendant vingt minutes. Elle revint ensuite dans la pièce principale, ouvrit la penderie, y attrapa un pyjama bleu informe, et couvrit son corps. Dans le petit réfrigérateur, elle s’empara d’une salade en bol, la dévora devant la télé, qu’elle avait maintenue éteinte cependant, puis jeta le reste dans la poubelle, qui semblait déjà bien pleine. Elle soupira en pensant qu’il faudrait la vider. Fatiguée, elle alla s’allonger sur le canapé-lit, et s’endormit de suite, alors qu’il était à peine huit heures et demi du soir.

A côté du lit, sur un guéridon aux formes grotesques, le cadran du téléphone s’éclaira d’une lueur rouge. Quelqu’un sonnait à la porte arrière. Vanessa ouvrit les yeux, regarda l’heure sur son réveil, à peine dix heures du soir, et devina qu’un de ses prestataires venait lui proposer sa marchandise. Elle se leva, enfila une robe de chambre par-dessus son pyjama, puis quitta son studio, en passant par le bureau. Elle tenait à la main la commande de sa télévision. Elle se rendit vers le fond de sa boutique, tapa un code puis appuya sur un bouton de l’appareil qu’elle portait, et une étagère lourdement chargée se déplaça, comme sur des roulettes, glissant vers la gauche et dévoilant une porte camouflée. Quelqu’un frappa. Vanessa ouvrit la fente qui servait autrefois de judas.

- Qui est-ce ?
- C’est moi, le Fumiste.
- Que veux-tu ?
- J’ai de la belle camelote pour toi.

Elle déverrouilla la porte, qui s’ouvrit à la volée. Le Fumiste était un clochard, dont les cheveux n’étaient qu’épis et saleté. Il avait un visage ridé, et un œil qui partait régulièrement vers la gauche alors que l’autre restait droit. Ses vêtements sentaient le négligé. Il portait dans ses bras un gros carton industriel, et la marque qui y était inscrite avait été dissimulée par un crayonnage au gros feutre noir. Le visiteur le posa à terre. Le ressort de la porte fit se refermer celle-ci. Vanessa alluma les néons au dessus d’eux. Elle examina le carton et son contenu.

- Alors, ça vaut le coup, non ?
- Bon sang, le Fumiste, ça vient du MAGI, ça !
- Comment tu le sais ?
- Tu as effacé le nom à grands renforts de marqueur, mais tu as oublié le code barre sur l’étiquette, là, en bas !
- Belle prise, hein ? J’ai chopé ça à l’arrière d’un camion, à Atlas Park, pendant que les déménageurs buvaient le café !
- Tu déconnes, j’espère ? Ca vaut que dalle, ça, de la merde. Tout est catalogué chez eux. Je suis sûre et certaine qu’ils ont déjà balancé la Hero Corps à la recherche de ces objets ! Voire pire, ils ont peut-être envoyé l’Arc !
- Ca veut dire que tu ne me les prendras pas ?
- Trois mille, à tout casser. Le risque est trop gros, surtout que j’ai déjà les flics sur le dos pour avoir revendu la camelote de Sammy !
- Attends, pour ce prix là, je préfère revendre ces babioles tout seuls !
- A qui ?

Le Fumiste vivait dans la rue, son réseau d’écoulement de marchandises était inexistant. Vanessa le savait et profitait honteusement de la situation.

- Bah, je me débrouillerais !
- Comme tu veux.
- Je les laisse ici, je n’ai pas la place pour les planquer dans ma poubelle.
- Dans ce cas, ne t’étonne pas de ne plus les retrouver. Je ne garderais pas ça ici si ça ne m’appartient pas !
- T’es une saleté !
- Non, commerçante, c’est pire encore !
- Quatre mille !
- Trois mille, ou tu repars avec ça sous le bras, et tu vas te faire arrêter deux rues plus loin !
- Trois mille cinq ?
- Trois mille.
- Une petite compensation en nature avec ça, alors ?
- Tu rêves ! Trois mille, ou tu te casses !
- Bon, d’accord, trois mille, c’est mieux que rien !

Elle lui ordonna d’attendre dehors, pendant qu’elle allait chercher son argent. Elle lui passa par la fente une soixantaine de billets de cinquante, qu’il recompta avidement. Quand il eut fini, elle leur demanda de se casser, lui et ses odeurs. Quand il fut loin, elle reprit sa télécommande, remit l’étagère en place, puis traîna le carton jusqu’à son bureau. Une fois dans celui-ci, elle saisit de nouveau un code et appuya sur un autre bouton. Cette fois, ce fut le bureau qui glissa, révélant une trappe avec un panneau numérique. Elle se baissa, tapota sur le clavier, et la trappe s’ouvrit. Une échelle descendait dans les ténèbres. Vanessa poussa le carton du Fumiste du pied, jusqu’à ce qu’il tombe. Un bruit de ferraille se fit entendre quand la boîte atteignit le sol, le choc ayant été amorti par la présence d’un matelas. La jeune femme referma tout, puis retourna au lit.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 12 Juil - 18:01

Le reste de la nuit fut sans encombre, et le matin arriva vite. Le réveil sonna à huit heures, puis prit un chausson lancé par Vanessa en pleine face. Elle se leva péniblement, mit la cafetière en route, végéta une un quart d’heure devant, avala rapidement une tasse, puis se rendit à la salle de bains pour se coiffer et se brosser les dents. La tenue qu’elle portait finit dans un panier de linge sale, qui attendait sûrement depuis plus de deux semaines d’être vidé. Elle revint nue dans la chambre, ouvrit la penderie, renifla de dédain, mit des sous-vêtements noirs affriolants et attrapa un pantalon blanc et un petit top vert fluorescent.

Elle alla ensuite ouvrir sa boutique, mais, comme tous les matins, les clients ne se pressaient pas à sa porte. Elle y était habituée. La plupart des gens avec qui elle traitait préféraient agir par téléphone. Ne voyant personne venir, après une heure d’attente, elle décida d’inspecter le contenu du carton ramené par le Fumiste, la veille. Elle ferma la porte de sa boutique, en mettant dessus le panneau ‘fermé pour inventaire’, plaisanterie qui la faisait toujours sourire, puis alla dans son bureau, et activa, toujours grâce à la télécommande, l’ouverture de la trappe secrète. Elle entra le code, puis descendit dans sa planque. Le carton était toujours sur les matelas de mousse, mais avait glissé jusqu’au mur. Elle le tira un peu plus loin.

La planque était un long couloir, dont les parois étaient agrémentées d’étagères, sur lesquelles on voyait des objets bien plus précieux que ceux exposés en haut. Entre deux étagères, il y avait un bureau surmonté d’une lampe et une chaise de type directorial. Vanessa alluma, posa le carton à côté de la chaise, et s’installa dans celle-ci. Elle se servit dans la boîte, ramenant les objets un à un.

Elle commença par un écrin de bronze, fermée par une petite serrure minuscule et gravée de nombreux symboles mathématiques. Une étrange odeur en émanait, et Vanessa préféra mettre ça de côté, se disant qu’elle s’arrangerait pour faire revenir au MAGI les objets qu’elle jugerait trop dangereux pour être revendus.

Ce fut ensuite une épée de belle allure, dont la pointe se courbait comme pour former un crochet. La garde était d’or et de joyaux, mais un étrange reflet sanglant se voyait sur la lame. Comme pour la boîte de bronze, elle estima l’objet dangereux, mais pensait que les amateurs d’armes blanches donneraient cher pour avoir cette pièce unique.

Vint ensuite une série de livres, tous reliés entre eux par une épaisse lanière de cuir. Les vieilles couvertures ressemblaient à des croûtes de peau humaine, et Vanessa eut un haut-le-corps en réalisant que c’en était. Les tranches des livres portaient des inscriptions latines, intraduisibles par elle. Elle pensa fortement à des libraires obscurs, collectionneurs d’ouvrages occultes, qui seraient intéressés par de telles trouvailles. Elle laissa les livres attachés ensemble.

Après cela, ce fut une flûte d’os dans son étui, objet magnifique, mais hautement morbide dans l’esprit de Vanessa. Enfin, l’os était bien trop imposant pour être issu du corps humain. Elle repassa plusieurs noms dans sa tête, de gens qui appréciaient ce genre d’objet. La flûte en question pouvait être un objet rituel, et certains clients de Pirelli avaient des accointances avec le milieu de la magie.

Quand Vanessa mit de nouveau la main dans le carton, elle en exhiba cette fois un miroir de poche. L’objet était beau et bien conçu. Le métal doré entourant le verre était torsadé, et formait une poignée par laquelle on pouvait le saisir. Une petite gemme rouge, incrustée juste en dessous du miroir, luisait à la lumière de la lampe. Vanessa porta l’objet devant son visage. Elle se contempla dedans, se trouvant l’air fatigué, puis plaisanta un peu, juste pour elle-même.

- Miroir, ô mon miroir, dis-moi, suis-je toujours la plus belle femme du monde ?
- Ha, ha, ha ! Ce qu’il ne faut pas entendre !

La jeune femme tomba à la renverse quand elle vit que c’était son reflet qui venait d’éclater de rire. L’arrière de sa tête heurta une étagère, et elle tomba au sol, sans connaissance. Elle ne saurait pas dire combien de temps s’était écoulé entre le moment du choc et la reprise de conscience. Elle se redressa péniblement, frotta le derrière de la tête pour vérifier qu’il n’y avait pas de sang, puis, constatant que tout allait bien de ce côté, hormis une vilaine bosse, se leva. Elle remit le siège sur ses roulettes, et s’assit de nouveau. Elle se souvint alors de son reflet mort de rire. Le miroir était toujours sur le bureau, là où elle l’avait laissé tomber quand elle l’avait lâché, surprise. Vanessa se trouva ridicule et vulgarisa sa réaction.

- Je suis surmenée. Rien d’étonnant, avec tout ce qui m’arrive en ce moment. Il faudrait que je prenne des vacances.
- Ca y’est, tu es enfin réveillée ? demanda une voix, venue du miroir.
- Quoi ? Que ? Je n’ai pourtant rien fumé ! Qu’est-ce que …

La curiosité l’emporta sur la peur. Après tout, se dit la jeune femme, si elle avait pu me faire du mal, elle l’aurait fait pendant que j’étais inconsciente. Elle s’approcha du bureau, porta la main sur le manche du miroir, et le mit de nouveau devant ses yeux. A l’intérieur, le reflet semblait disposer d’une vie propre. Elle la regardait avec un sourire narquois.

- Tu es moi ? Un reflet de mon âme, dans un miroir ? Le côté obscur de ma personnalité ?
- Qu’est-ce que tu es égocentrique ! Faut-il toujours que tu ramènes tout à toi ? Et, pour répondre à ta question, non, je ne suis pas toi.
- Tu me ressembles, pourtant.
- Idiote ! Tu te contemples dans un miroir ! Qu’attendais-tu de voir ? Le reflet de Jésus Christ ?
- Mais si tu n’es pas moi, alors pourquoi mon aspect ?
- Je viens de te le dire, stupide ! Tu es face à un miroir, le miroir reflète ton visage. Je me sers de ton reflet pour entrer en contact avec toi !
- Qui es-tu ?
- Je m’appelle Kinkara.
- Que fais-tu dans un miroir ?
- J’ai l’air de bronzer, à ton avis ? J’y suis enfermé, tout bêtement !
- Depuis quand ? En son for intérieur, Vanessa regrettait cette remarque stupide.
- Mille huit cent quarante sept.
- Cent soixante ans ?
- Miracle, elle sait compter !
- Hé, ho !
- Je commençais à croire que je ne parlerais plus jamais à personne, et tout ce que je trouve, c’est toi.
- Comment es-tu arrivée là-dedans, Kinkara ?
- Je me suis légèrement faite avoir.
- C’est-à-dire ?
- Tu crois vraiment que je vais raconter mes malheurs à une parfaite inconnue ?
- C’est tout, je te remets dans le carton, alors.
- Attends, attends ! D’accord ! Je vais t’expliquer !
- Alors ?
- Je suis un succube. Pour éviter d’avoir à lancer un sort à chaque fois qu’il avait besoin de mes services, un sorcier a conçu ce miroir pour m’y enfermer. Mais il est mort sans avoir pu inventer le contre sortilège, cet imbécile. Il en résulte que je suis coincé là-dedans.
- Laisse-moi deviner, tu voudrais que je t’aide à en sortir ?
- Excuse ma franchise, mais il me semble que tu n’es pas très au fait de ces choses là. Donc, pour avoir la capacité de m’en faire sortir, ce n’est pas gagné ! En revanche, il y’a peut-être quelque chose que tu peux faire pour moi.
- Quoi ?
- Poser une goutte de sang sur le rubis incrusté, juste là, en dessous.
- Qu’est-ce que ça fera ?
- Ca devrait me permettre de ne plus avoir à me servir de ton reflet, et tu pourrais me voir telle que je suis.
- Sûre ? Ce n’est pas un piège ?
- Mais non.

Vanessa attrapa une aiguille, qui traînait dans un des tiroirs du bureau, puis se piqua l’index. Elle pressa un peu son doigt, pour faire jaillir de la plaie une goutte de sang, qu’elle fit tomber sur le joyau. Celui-ci l’absorba et se mit à luire. Le miroir brilla d’une lueur magique, obligeant Vanessa à mettre la min devant ses yeux. Quand elle les rouvrit, elle se trouvait dans une salle étrange. Il n’y avait pas de mur, mais on voyait des lumières violettes qui explosaient en feu d’artifices. Sur le sol, on voyait un amas de coussins colorés. La jeune femme ne ressentait plus la faim, ni une quelconque envie humaine. Un éclair attira son attention, et elle s’approcha de la zone d’où il venait. Là, elle vit un cercle d’eau, qui flottait en l’air, et, à travers celui-ci, elle put voir une femme à la peau rouge et aux cheveux oranges et, derrière elle, des étagères qui portaient des artefacts qu’elle connaissait. Vanessa poussa un cri, elle avait deviné qu’elle se trouvait de l’autre côté du miroir.

- Pas la peine de crier, je t’entends !
- Tu m’as menti !
- Non, je me suis trompée. Je ne pensais pas que la pierre servait à ça.
- Mets une goutte de sang sur le rubis ! Rends-moi ma liberté !
- Désolée, les succubes ne saignent pas.

Kinkara farfouilla d’abord dans le carton, puis sur le bureau. Elle ôta la lanière de cuir qui maintenait les livres, et se plongea dans la lecture. Elle prit celui dont la couverture ressemblait à de la croûte de peau, puis le feuilleta à vive allure. Elle s’arrêta à une page, la parcourut du doigt, puis émit un cri de triomphe.

- Ah, j’ai trouvé. Alors, si j’ai bien compris, nous venons de signer un pacte de sang. Tu deviens capable de m’appeler, et de me faire sortir du miroir par le simple appel de mon nom, quelque soit la distance qui te sépare de ma prison.
- Et comment je fais pour t’y renvoyer ?
- Voyons, voyons. Hum, tu ne peux faire appel à moi qu’une fois par jour, pour une durée qui ne dépasse pas vingt-quatre heures. Après, lorsque je sors, c’est à moi de décider quand est-ce que je veux rentrer. Si je décide de disparaître au bout de dix minutes, tant pis pour toi.
- Qu’est-ce que tu attends pour le faire ?
- Tu réalises que je viens de passer plus de cent cinquante ans là-dedans ? Je vais prendre un peu l’air.
- Hé !

Le succube fouilla les étagères, visiblement ravie de pouvoir sortir. Elle continua sa visite de l’entrepôt de Vanessa, découvrit le fonctionnement de la télévision, dévora une bonne partie des réserves de nourriture et d’alcool, pendant que la jeune femme, prisonnière du miroir, l’appelait sans arrêt. Kinkara s’endormit, saoule, dans le lit, jusqu’à ce que le réveil sonne, ce qui engendra sa perte. Si Vanessa se contentait d’envoyer un chausson, le succube, lui, tira une épine qui transperça l’appareil, puis elle se rendormit. Quelques temps après, un choc sourd la fit sortir du sommeil. La porte avait été enfoncée par des agents de police. Ils entraient en file dans l’entrepôt, et le lieutenant Harrys était en tête.

- Vanessa ? Tu es là ?
- Seigneur, qu’est-ce que c’est que ça ? fit l’un des agents, en voyant Kinkara surgir, les cheveux défaits.
- Cette chose a tué Pirelli ! A tous les coups !
- Rendez-vous ! fit Harrys. Encerclez-là, ordonna t’elle à ses hommes.
- Oups, limite des vingt-quatre heures ! Désolée, Vanessa ! fit le succube.
- Que … ?

Kinkara se transforma progressivement en Vanessa Pirelli. Les agents l’entouraient toujours. L’un d’eux entra dans le bureau, découvrant la trappe secrète, que le succube, ignorante, avait laissé ouverte. Vanessa leva les bras au ciel.

- Lieutenant, y’a plein d’objets volés, ici !
- Eva … dit-elle, suppliante.
- Navrée, Vanessa. Ton sort ne dépend plus de ma juridiction. Sergent, appelez l’Arc.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin


Dernière édition par le Mar 24 Juil - 16:11, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mar 17 Juil - 14:34

Nouvel interrogatoire en moins de deux jours, je bats un record, se dit Vanessa Pirelli. Elle venait de redonner ses nom, âge, adresse, mais cette fois, c’était à un parterre de personnalités de Paragon City. Le lieutenant Harrys avait voulu assister la jeune femme, mais avait été expulsée. Comme elle l’avait dit auparavant, les évènements sortaient de son domaine de compétence. Dans la pièce aux murs jaunes, vide de tout décor, on ne voyait qu’une longue table, derrière laquelle cinq individus contemplait la brocanteuse, assise sur une chaise, les mains menottées derrière le dos. Cette dernière, pas intimidée pour deux sous, les observa un à un, les dévisageant sans retenue.

Assis à l’extrême gauche, Andrew MacFlayers représentait la Police, en lieu et place, assurément, du lieutenant Harrys. L’homme avait beaucoup plus d’influence que cette dernière, et aussi, très certainement, était plus habitué à gérer ce genre de situation. Il avait posé, devant lui, un épais dossier, contenant des références de tout genre, du passé de la jeune femme à son avenir immédiat, des informations sur le parcours de son père au sein du PPD, des descriptifs complets des objets retrouvés. Vanessa se dit que si elle devait compter sur un appui dans cette salle, il viendrait sûrement de cet homme.

A côté de lui, dans son costume rouge et blanc, un officiel de l’Arc griffonnait nerveusement sur un bout de papier les renseignements fournis par la jeune femme. Il avait fait montre d’une animosité exacerbée dès le début des questions, semblant considérer que Vanessa avait pactisé avec le diable en personne. Elle devina, à fort bon escient, qu’il ne fallait espérer aucune sympathie de cet individu.

Au milieu, unique représentante du sexe faible, Azuria, la tête du MAGI, observait l’interrogée des pieds à la tête. Pour l’instant, elle n’avait posée aucune question, ces dernières se cantonnant au curriculum vitae de Vanessa. Elle s’était contentée de l’observer, poliment. La brocanteuse n’envisageait pas que la magicienne puisse lui être d’une grande aide. Elle imaginait, à juste propos, que la disparition des objets lui avait causé tracas et problèmes.

A la gauche d’Azuria était assis un militaire, et ce dernier paraissait se demander ce qu’il fichait ici. Lui non plus n’avait pas participé à la première phase de l’interrogatoire. Il n’avait même pas pris de notes. Selon Vanessa, il était là juste pour que le nombre de personnes soit impair, si un vote devait avoir lieu. Elle n’en attendait rien, devinant que ses motivations pour l’aider seraient aussi inexistantes que son envie d’être ici.

A l’extrême droite, un homme vêtu en bleu marine et en blanc représentait la Hero Corps. L’organisme avait été engagé, en même temps que l’Arc, pour retrouver les objets disparus. Le Fumiste avait bien négocié son coup, et, si la Police et Kinkara ne s’en étaient pas mêlés, Vanessa aurait fort bien pu revendre l’intégralité des objets sans que personne ne s’en aperçoive. Elle pensa tristement qu’il ne fallait pas attendre d’aide non plus de ce côté là, car la Hero Corps ne devait pas avoir apprécié de passer en second plan de la Police.

- Bien, fit MacFlayers. L’essentiel des renseignements sur votre personne correspond à votre dossier. Nous pouvons désormais entrer dans le vif du sujet.
- Je ne saurais que trop vous conseiller de faire preuve de franchise, mademoiselle Pirelli, ajouta Azuria. Vous êtes dans une situation très critique. Aussi, n’essayez pas de nous mentir effrontément, cela se retournerait contre vous.
- J’ai bien compris, répondit Vanessa.
- Qui pose les questions ? demanda le représentant de la Police.
- Je vais m’en occuper, proposa l’agent Sunney, de l’Arc.
- Non, je pense que le capitaine William doit s’en charger, opposa la chef du MAGI.
- Moi ? fit le militaire, aussi étonné que les autres.
- Oui. Dans cette assemblée, capitaine, vous êtes le seul qui n’ait pas de parti pris. Monsieur MacFlayers voudra protéger la fille d’un ancien collègue de travail. L’agent Sunney, croyant et pratiquant, fort de ses convictions religieuses, voudra la châtier. Monsieur Nightclaws sera désireux de voir la Hero Corps redorer son blason, entâché par le fait de ne pas avoir retrouvé les objets avant la Police. Et moi-même, je suis un petit peu en colère de m’être fait voler devant mes bureaux.

Les quatre hommes regardèrent Azuria, puis MacFlayers donna la parole au capitaine William. Ce dernier, légèrement pris au dépourvu, considérant qu’il n’était là que pour le nombre, n’avait rien préparé. Sunney proposa de récupérer les notes de chacun, pour lui donner, afin qu’il s’en serve pour poser des questions. Erik William compulsa rapidement celles-ci, puis entama la discussion.

- Mademoiselle Pirelli, pouvez-vous nous expliquer de quelle façon vous avez pu entrer en possession de biens appartenant au MAGI ?
- Un clochard connu sous le nom de Fumiste me les a apporté, il y’a deux nuits.
- Oui, nous avons procédé à l’arrestation de l’individu, que des témoins nous ont affirmé avoir vu autour du camion, peu avant le vol, ajouta MacFlayers. Il est toujours en cellule.
- Comment se fait-il que personne ne l’ait vu apporter ces objets à mademoiselle Pirelli ? Ce disant, tous se retournèrent vers Vanessa.
- Mes fournisseurs, si j’ose les appeller ainsi, passent par les égoûts, et arrivent dans une cour fermée, derrière l’entrepôt qui me sert de magasin. Il y’a une porte camouflée, au fond de ma boutique. Elle semble condamnée, mais est toujours opérationnelle. Je la cache derrière une étagère pivotante, pour que l’on croit qu’elle est inutile et plus utilisée. Il y’a aussi une sonnerie. Quand ils veulent me vendre quelque chose, ils viennent par ce chemin, qui est très discret.
- Une porte camouflée ? Un passage par les égoûts ?
- Mon entrepôt est une ancienne cachette de contrebandier, que j’ai aménagé pour ma convenance.
- Nous avons trouvé tout cela, ajouta Nightclaws, de la Hero Corps. Il y’a en fait trois portes camouflées. La première, mademoiselle Pirelli vient de nous en parler. Il y’a ensuite une planque sous son bureau, là où elle entassait ses biens les plus précieux. Pour finir, un troisième passage atterrit dans les égoûts directement, c’est une échappatoire. Il y’a un système électronique de commande à distance. Il faut entrer un code pour activer l’ouverture. Nous avons eu du mal à trouver l’appareil, et pour cause, celui-ci était déguisé en simple commande de télévision, tout à fait banale.
- C’était bien pensé, fit le militaire. Juste devant notre nez, et impossible de le voir. Comment l’avez-vous su ?
- Parce que la télécommande était dans le souterrain aux trésors, et que nous nous sommes demandé ce que faisait un tel objet si loin du poste.
- Effectivement.
- Reprenons, si vous le voulez bien. Mademoiselle Pirelli, qu’avez-vous fait, dès que vous êtes entrée en possession du carton d’artefacts volés ?
- Je l’ai mis dans ma planque. C’était la nuit et je désirais dormir avant tout. Le lendemain matin, j’ai ouvert ma boutique, et, ne voyant personne venir, j’ai fermé la porte et je suis descendue pour faire le tri du carton.
- Qu’y avez-vous trouvé ?
- Une boîte métallique, qui sentait mauvais. Une épée tordue. Des livres baroques, dont l’un semblait fait de croûtes humaines. Une flûte en os. Un miroir à main. Je n’ai pas eu le temps d’inspecter toute la boîte. Il y est resté treize rouleaux de parchemin, scellés avec de la cire, un instrument de musique à cordes qui ressemblait à un violon déformé, une cloche métallique ébréchée, et un bâton noir tâché de sang séché.
- Quelle mémoire ! Ajoutons à cela l’ingéniosité dont elle a fait preuve pour dissimuler sa marchandise ! Quel gâchis !
- J’ai ici son dossier scolaire, fit MacFlayers. Elève très brillante bien qu’un peu dissipée. A quitté l’école à l’âge de seize ans, par défaut d’attribution d’une bourse d’étude.
- Pourquoi lui a t’elle été refusée ? demanda Azuria.
- Parce que ma mère gagne trop bien sa vie, répondit Vanessa, de but en blanc.
- Elle aurait pu vous payer vos études, alors ?
- La situation est un peu délicate, Azuria, fit MacFlayers. Et c’est quelque chose de très privé.
- Mais cela pourra peut-être nous éclaircir quand à son comportement. Capitaine ?
- Mademoiselle Pirelli, pourriez-vous nous parler de votre enfance ?
- Mon père était policier, ma mère écrivain. Elle nous a abandonné, mon père et moi, quand j’ai eu deux ans, pour aller vivre une histoire d’amour avec une sorte de maître-nageur italien. Mon père n’a jamais voulu divorcer, il pensait qu’elle reviendrait à la raison, un jour ou l’autre. Elle n’est revenue que lorsqu’il est mort, pour récupérer tout ce qui pouvait lui rapporter quelque chose. Elle m’a ensuite placée dans une pension pour enfants abandonnés ou maltraités, avant de repartir retrouver sa nouvelle famille.
- Vous la détestez ?
- Si j’étais sûre qu’il n’y aurait pas de poursuites, je la tuerais. Mais avant, j’éliminerais devant ses yeux son amant et les deux enfants qu’elle a eu avec.
- Hum.
- Navrée, mais vous m’avez demandé d’être franche, alors je le suis.
- Comment est mort votre père ?
- Ecrasé par un chauffard, quand j’avais onze ans. L’individu venait de braquer une banque et était poursuivi par un super-héros. Mon père a voulu l’arrêter, et il s’est fait rouler dessus. Le voleur l’a traîné sur deux cent mètres, avant d’être immobilisé par un camion poubelle.
- Et vous en voulez aussi au voleur et au héros ?
- Non. J’en veux à mon père. Il y avait déjà quelqu’un à la poursuite du voleur, et cette personne aurait fini par le rattraper. Si vous le permettez, j’aimerais que nous revenions sur le sujet principal. Ma vie privée n’a rien à voir avec l’affaire qui vous préoccupe.
- Bien au contraire, cela nous éclaire beaucoup sur vos motivations, fit Azuria.
- Que s’est-il passé, ensuite ?
- J’ai découvert le miroir, et celui-ci s’est mis à me parler.
- Pardon ?
- J’ai été étonnée, aussi. En fait, elle m’a expliqué qu’elle était enfermée à l’intérieur.
- Elle ?
- Kinkara. C’est comme ça qu’elle s’est présentée à moi.
- Continuez, je vous prie. Azuria, pour la première fois, semblait très intéressée.
- Elle m’a fait poser une goutte de sang sur un joyau incrusté dans le manche du miroir. C’était censé libérer son aspect, car elle me parlait à travers mon reflet. Nos positions se sont inversées. Je me suis retrouvée dans le miroir, elle était de nouveau libre.
- Dans le rapport de police, on dit effectivement que c’est cette créature, Kinkara, qui était présente au moment de l’intervention. Puis, d’un seul coup, vous vous êtes retrouvée à sa place. Comment cela se peut-il ?
- Elle m’a parlé d’un pacte de sang. Que je pouvais l’appeller. Mais elle a aussi parlé de limites de temps.
- Des limites de temps ?
- Je peux la faire sortir du miroir une fois toutes les vingt-quatre heures, soit une fois par jour, et pour une durée maximale de vingt-quatre heures. Si je suis apparue devant la Police, c’est parce que la limite temporelle venait d’être atteinte.
- Votre arrestation ayant eu lieu hier, vers onze heures du matin, cela veut donc dire que vous pourriez l’appeller en ce moment ?
- Oui. Enfin, si ce qu’elle m’a dit est vrai. Elle a trouvé les informations dans le livre couvert de croûtes.
- Je suis au regret de vous dire que les pages de ce livre sont toutes blanches, mademoiselle.
- Je vous demande pardon ?
- De même, ajouta Azuria, il n’émane aucune force du miroir. Kinkara n’est plus dedans. A mon avis, pendant que vous étiez enfermée, elle a préparé quelque chose à votre insu.
- Quoi ? Qu’est-ce qu’elle aurait fait ?

Un choc sourd, à l’intérieur de la tête de la jeune fille, se fit sentir. Elle avait l’impression que son cerveau était propulsé dans son estomac. Elle entendit la voix narquoise et moqueuse de Kinkara résonner à ses tympans, mais elle voyait qu’elle était la seule à l’entendre.

- Douée, cette magicienne. Vanessa ne lui répondit pas, craignant que les gens en face d’elle la prenne pour une folle. J’ai effectivement fait quelque chose. Je me suis servie de ta salle de bain, histoire de pouvoir nettoyer les cercles magiques avec l’eau, pour ne pas laisser de traces. Je ne peux pas me libérer de la prison, mais je peux en changer. Je suis actuellement enfermée dans ton corps. C’est d’ailleurs bien plus confortable que ce miroir. Autre avantage, on ne peut pas sentir ma présence à travers toi.
- Et bien, repris Azuria, qui n’avait pas noté de changement notable chez l’interrogée, nous pensons qu’elle a tenté de se libérer de sa prison de verre.
- Où serait-elle, en ce moment ? demanda Vanessa.
- Bien vu. Tu vas leur expliquer que je ne suis pas dans ton corps, et ils te mettront en prison juste pour recel d’objets volés. Quand nous en sortirons, nous pourrons trouver un moyen de nous séparer.
- J’imagine qu’elle a dû trouver un nouveau réceptacle, pour se cacher à notre vue. Elle rompt ainsi le pacte de sang qu’elle a passé avec vous, obtenant sa liberté provisoire. Car elle déteste être aux ordres des humains.
- Pas faux. Mais je veux bien travailler avec toi, du moment que ça reste dans notre intérêt commun.
- Je ne peux plus y faire appel ?
- Je ne crois pas.
- Vous n’avez plus rien à me reprocher, alors ?
- Si. Recel d’objets volés. Vous purgerez une peine de deux ans de prison ferme. A moins de nous aider à la retrouver.
- Qui ?
- Kinkara. Vous ne la connaissez pas. Elle a été enfermée par un magicien dans ce miroir. Elle y a ressassé sa rancoeur pendant cent soixante ans. Alors, j’imagine que l’espèce humaine doit lui être particulièrement désagréable. La preuve en est qu’elle n’a pas pris contact avec un humain depuis très longtemps.
- C’est surtout que j’attendais de trouver quelqu’un avec un cerveau.
- Vous êtes pâle, mademoiselle Pirelli. Quelque chose ne va pas ?
- Que se passera t’il, si jamais elle est libérée ?
- Elle retournera sûrement dans le cercle des enfers d’où elle est issue, et ne répondra plus aux convocations.
- Je sais à quoi tu penses, Vanessa. Non, elle ne me libérerait pas. Ils me garderaient en prison, pour pouvoir se servir de moi à leur guise.
- Acceptez-vous de nous aider, mademoiselle Pirelli ?
- Si je ne peux plus l’appeller, je crains de n’être d’aucune utilité.
- Comme ça, c’est non ?
- Je suis désolée. L’agent Sunney reprit la parole.
- Alors, je dois vous informer que vous purgerez votre peine au Zig.
- Comment ?
- Vous avez eu des accointances avec une créature de l’enfer. Nous pensons qu’elle s’est réfugiée dans votre corps. Nous prendrons donc des mesures contraignantes, le temps de nous assurer que ce n’est pas le cas.
- Tu vois, ils t’ont tendu un piège. Tu leur aurais dit que j’étais en toi, ils t’auraient enfermée dans une geôle de haute sécurité. Grâce à ta formidable méfiance, tu auras un traitement de faveur, car ils ne sont pas sûr de ma présence en toi. Si ils te traitent trop durement, par rapport à ce qui t’est reproché, ils s’exposent aux foudres de l’opinion publique. A la moindre faute de leur part, il te suffira de faire appel à moi, et nous sortirons de prison les mains dans les poches.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mar 24 Juil - 18:00

Note : peut heurter la sensibilité des plus d'jeuns ! Wink

On frappa à la porte de la cellule. Le gardien Patricks entra, un sac de courses à la main, et le tendit à Vanessa. Elle l’ouvrit, compta plusieurs cartouches de cigarettes, quelques bouteilles d’alcool, et plusieurs sachets de poudre blanche. Avant qu’elle n’ait le temps de ranger quoi que ce soit, le garde défit sa ceinture. Pirelli se mit à genoux en soupirant. Moins d’une minute après, Patricks quittait la geôle, l’air satisfait, pendant que Vanessa se rinçait la gorge avec une grande rasade d’eau. En se redressant, elle vit un reflet dans le miroir au dessus du lavabo, mais celui-ci n’était pas le sien. C’était une femme à la peau rouge, aux yeux étrangement blancs, et aux cheveux d’un orange éclatant.

- Pouah, fit Vanessa en recrachant. Salut, Kinkara.
- Alors, on s’amuse bien ?
- Parle pour toi ! Obligée de me prostituer pour alimenter mon stock !

En quelques jours, la jeune femme avait réussi à constituer un petit trafic de marchandises entre prisonnières. Bien sûr, cela n’allait pas sans quelques désagréments. Paul Patricks, le surveillant général de l’aile de la prison où elle était enfermée, était un homme qu’un mariage devenu malheureux minait. En échange de quelques prestations physiques, il accédait facilement aux requêtes de Vanessa. Il lui promettait de divorcer dès qu’elle sortirait de prison, et qu’ils vivraient ensemble. Mais elle, ça ne l’intéressait pas.

- Il t’a encore dit qu’il allait t’épouser ?
- Pas aujourd’hui ! Il s’est contenté de déballer son attirail, et, une fois qu’il a eu fini, il est retourné bosser. A mon avis, son boss doit l’avoir à l’œil. Il ne doit pas être très rentable.
- Quoiqu’à la vitesse où il va pour expédier ses petites affaires, il ne perd pas beaucoup de temps.
- Ha ha ! C’est pour ça que je ne me mettrais jamais avec lui, même si je sortais de prison demain. Les lapins, ce n’est pas mon truc !
- Pas d’opportunité de fuite ?
- Si j’en avais trouvé une, crois bien que j’aurais déjà fait appel à tes services, rouquine !
- Flûte.
- On a beau être dans un quartier « gentil », nous sommes tout de même au Zig. On n’en sort pas aussi facilement.
- On revoit quand, ton prétendant ? Il y’a peut-être un moyen d’en tirer quelque chose ?
- De Patricks ? Rien, que dalle. Il faudrait que je couche avec le directeur de l’aile, pour qu’il essaye –j’ai bien dit « essaye »- de m’obtenir une liberté conditionnelle. Et, au vu de ce que l’on me reproche, je ne pense pas que ça passera.
- Mouais. Encore là pour deux ans, en gros.
- Un peu de patience, deux ans, ce n’est rien.
- Si, ça risque d’être quelque chose.
- Comment ça ?
- Petite précision. Une fois enfermée dans un réceptacle, humain ou non, celui-ci devient immortel. Quand tu as fait tomber le carton dans ta cachette, le miroir aurait dû être brisé. Mais ma présence en son sein l’a renforcé. Alors, maintenant que je suis dans ton corps …
- Tu veux dire que …
- Dans deux ans, au moment de te faire sortir, si quelqu’un s’aperçoit qu’après tout ce temps en cellule, tu es toujours la même qu’avant, nul doute que notre copine Azuria soupçonnera vraiment quelque chose. Bien sûr, tu pourras dire que tu ne le savais pas, que je ne suis pas entrée en contact avec toi, mais, à mon humble avis, elle ne te croira pas. Déjà que là, elle ne t’estime pas très crédible.
- Tu aurais pu y penser avant !
- Si je m’étais placée dans un objet quelconque, les mystiques du MAGI auraient eu tôt fait de retrouver ma trace. Il ne me restait qu’une solution, le changement de prison pour passer d’un corps inerte à un corps vivant. Les corps vivants ont la fâcheuse habitude de faire de la rétention d’énergies magiques. Tu m’excuseras d’avoir ainsi usé de toi, mais ton quartier n’est pas très peuplé en animaux. J’ai cherché à capturer un oiseau ou un chat, pendant que j’avais pris ta place, mais rien ne s’est présenté.
- Faut dire aussi que saoule comme tu l’étais …
- Oui, c’est vrai, ce n’était pas très intelligent de ma part. Au fait, de la vodka, tu as ça, dans ton sac ?
- Des clous ! Pas touche, c’est pour mes clientes !
- En voilà une, d’ailleurs.

La porte s’ouvrit. Une prisonnière, affectée au vidage des poubelles, prit celle de Vanessa et la retourna dans le gros sac noir qu’elle traînait. Kinkara, dont le reflet n’était visible que par son hôte, vit plusieurs objets entourés de carton tomber au milieu des ordures. La femme reposa la corbeille au sol, non sans laisser choir à son tour quelque chose à l’intérieur, et cela sans que le garde qui l’accompagnait puisse voir quoi que ce soit. Une fois la porte refermée, Vanessa se précipita et ramassa les quelques billets, qui constituaient le prix des objets vendus.

- Il y’a le compte ?
- Ouais.
- C’est bien, elles n’essayent pas de t’arnaquer.
- La seule fois où une a essayé, j’ai menacé de fermer la boutique. Aussitôt, on m’a donné le complément. Elles ont besoin de moi pour avoir ce dont elles ont envie.
- Pourquoi ne font-elles pas comme toi ? Je veux dire, un petit sacrifice pour obtenir ce qu’elles veulent.
- Question de religion, ou plus simplement, question d’apparence. Même si je ne suis plus toute fraîche, j’ai quand même plus de sex-appeal que la plupart des femmes du coin.
- Mouais. Les goûts, les couleurs. Bon, je retourne à l’intérieur. Si jamais l’occasion se présente …
- Ne t’en fais pas, Kinkara. Je ne suis pas assez forte pour sortir d’ici toute seule. Je ferais obligatoirement appel à tes services.

Le soir tomba vite, comme chaque jour passé dans la prison. Patricks était revenu, portant un chargement plus lourd qu’à l’ordinaire. Vanessa pesta, en imaginant qu’il avait amené quelques babioles pour obtenir plus que l’habituelle prestation. Elle baissa son uniforme de prisonnière, s’allongeant lascivement sur le matelas, pendant que l’homme s’installait sur elle. Il avait à peine commencé à besogner que l’alarme d’alerte résonna dans les couloirs. Le code rouge avait été lancé, ce qui voulait dire qu’une attaque organisée avait lieu contre la prison. Vanessa y vit la seule opportunité qu’elle aurait de s’enfuir. Mais Patricks ne semblait pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. La jeune femme cria alors.

- Kinkara !

En un instant, elle fut remplacée par le succube. Cette dernière semblait aussi surprise que le garde, quand elle vit qu’elle se trouvait sous lui. Elle sentit qu’il perdait de son énergie.

- Bah, alors, petit gardien ? Je ne suis pas à ton goût ? protesta t’elle.

Patricks devinait de ce dont il s’agissait. Il ceintura Kinkara du mieux qu’il put. Mais celle-ci eut alors un large sourire bestial. Paul Patricks se demanda peu de temps ce que signifiait celui-ci. En quelques secondes, il fut transpercé de part en part par des épines qui sortaient du corps de la démone. Le sang coula de ses lèvres, indiquant qu’un ou plusieurs organes internes avaient été touchés. Sa mort suivit rapidement. Kinkara remit ses vêtements en place, et fouilla le cadavre. Elle lui arracha les clés, attachées à sa ceinture qui, comme le pantalon, était aux mollets de l’homme. Elle ne tarda pas à ouvrir la porte, et à découvrir la panique complète qui régnait alentours. L’évasion n’avait pas été organisée pour elle.

D’étranges individus traversaient les couloirs, suivis de près par des soldats en rouge et blanc, des agents de l’Arc. Kinkara se souvint de l’agent Sunney. Même si elle n’avait pas participé physiquement à l’interrogatoire de Vanessa, elle avait pu voir les gens qui avaient questionné la jeune femme. En voyant que personne ne s’intéressait à elle, et en se basant sur les indications de Vanessa, enfermée dans son corps, elle put aller jusqu’à l’endroit d’où étaient venus les étrangers. Elle y découvrit une porte taillée dans le mur, à l’aide d’une scie circulaire ou de quelque chose s’en approchant. Elle passa au travers, descendit dans une bouche d’égouts, puis, en suivant ceux-ci, parvint jusqu’à l’extérieur. De là, elle se rendit vers un gigantesque appareil noir, qui attendait très certainement que les individus croisés dans le couloir reviennent à son bord.

Mais l’approche fut plus délicate. Le pilote de l’engin était aux prises avec l’agent Sunney en personne. Ce dernier, criant « au nom du Christ ! », frappa d’un grand coup son adversaire. Le soldat d’Arachnos vola, et s’écrasa lamentablement sur un mur. Son menton s’affaissa sur sa poitrine, montrant qu’il était hors jeu. Sunney se plaça en garde devant l’hélicoptère, défiant du regard quiconque voudrait s’en emparer. Mais ce n’était pas le genre de Kinkara de s’inquiéter pour un balourd pareil. En passant devant une tour de garde, elle vit son reflet dans une vitre. Ou plutôt, le reflet de Vanessa. Celle-ci lui parla.

- Gaffe, Kinkara. Il n’est pas idiot. Il va faire le lien entre toi et moi.
- Ca te dérange ?
- Je … je ne sais pas. Après tout, de toute façon, même si on avait attendu deux ans, nous aurions été sous surveillance constante, toutes les deux. Alors …
- Autant en profiter pour s’amuser un max ! Ca te dirait de me voir dérouiller ce gros tas de morve ?
- Pourquoi pas ?

Avant même que l’agent Sunney ne la voit arriver, une épine lui entra dans la jambe, lui faisant poser le genou au sol. Il la retira en hurlant, la jetant au sol pour la voir disparaître en poussière.

- Qui ? Qui a osé faire ça ? Par le sang du Christ, je vous ordonne de vous montrer. Kinkara surgit à l’extrémité de la tour, de là d’où elle venait de tirer. Vous ? cria Sunney. Vous et cette femme …
- Disons que nous sommes intimement liées, maintenant. De nombreuses épines recouvrirent le corps de la femme. Maintenant, amusons-nous, monsieur le croyant. Voyons si vos prières trouveront quelqu’un pour être entendues !
- Blasphème !
- De toute façon, tu es déjà à ma merci ! Parce que le poison imprégnant ma première épine est déjà dans ton système sanguin.
- Comment ? Une épine plus grosse que les autres surgit de l’avant-bras de Kinkara.
- Maintenant, il est temps de mesurer quelle foi est la plus forte. Celle du bien ou celle du mal.
- Je n’ai aucun doute à ce sujet !
- Le doute viendra bien assez tôt. Ou plutôt, je vais le faire croître en te tuant petit à petit !

Un nuage de fumée noire enveloppa Sunney, et celui-ci poussa un hurlement de rage en se jetant sur le succube. Son poing frappa avec la rapidité de l’éclair, mais ce qu’il avait touché n’était pas la créature. La fumée était là pour l’empêcher de bien voir, et le pouvoir accomplissait son office.

- Je suis ici, petit catho !
- Raaaah !

Les flammes entourèrent l’agent de l’Arc, l’étouffant. Il peinait maintenant à se déplacer. Ses poumons le brûlaient, sa gorge était en feu. Avant qu’il n’ait pu se reprendre, Kinkara lui fit une longue estafilade, de l’abdomen jusqu’à l’épaule. Le sang s’en échappa par grosses gouttes, révélant quelques traces d’un liquide vert. Chacune des attaques du succube était empoisonnée. Le nuage de fumée se fit moins virulent, et Sunney profita de cette accalmie pour charger son assaillante. Il lui envoya un magistral coup de poing en plein visage, l’envoyant faire un vol plané de quelques mètres. Elle fut surprise, car Kinkara n’avait pas pensé que les humains aient pu développer une telle force. Elle envoya plusieurs de ses épines, pour maintenir la distance, puis, d’un seul coup, retrouva toute sa force.

Les flammes, de nouveau, entourèrent l’agent de l’Arc. Mais, cette fois-ci, il n’arrivait pas à s’en débarrasser. Quand il fut immobile, Kinkara s’approcha de lui, et le frappa de plusieurs coups, bien plus violents que la première attaque. Elle plaça ensuite la plus grande de ses épines à l’endroit même où était le foie de l’homme.

- Prie donc, prie donc. Je vais perforer ta veine hépatique, mon cher curé. Et quand je l’aurais fait, tu mourras, lentement, mais sûrement. Et à ce moment, essaye de voir si ton Dieu va te venir en aide.

L’épine s’enfonça dans le corps immobilisé de l’agent. Ce dernier émit un cri de détresse, puis s’effondra de tout son poids sur le sol. Kinkara se rendit ensuite près du pilote de l’hélicoptère. Mais celui-ci était mort, et donc incapable de la faire sortir d’ici. Le succube grimpa dans l’appareil et examina les commandes. Elle abandonna bien vite. En contemplant le verre de la cabine de pilotage, elle put voir le reflet de son hôte, qui regardait les boutons du tableau de bord de l’aéronef.

- Rassure-moi, Vanessa, tu sais conduire cet engin ?
- J’ai quelques heures de vol sur simulateur, mais …
- Tu penses que les gars à l’intérieur sauront le faire décoller ?
- Non, je ne crois pas.
- Que fait-on, alors ?
- Vaut mieux tenter une ânerie que rien du tout. Tant pis pour la limite de temps. Je ressors et j'essaye.
- Okay, on échange.
- J’espère simplement que je n’aurais pas besoin de toi trop tôt.

Vanessa Pirelli apparut en lieu et place du succube. Elle commença à manipuler les commandes de l’appareil. Le décollage était automatisé, et, en s’envolant, elle put voir les individus étranges croisés par Kinkara dans le couloir. Ceux-ci faisaient signe à l’appareil de descendre. Mais Vanessa n’en eut pas le loisir. Le trajet de retour avait été programmé sur le pilote automatique, sûrement par le soldat d'Arachnos avant qu’il ne soit appréhendé, et, de toute façon, de nombreux agents de l’Arc entouraient déjà les trois évadés et leurs sauveteurs. L’engin noir fila à toute allure vers les Insoumises. Rien ne semblait pouvoir arrêter sa course.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 27 Juil - 17:47

Note : là aussi, contient des scènes qui peuvent heurter la sensibilité des d'jeuns Wink

Partie 1/2 (mince, on est limité en taille Shocked)


La chambre que Vanessa louait était assez misérable, mais présentait au moins le mérite d’être meublée, chose utile lorsque l’on débarque sans autres affaires que celles que l’on porte. L’uniforme de la prison avait fini brûlé, et la jeune femme s’était arrangée de renouveler en partie sa garde-robe, en usant des fonds qu’elle s’était constitué lors de son court séjour derrière les barreaux. Elle portait en ce moment un jeans noir, délavé, et un petit haut moulant de couleur rouge. Elle avait recoupé un peu ses cheveux, juste pour égaliser quelques mèches qui dépassaient, et se dissimulait maladroitement derrière une paire de lunettes, qui ne corrigeaient aucun défaut.

Elle nettoyait à grand renfort de produits ménagers la cabine de douche. C’était l’un des rares points sur lequel elle se montrait intransigeante, l’état des installations sanitaires. Lors de la visite de la chambre, elle avait failli refuser le studio en voyant les toilettes. Ce fut Kinkara qui l’enjoignit à accepter. La première tâche que s’imposa Vanessa fut un nettoyage complet de la douche. Elle avait pour cela acheté nombre de détergents industriels, et frottait désormais comme une forcenée pour faire partir les tâches.

Dans le grand miroir, au dessus du lavabo, le reflet de Kinkara observait l’acharnement que mettait Vanessa à faire briller la moindre surface. Le sol avait déjà pris une teinte brillante, et l’intérieur de la cabine commençait à y ressembler.

- C’est la première fois que je te vois trimer comme ça, Vaness’.
- Les WC de la prison étaient plus propres que ceux de ce taudis ! C’est un véritable scandale !
- Il t’arrive de manger des trucs avariés, tu dors n’importe où, quand un vêtement te semble sale, tu le jettes et tu en rachètes un autre. Mais tu fais la fine bouche pour les sanitaires. J’ai du mal à te comprendre.
- C’est comme ça.
- Ca fait longtemps que tu as ce trouble ?
- Depuis …
- Oui ?
- Depuis la mort de mon père.
- Ho.
- Je devais faire la salle de bain, le jour où il est mort. Un policier est venu me chercher à l’école, pour m’informer de son décès. Comme il n’y avait personne pour s’occuper de moi et que ma mère, qu’ils avaient prévenue, devait arriver, ils m’ont ramené chez moi, à minuit passé. Je ne sais pas pourquoi, si c’est l’état de choc ou autre chose, je me suis souvenu que c’était mon tour de nettoyer la baignoire et les toilettes. J’y ai passé le reste de la nuit. Depuis, c’est devenu une sorte de tic. Je ne supporte plus de voir les sanitaires sales.
- Ok. Désolée d’en avoir parlé.
- Ce n’est rien.

Vanessa se remit à frotter, avec force et conviction, pendant que Kinkara baillait avec autant d’entrain. Une heure plus tard, si les sanitaires pouvaient parler, ils auraient dit qu’ils n’avaient jamais été aussi propres depuis leur installation. Vanessa rinça ses torchons et serpillières, mit ce qui était sale dans un bac de linge, le fourra la machine à laver, et envoya un programme au hasard.

- Dis voir, Vanessa …
- Oui ?
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu es un esprit supérieurement intelligent, c’est ce qui m’a attiré chez toi. Comment en es-tu arrivée à faire la receleuse ?
- Comment ? se demanda t’elle.

Après l’annonce de la mort de son père, sa mère, Eleanore, était revenue. Elle s’était occupé de tout, mais surtout de vider les comptes, de revendre le mobilier, et de placer la fille de son précédent mariage dans une institution pour enfants abandonnés, au grand dam d’Eva Harrys, qui croyait fermement que la mère de Vanessa gardait un peu d’affection pour sa fille. Cette dernière atterrit donc dans un orphelinat lugubre, mené d’une main de fer par sœur Marie-Marguerite, une vieille femme acariâtre qui détestait les enfants. Ceux-ci le lui rendaient bien d’ailleurs.

Cinq années passées dans cet environnement peu amène eurent raison du caractère adorable de la jeune demoiselle. La souffrance l’avait endurcie. Elle travaillait bien à l’école, malgré la mauvaise réputation de l’endroit qu’elle fréquentait. Bien sûr, la jalousie de ses consoeurs lui valait quelques séjours à l’infirmerie, mais elle ne renonçait pas pour autant. Elle avait fini par se persuader qu’avec ses résultats, elle pourrait obtenir une bourse d’étude et intégrer une grande université. En pure perte.

Sa mère, écrivain de profession, ayant pu financer, grâce aux fonds dégagés par la vente des biens de son premier mari, l’édition de son livre, fit vite fortune. Ce faisant, ses revenus empêchaient Vanessa de bénéficier de l’aide qu’elle espérait. Ayant atteint l’âge maximum pour rester à l’orphelinat, on la mit dehors, avec, pour seul bagage, son cerveau et sa tenue du moment. Elle commença à monter des combines pour vivre. Entre les paris et quelques magouilles qu’elle inventait, elle s’en sortait plutôt bien.

Tellement bien que lorsqu’elle eut dix-sept ans, elle réussit à acheter sa propre boutique, moyennant l’usage d’un intermédiaire. Van’Antics ouvrait ses portes, et, de suite, Vanessa devina qu’elle pourrait tirer une fortune de certaines pièces rares. Elle commença à aménager un réseau de fournisseurs plus ou moins obscurs, lui amenant des objets volés, qu’elle replaçait chez certaines connaissances. Bien vite, son réseau se développa, tel une toile d’araignée.

La suite est connue, elle devint vite suspecte aux yeux de la police. Mais, avec ses connaissances en mathématiques, elle réussissait à embrouiller même les plus fins limiers de la brigade financière. Les spécialistes de la tenue de comptes se renvoyaient le dossier, et Vanessa Pirelli était devenue la bête noire des impôts. Quand un contrôleur fiscal devait hériter de l’affaire, il préférait se faire porter pâle. La comptabilité de Vanessa était un chef d’œuvre d’hypocrisie et de mensonges soigneusement camouflés.

Puis, finalement, Kinkara était entrée dans sa vie.

- Bah, je suis devenue receleuse juste en cumulant deux trois contacts, une boutique, et plusieurs pots-de-vin. Après la mort de mon père, il m’a bien fallu survivre. Et toi Kinkara, comment t’es-tu fait enfermée dans ce miroir ?
- Bonne question. Je ne me souviens de rien, si ce n’est que j’ai été créée par un démon de haut niveau des enfers. Ensuite, on m’a invoqué et enfermé dans le miroir que tu as trouvé. Un sorcier nommé Gozen l’a inventé. Ca lui aurait permis de m’appeler sans problèmes, et de me contrôler partiellement. Mais il ne l’a jamais fait. Une troupe de chevaliers l’a abattu. J’ai vécu là-dedans pendant cent soixante ans.
- Il y’a bien des gens qui se sont servis du miroir entre-temps, non ?
- Imagine, avec le niveau culturel de l’époque, ce qui se serait passé. Un maléfice est égal à un exorcisme. Je ne voulais pas disparaître sans avoir le temps d’accomplir quelque chose. Ensuite, je suis retournée dans une boîte, et celle-ci ne s’est ouverte qu’il y’a peu.
- C’est-à-dire que je suis la première personne que tu vois depuis cent soixante ans ?
- Non, il y’en a eu quelques autres. Mais pas un qui n’avait ton niveau d’intelligence, ou qui présentait un attrait pour la magie et la sorcellerie.
- Je ne devais pas être si différente.
- Si. Rappelle-toi ce que tu as dit, quand tu t’es mirée dans le miroir pour la première fois.
- C’était une bêtise, Kinkara, un souvenir issu d’un dessin animé de mon enfance.
- Peut-être. Mais le fait de prononcer cette phrase, même en te disant en ton for intérieur que la magie n’existe pas, ça veut dire que, quelque part en toi, il y’a une portion de ton être qui estime la chose possible.
- Si j’étais sorcière, je te prie de croire qu’il y’a des tas de choses que je changerais.
- Tu n’es pas sorcière, hélas. Tu n’es qu’une invocatrice sans magie ayant scellé un pacte de sang avec un succube.
- Comme tu dis, hélas.
- Je peux t’aider, néanmoins.
- A faire quoi ?
- Tu as dit que ça t’intéresserait de tuer ta mère. Toujours partante ?
- C’est toi qui le ferais, pas moi.
- Où est la différence ? Je le ferais sur ta demande à toi. C’est comme si tu te servais d’un intermédiaire pour accomplir une besogne que tu ne peux exécuter seule.
- Nous y penserons, Kinkara. De toute façon, elle est en Europe, avec ses moutards et son amant. Enfin, son mari. Elle l’a épousé dès qu’elle a été officiellement veuve.
- La distance n’est pas un problème.
- C’est un crime.
- Ma chère, rappelle-toi l’article que nous avons lu, toutes les deux, dans ce torchon que tu appelais un journal. Nous sommes considérées, toi et moi, comme dangereuses et armées. Tous les moyens sont bons pour nous arrêter. Vanessa Pirelli est autant recherchée que Kinkara. Si jamais « ils » te remettent la main dessus, tu es bonne pour la perpétuité, voire la peine de mort, pour peu qu’ils puissent l’appliquer ! Alors, franchement, qu’as-tu à perdre si tu tues une ou deux personnes de plus ? Sans oublier que, finalement, tu as tué ce garde, Patricks, dans la prison, et l’agent Sunney, devant l’hélico.
- « Je » les ai tués ?
- En me faisant prendre corps dans ta réalité, tu m’as autorisé à éliminer tout ceux qui t’empêchaient de sortir. Ne dis pas que c’était un acte inconscient. Pas à moi. Tu savais que tu ne pourrais jamais sortir de là-dedans, aussi intelligente sois-tu. Tu n’ignorais pas que cela ferait couler le sang. Tu as fait appel à moi, car tu n’es pas assez forte pour tuer.
- C’est vrai.
- Alors, que dis-tu de ma proposition ?
- Pourquoi le ferais-tu ?
- Parce que je commence à m’attacher à toi, ma fille. Et que, franchement, la couleur que prend l’intérieur de ton corps quand tu penses à ta mère m’inquiète sérieusement ! Si tu continues comme ça, tu finiras par choper une maladie.
- Je me croyais immortelle, avec toi en moi ?
- Immortelle, mais pas invulnérable. Tu imagines ce que ça fait de vivre pendant cent ans avec un cancer ?
- Je ne préfère pas le savoir.
- Bien, alors détruisons ce qui te mine !

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 27 Juil - 17:48

Note : partie 2/2, probablement la plus violente

Faut que je colle une mention spéciale ? Razz


Quelques jours plus tard, près de Florence, Italie

La chaleur étouffante de l’été vidait les rues, et fermait les volets, afin que les maisons retiennent le plus de fraîcheur possible. Un peu à l’écart de la ville italienne, la voiture de Frederico et Eleanore Casi se parquait dans l’allée de la demeure de luxe. L’homme et la femme semblaient de très mauvaise humeur. Ils parlaient à voix hautes, mais sans se disputer. Le sujet portait sur leur fils, Luigi, qui allait redoubler. Frederico continua son monologue, soutenu par sa femme.

- Etre obligé de se déplacer jusqu’à son école de rattrapage, par cette chaleur ! Tout ça pour s’entendre dire que c’est un fainéant !
- Fini la piscine, les jeux vidéo ou la télé, lui répondit Eleanore. On va le mettre au boulot.
- La porte est ouverte ? Marco, tu es rentré ? Frederico appelait son fils cadet.
- C’est peut-être Maria, la femme de ménage, qui a oublié de fermer ?
- Maria ? Oublier de fermer ? Non, impossible. Ca doit être Marco. Il est rentré plus tôt que prévu de son stage de tennis.

Ils entrèrent dans la maison, dans laquelle l’obscurité environnante apportait une note salvatrice de fraîcheur. Ils voulurent traverser le salon, pour aller vers les chambres, mais Eleanore stoppa son mari. Elle venait de voir une forme, assise confortablement dans un des fauteuils, un verre à la main. Frederico s’empara de la télécommande des stores électriques, et fit pivoter les lames des volets légèrement, afin qu’il y ait un peu plus de lumière. Ils purent voir une jeune femme qui patientait en sirotant un verre de cocktail.

- Qui êtes-vous, que faites-vous ici ? demanda Frederico.
- … Eleanore ne semblait pas en croire ses yeux. Vanessa ?
- Bonjour, mère. Ces mots étaient dits froidement.
- Que fais-tu ici ?
- Tu n’es pas au courant des derniers évènements ?
- Quels évènements ?
- Je suis officiellement recherchée par la police et les organisations de lutte contre le crime !
- Et c’est pour ça que tu viens ici ? Pour que je te cache ?
- Non. Je n’ai pas besoin de toi pour ça. Je me débrouille bien seule.
- Alors, pourquoi es-tu venue ?
- Comme je suis en cavale, et que, maintenant, je n’ai plus rien à craindre de la justice, j’ai fait le trajet exprès pour vous liquider.
- Quoi ?

Frederico se dirigea vers une armoire. Il ouvrit rapidement une boîte en carton, placée sur une étagère, et en sortit un vieux pistolet automatique. Il le pointa sur Vanessa.

- Vous croyez que vous allez vous en tirer comme ça ? Il paraissait paniqué. Où sont mes fils ?
- Ils boivent la tasse dans la piscine, répondit la jeune femme, sur un ton froid comme la glace.
- Ho non ! cria Eleanore, en se dirigeant vers l’extérieur. Elle ne vit rien dans l’eau chlorée.
- Non, je plaisante. Je les ai assommés, ils dorment tranquillement au frais, dans la cave.
- Tu m’as fait peur !
- Ils mourront, ne t’en fais pas. Sous tes yeux, qui plus est. Ainsi que lui, fit-elle, en désignant Frederico. Un conseil, tu ferais mieux de ne pas me rater. Enfin, même si tu me touches, ça ne changera rien.
- Crève ! fit Frederico. Mais il ne put se résoudre à appuyer sur la gâchette.
- Ben alors ? Grande gueule mais petites burnes ?
- Frederico !
- Je …. Je n’ai pas le droit de tirer dessus ! Je ne suis pas en état de légitime défense !
- Tant pis pour vous, alors. Kinkara !

Le cri réveilla le succube. Un flash de lumière aveuglant immobilisa Frederico et Eleanore un court instant. Quand la vue leur revint, ils purent voir qu’à la place de Vanessa Pirelli se tenait une créature à la peau rouge et aux cheveux oranges.

- Salut, je m’appelle Kinkara, je suis la meilleure amie de Vanessa !
- Une créature des enfers ! Meurs ! La balle passa à deux mètres de la démone.
- Raté. Arrête de trembler, tu viseras mieux ! Comme ça !

Elle envoya plusieurs épines sur l’homme. Celles-ci se fichèrent à différents endroits de son corps, mais sans le tuer. Il tomba au sol, tétanisé par le poison. Eleanore fit demi-tour et sortit en courant de la maison. Deux aiguilles vinrent se planter dans ses mollets, et elle tomba face contre le sol. Elle chercha à atteindre la voiture, mais la force de ses bras diminuait à cause de la toxine contenue dans les épines de la démone.

Elle entendit un craquètement, et, en faisant un effort surhumain, put tourner la tête. Les flammes commençaient à dévorer l’intérieur de sa demeure. L’être maléfique franchit le seuil de la porte, en croquant dans une pomme qu’elle avait prise dans une coupe, sur la table basse du salon. Elle vint jusqu’aux côtés d’Eleanore, la souleva de terre en la tirant par les cheveux, lui arrachant un gémissement de douleur, puis la fit se mettre à genoux, les yeux en direction de la maison. La mère de Vanessa entendit les cris de douleurs qui s’en échappaient. Le poison la paralysait, l’empêchant de crier ou de se relever. Elle ne pouvait plus que pleurer.

- Ah, les flammes ont atteint ton cher mari. A ton avis, combien de temps avant que les deux demi-frères de ta fille se rendent compte de l’incendie ?

Il ne fallut pas longtemps. Les flammes s’élevèrent haut sur le toit, et on entendit les hurlements de voix plus jeunes que celle de Frederico. Kinkara eut un large sourire malveillant, pendant qu’Eleanore pleurait tout son saoul. Le succube se pencha à son oreille.

- Ca fait mal, pas vrai ? Comme ça, tu as une idée de ce qu’elle a pu ressentir. En fait, Vanessa voulait que je les tue devant tes yeux, puis que je t’achève, mais j’ai décidé de te laisser la vie sauve. « Que longue soit ton agonie. », c’est ce que tu as écrit dans ton bouquin, non ?
- Van…ess…a.
- Elle t’entend et te voit, mais ne peut pas te répondre. Si tu l’entendais rire en ce moment, je te jure que tu aurais envie de lui tordre le cou. Enfin, j’ai décidé de m’octroyer une récompense. Je ne te tuerais pas, je te l’ai dit, mais … une longue épine d’aspect tranchant sortit du bras droit de Kinkara … je vais tout de même m’offrir un petit souvenir, madame l’écrivain ! Attention, ça va faire mal.

Elle leva son bras bien haut et l’abattit sur l’épaule droite d’Eleanore. Elle frappa deux autres coups, toujours en la tenant par les cheveux. Quand le bras chuta au sol, le succube tenait une poignée de fils capillaires dans sa main gauche. Le corps de la femme tomba à la suite du bras, pendant que Kinkara posait la main sur la plaie sanglante. L’effet du poison s’estompant, Eleanore ne put retenir un cri de douleur quand la démone cautérisa la blessure.

- Essaye de survivre à ça, ma petite mère. On verra si tu es aussi forte que ta fille.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mar 31 Juil - 17:41

Dans la salle étaient réunis les mêmes personnes que la fois précédente, hormis que l’agent Sunney avait été remplacé au pied levé par son suivant, le sergent Burlet, un jeune homme qui ressemblait à une annonce pour le recrutement au sein de l’Arc. Azuria lui adressa la parole en premier.

- Burlet, c’est ça ?
- Oui, Luke Burlet. J’étais l’assistant de l’agent Sunney.
- Comment va t’il ?
- Toujours dans le coma. Les médecins ne se prononcent pas sur son état. Si il n’avait pas été aussi fort, ça fait longtemps qu’il aurait péri sous les coups de cette créature.
- Est-on sûr que c’est d’elle dont il s’agit ? demanda William, le militaire. Dans la panique, il y aurait pu avoir confusion.
- Les vidéos de surveillance nous l’ont confirmé, de même que Sunney, qui a clairement prononcé le nom de Vanessa Pirelli avant de sombrer.

MacFlayers, dans son habituel complet gris, se leva de sa chaise et alla jusqu’à la porte. La vitre de celle-ci, opaque à souhait, laissait voir des ombres qui attendaient devant. Il tourna la serrure, et fit entrer la personne qui patientait. Azuria, Nightclaws et William, se retournèrent pour la voir.

Il s’agissait d’une femme qui avait la quarantaine, les cheveux colorés en blonds. Elle portait une tenue stricte, composée d’une jupe noire qui descendait jusqu’aux genoux, une chemise grise, et une veste sombre. Aucun ne manqua de constater que la manche droite pendait lamentablement. Elle était manchote, et, au vu de son équilibre maladroit, on devinait que cela était récent. Mais le plus choquant était le côté droit de son visage, qui portait des traces de brûlures. De ce côté-là, les cheveux avaient été enflammés, et son oreille paraissait avoir fusionné avec sa peau. Il lui faudrait quelques séances de chirurgie esthétique avant de retrouver une apparence normale.

Le représentant de la Police conduisit la femme jusqu’à la chaise, face à la table où étaient logés les quatre autres, que MacFlayers rejoignit dès qu’elle fut assise. Contrairement à Vanessa, on ne lui passa pas de menottes pour la tenir attachée à la chaise. La femme brûlée détailla les gens en face d’elle, des pieds à la tête, tâchant de déterminer qui allait commencer l’interrogatoire. Ce fut le militaire qui entama la discussion. Cette fois, on avait demandé au capitaine William de présider à la séance.

- Vous vous appelez bien Eleanore Casi, née Daston ?
- Oui.
- Résidez-vous au numéro trente-deux de la Petite Floride, banlieue riche de la ville de Florence, Italie ?
- J’y résidais, mais plus maintenant. La maison a été détruite. Je vis désormais dans un appartement gracieusement prêté par la Mairie de Paragon City.
- Merci. Monsieur le représentant de la Police, pourrions-nous avoir le dossier ?

MacFlayers se leva pour distribuer plusieurs dossiers d’une dizaine de pages à chaque personne derrière la table. Chacun ouvrit le sien, se plongeant dans une lecture rapide. Le premier à relever la tête fut l’agent de l’Arc, Burlet.

- Votre pseudonyme d’écrivain est-il bien Ely Caston ?
- Oui.
- Vous êtes donc l’auteur de « Vivre pour la gloire » ? demanda l’agent Burlet.
- Oui, c’est moi qui ai écrit ce livre.

Burlet, si sa fonction le lui avait permis, aurait sûrement demandé un autographe, mais cela aurait été mal vu, sans compter qu’il aurait rappelé à la femme qu’elle n’avait plus qu’un bras. Il se contenta d’un « incroyable », avant de se plonger de nouveau dans la lecture du dossier. MacFlayers, patient, attendait que chacun ait fini de compulser les polycopiés qu’il venait de distribuer. Quand Azuria retourna le sien, il commença à poser les questions.

- Vous étiez bien l’épouse en première noce de Robert Pirelli, policier à Paragon City ?
- C’est exact.
- Vous avez eu une fille avec cet homme, avant de le quitter. Savez-vous où elle pourrait se trouver ?
- Je n’en ai aucune idée.
- Est-ce elle qui vous a fait ceci ? demanda Azuria.
- Pas … pas directement.
- Expliquez-vous, ordonna le militaire.
- C’est cette créature, qui prétend être son amie, qui a tué mon mari et mes enfants.
- Kinkara ?
- Oui, c’est cela, c’est bien le nom qu’elle nous a donné.
- J’ai une autre question, fit MacFlayers. Pourquoi avoir abandonné votre fille ?
- Mon mariage avec Pirelli avait été arrangé par mes parents. Ce n’était pas vraiment l’amour fou entre nous. Aussi, quand j’ai rencontré Frederico, au cours d’un séminaire en Italie, j’ai préféré laisser Vanessa à son père, pour qu’il ait une raison de vivre.
- Vous ne vous êtes guère préoccupée de son sort par la suite, me semble t’il. Au décès de votre premier mari, vous êtes revenue prendre tout ce qui avait de la valeur, puis vous avez placé votre fille dans une pension pour enfants abandonnés.
- Nous étions des étrangères l’une pour l’autre. Elle n’avait que deux ans, quand j’ai quitté le domicile conjugal. Elle ne se souvenait même pas de moi.
- Cela n’explique pas que vous n’ayez pas tenté de l’emmener avec vous, répondit Azuria. Toute mère digne de ce nom se serait inquiétée de l’avenir de son enfant, qu’elle l’ait ou non élevé.
- La situation était délicate. Veuve, j’allais pouvoir épouser Frederico, et faire reconnaître nos enfants. Mais celui qui était mon amant, à l’époque, ne voulait pas de la fille d’un autre sous son toit. Ils sont comme ça, les italiens. Possessifs et jaloux.
- Vous auriez pu lui trouver autre chose que la pension où vous l’aviez emmené. Vous ne manquiez pas d’argent.
- A l’époque, si. J’en avais énormément besoin pour pouvoir subvenir aux frais de publication de mon livre.
- Cela veut donc dire que vous avez privilégié votre amant, vos enfants illégitimes, et votre livre, aux dépends de votre fille naturelle, fit MacFlayers, avec de l’animosité dans la voix. Bravo, on ne s’étonne plus du résultat. Eleanore Casi rougit de colère.
- Je ne l’ai jamais poussé à devenir une criminelle !
- Non, mais on peut dire que vous y avez contribué, objecta Nightclaws, le représentant de la Hero Corps.
- Savez-vous qu’elle a essayé de s’en sortir, seule ? Qu’elle a eu d’excellents résultats scolaires, qu’elle voulait décrocher une bourse d’études supérieures, pour entrer à l’université, et que celle-ci lui a été refusée pour la simple raison que vous gagniez trop bien votre vie ?
- Je … j’en étais vaguement informée.
- « Vaguement informée … » ricana MacFlayers. Quel toupet !

Il sortit de son cartable une liasse de documents, frappés à l’entête du rectorat de l’académie de Paragon. Il se leva de nouveau, défila devant ses congénères, leur montrant une page. Azuria soupira, les autres firent une grimace éloquente. Andrew se tint debout, devant sa place, en s’appuyant sur la table et en dévisageant la femme.

- J’ai ici une copie d’un courrier du rectorat, qui faisait suite à la demande d’attribution d’une bourse d’étude à une jeune élève, Vanessa Pirelli. Ce document, sur lequel vous avez porté vos revenus annuels, vous demandait si vous acceptiez de financer, même partiellement, les études de votre fille, ce à quoi vous avez répondu par la négative. C’est bien votre signature, ici bas ?
- Oui. La voix de l’écrivain se fit toute petite.
- Encore votre mari, je présume ? J’imagine qu’il ne voulait pas que vous déboursiez un seul centime pour votre fille ?
- Oui. MacFlayers jeta son document derrière lui, en grognant.
- Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? demanda Azuria.
- Non, je ne sais pas.
- Pour essayer de la rattraper, de faire en sorte que le pire n’arrive pas.
- Le pire ?
- Vous avez créé une brèche, dans le cœur de votre fille, une brèche dans laquelle un succube appelé Kinkara a trouvé refuge. Je ne crains fort que le temps qui passe ne fasse qu’empirer les évènements.
- Que … que voulez-vous dire ?
- Cette démone, Kinkara, est dans le corps de votre fille. Elle s’y plait, apparemment, au point d’accomplir tous les actes malveillants que Vanessa ne peut exécuter seule. Elle encourage ses mauvais instincts, la pousse aux pires extrémités, comme celle qui vous afflige en ce moment, la mort de votre mari et de vos enfants, et l’amputation de votre membre.
- Je ne veux pas revoir Vanessa !
- Il le faudra, pourtant. Vous devez la revoir, et lui dire que vous regrettez. Car vous regrettez ce qu’il lui est arrivé, n’est-ce pas ? Vous avez obéi aveuglément, par amour pour votre mari. Ce dernier n’est plus de ce monde, rien ne vous retient plus.
- Et si je refuse ?
- Nous vous laisserons partir, mais à votre avis, combien de temps mettra le succube à convaincre Vanessa de vous achever ? Elle vous laisse en vie, pour l’instant, le temps que vous souffriez. Quand elle décidera que le délai sera écoulé, ce sera votre fin.
- Pourquoi vouloir me faire faire cela ?
- Pour refermer la brèche dans le cœur de votre fille. Si nous pouvons faire cela, Kinkara sera définitivement renvoyée dans les ténèbres qui l’ont vu naître, et votre fille sera purifiée de la semence du mal. Si nous tardons …
- Si … si nous tardons … ? demanda Casi.
- Je crains fort que la conjonction de tous ces éléments ne transforme votre fille en démon.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 16 Aoû - 15:18

Vanessa s’approchait du vieux cimetière. Du haut de la colline d’où elle l’observait, elle ne voyait que quelques bancs de brouillard, et des croix chrétiennes qui sortaient de ceux-ci. Sous ses pieds, la terre meuble et humide s’enfonçait, et elle ne regrettait pas d’avoir investi dans une paire de chaussures de marche hermétiques. Elle se demandait encore comment elle avait pu en arriver là. Elle mit fin à son étude des lieux, puis descendit vers les tombes. Un bruit de succion accompagnait chacun de ses pas. La pluie transformait l’endroit en gigantesque marécage.

Quelques jours plus tôt

Il fallait bien payer le loyer, alors Vanessa avait repris quelques vieilles habitudes. Traînant autour des arènes de Port Oakes, elle prenait quelques pourcents sur des paris. Ce n’était pas le début de la fortune, mais elle se débrouillait assez bien, ses pronostics étant souvent appréciés par des joueurs professionnels qui misaient souvent gros. Après de dures journées passées à ramasser des enjeux et à répartir des gains, Vanessa rentrait chez elle, dans cet appartement meublé qu’elle louait.

Un soir, en retournant chez elle, elle fut apostrophée dans la rue.

- Vanessa ? demanda le membre des Krânes.
- Qui c’est ?
- C’est moi, Tom. Ce disant, il ôta son masque de mort.

Tom Rideley était un ancien petit ami de Vanessa. Leur histoire d’amour, comme toutes celles de la jeune femme, n’avait pas duré longtemps. Mais aucun de ses ex n’avait d’envie de vengeance à son encontre. Certains insistaient, elle leur laissait parfois une seconde chance, mais ça finissait toujours de la même façon. Tom avait les cheveux bruns en désordre, des yeux un peu ternes, et un nez en trompette. Il avait grimpé dans la hiérarchie des Krânes, depuis qu’il avait quitté Paragon.

- Tom ? Comment ça va ? Elle l’embrassa sur la joue.
- Et toi ? Qu’est-ce que tu fiches ici ? Tu as revendu ta boutique ?
- Non, elle m’a été confisquée.
- Tu t’es fait choper ?
- On peut le dire comme ça.
- Tu fais toujours dans les antiquités ?
- J’ai repris un peu les paris, en attendant de décrocher le jackpot pour ouvrir un nouveau magasin.
- Ca te dirait de venir faire la fête ? On se réunit, avec quelques potes, dans un vieil entrepôt.
- Pourquoi pas ? Ca me changera les idées.

L’entrepôt avait piètre figure, entre ses vitres brisés et ses murs rapiécés de morceaux de métal. A l’intérieur, une vieille chaîne stéréo débitait un son infernal. Les parois étaient taguées de tout côté. Sur une table de fortune dressée sur des tréteaux, au centre de la pièce principale, il y avait toute une exposition de produits illicites, entre les bouteilles d’alcool de fabrication maison, et quelques seringues et cachets. En cas de descente des flics, tout le petit monde présent serait emprisonné rien que pour ça.

L’ambiance était assez festive, entre la musique techno, l’alcool, et autres substances planantes. Vanessa s’était limitée à une bière, n’ayant pas envie que chaque mec autour d’elle lui passe sur le corps. Elle discutait surtout, changeant régulièrement de personnes, pour en apprendre plus sur les îles, et ainsi se faire une idée du business qu’elle pourrait monter. Au fur et à mesure des échanges, un des chefs de Tom vint lui parler. C’était un homme vêtu de noir, aux cheveux et aux yeux sombres, le visage paraissant taillé grossièrement à la hache.

- C’est toi, Vanessa Pirelli ?
- Oui.
- Je m’appelle John Ershkine. Tom m’a parlé de toi. Il parait que tu avais une bonne réputation de receleuse, à Paragon. Suspectée, mais jamais inquiétée. Comment t’as fait pour atterrir ici ?
- C’est une longue histoire.
- C’est à cause de Kinkara, hein ?
- … Bravo, comment le sais-tu ?
- Les araignées ne sont pas les seules à avoir des services de renseignements. Nous aussi, on a nos sources.
- Si tu es si bien informé, alors pourquoi venir me questionner ?
- J’aurais peut-être un truc à te proposer.
- Quel genre ?
- Les objets anciens, c’est ton truc, pas vrai ? Les trouver, les revendre, ce genre d’activités, quoi.
- Disons que je me débrouille.
- Je cherche un objet.
- Lequel ?
- Ca s’appelle une Pierre Crépusculaire.
- Je peux trouver ça où ?
- Si je le savais, figure-toi que je ne te demanderais pas !
- Ca ressemble à quoi ?
- Attends.

John se leva, se rendit dans une salle jouxtant celle où avait lieu la fête, puis revint, tenant sous son bras un épais grimoire qui, à lui seul, aurait suffit à Vanessa pour se refaire une santé financière. Un marque-page en dépassait, et l’homme ouvrit le recueil à cet endroit. Il tourna le livre vers elle, mais sans le lui donner, pour montrer une gravure antique. Sur l’image, la jeune femme vit un morceau de marbre, du moins ainsi interprétait-elle les motifs sur le caillou. Il paraissait griffé de toutes parts, comme si une dizaine de chats se l’étaient disputé. Elle n’avait jamais rien vu de semblable.

- Combien ? demanda t’elle.
- Combien, quoi ? répondit John.
- Combien de temps pour te l’amener, et combien tu m’en offres ?
- Le temps n’a aucune espèce d’importance. Je te paierais cent cinquante mille si tu me ramènes un caillou comme ça.
- Double la somme.
- Quoi ?
- T’as l’air d’être un mec rusé. Tu serais du genre à m’en demander moitié moins que le marché normal, parce que tu sais que j’ignore ce qu’est cette pierre. Trois cent, pas moins. John eut un sourire.
- T’es une futée, toi. Il sembla réfléchir quelques instants. Bon, ça marche pour trois cent.
- Cinquante tout de suite, le reste à la livraison. Je ne m’embarque pas dans cette histoire sans quelques fonds d’avance.
- T’es coriace en affaire, beauté.

Mais l’objet intéressait vraiment John Ershkine, et il paya sans problèmes les cinquante mille que Vanessa demandait. Quelques jours plus tard, après s’être créé un réseau d’informateurs divers, elle avait eu vent de la présence d’une pierre semblable, dans un cimetière à l’écart de la ville. Elle appartenait à une secte, paraissait-il. Vanessa avait acquis quelques clichés par satellite de l’endroit où se trouvait la pierre, et elle décida d’aller voir de plus près les lieux.

Aujourd’hui

Après une centaine de pas dans la boue du cimetière, Vanessa atteignit un chemin dallé de pierres. Elle grimpa dessus, ressuyant les semelles de ses bottines sur le rebord, afin d’en faire partir le plus gros de la terre. Cela terminé, elle examina les alentours une nouvelle fois, cherchant du regard l’entrée de la crypte. Elle trouva la stèle funéraire la plus haute, et une fois devant celle-ci, l’examina. Une porte noire, gravée de symboles mystiques, empêchait l’accès à l’ancien tombeau. Vanessa fouilla dans sa poche, et en sortit un trousseau de petites tiges métalliques.

- Bon sang, je fais un bond de trois ans en arrière.

Dans la flaque d’eau, à côté d’elle, le reflet de Kinkara remplaça le sien. Pendant que la jeune femme plaçait certaines tiges dans la serrure, en choisissant soigneusement la taille de celles-ci, le succube prit la parole.

- Tu es cambrioleuse, aussi ?
- Disons que lorsque tu débutes en temps que receleuse, et que tu n’as pas encore de fournisseurs fiables, il faut pouvoir fournir aux clients ce qu’ils veulent, quitte à aller se servir soi-même dans certaines maisons.
- Décidément, tu as eu une enfance vraiment très difficile !
- Au lieu de dire des bêtises, dis-moi plutôt qui vivrait dans un lieu pareil.
- Des gens comme les sorciers du Cercle des Epines.
- Tu penses être de taille ?
- Tant qu’ils ne sortent pas la grosse artillerie, oui.
- Je ne ferais appel à toi qu’en cas de pépin, mais alors, il faudra que tu sortes de là-dedans le plus vite possible.
- Avec ou sans la pierre ?
- Avec, de préférence. Je me vois mal rembourser les cinquante mille.
- Tu les as déjà dépensés, pas vrai ?
- Hélas. Du temps de ma boutique, j’ai pris la manie de bien vivre. C’est assez dur de s’en débarrasser !

La serrure cliqueta, et Vanessa activa la poignée. La porte glissa lentement sur ses gonds, dans un grincement effarant. Il n’y avait pas de gardes à l’entrée. Sûrs d’eux, les servants du Cercle s'imaginaient que personne n’aurait l’idée de pénétrer dans leur sanctuaire. La jeune femme fit un premier pas à l’intérieur, portant la main dans son dos, au niveau de la ceinture, à la recherche de la poignée du pistolet qu’elle avait acheté avant de venir. Une fois l’arme en main, elle avança prudemment, mètre par mètre.

Les longs couloirs résonnaient à cause du vide. Vanessa finissait par croire qu’elle s’était trompée. Elle pensait qu’il y aurait quand même quelques gardes en faction, aux points importants ou aux intersections. « Ce doit être l’heure de la prière ! » plaisanta Kinkara, dans son corps. Elle n’avait pas forcément tort. Vanessa arriva près d’une grande salle, où les clameurs des voix indiquaient la présence de près d’une cinquantaine de personne. Elle s’en éloigna au plus vite, encouragée par le succube. Elle parvint ensuite près des prisons. Ici non plus, il n’y avait personne, hormis une femme, enfermée derrière un cristal. Vanessa s’approcha d’elle, et, en suivant les instructions de Kinkara, ouvrit la cellule. La femme la remercia, pendant que sa libératrice lui expliquait comment sortir, et lui demandait si elle avait vu la Pierre Crépusculaire. L’otage répondit que l’objet se trouvait dans les appartements du mage responsable de l’endroit, mais qu’elle ne savait pas où se trouvaient ceux-ci. Après quoi elle prit ses jambes à son cou, quittant l’endroit précipitamment.

- C’était sympa, ça, de la libérer. Je ne t’imaginais pas aussi gentille, se moqua Kinkara.
- C’est calculé. D’une, si jamais ils la voient, le temps qu’ils courent après, j’aurais gagné un peu de temps pour trouver ce que je cherche. De deux, si ils la ratent, c’est elle qu’ils suspecteront d’avoir emmené la pierre.
- T’es une vraie tête. C’est pour ça que je t’aime bien !

En suivant un autre couloir, Vanessa parvint aux appartements du mage responsable. Elle fouilla consciencieusement, débusqua dans un placard un petit coffre noir, et enfourna ses tiges de crochetage dans la serrure.

- On l’ouvrira plus tard, protesta Kinkara. La cérémonie va bientôt se terminer.
- Et si jamais ce n’est pas la pierre qu’il y’a là-dedans, on aura l’air fines !
- Ah …
- Laisse-moi faire !

Le cliquetis familier retentit bientôt, et Vanessa trouva la Pierre Crépusculaire. Elle la glissa dans un chiffon, emprunté au mage, puis la mit dans sa poche. Ensuite, à la grande stupéfaction de Kinkara, elle alla se cacher dans une armoire opposée à celle où elle avait trouvé l’objet de sa convoitise, laissant le coffre noir, ouvert, au centre de la salle. Elle entrouvrit la porte de sa cachette, afin de garder un œil sur l’intérieur de la pièce. Bientôt, un bruit de pas parvint jusqu’à ses oreilles. Le responsable du site entra dans ses appartements. Il poussa un cri de rage en contemplant le coffre vide au milieu du tapis.

- Disparue ? Nooooon !
- Seigneur Orgon ! fit une voix, venant de son dos. La prisonnière pour le sacrifice s’est enfuie !
- C’est elle qui a la pierre ! Trouvez-la !
- Oui, Monseigneur !

Les lieux se vidèrent rapidement, laissant tout loisir à Vanessa de sortir tranquillement. Avec quelques précautions, elle se glissa jusqu’à l’extérieur, passant silencieusement derrière des gardes en faction, leurs yeux rivés sur le décor. La jeune femme ne mit pas longtemps à quitter les lieux, emportant avec elle son précieux trésor. Une fois dehors, elle prit une direction opposée à celle des recherches que menaient les gardes du Cercle.

- Mince alors, je n’ai même pas eu à sortir pour me battre ! déplora Kinkara.
- Tu me prends pour une amatrice ?
- Tu agis en finesse, tu es très douée pour ça !
- Rapportons ceci à notre client.

De retour à Port Oakes, Vanessa se rendit à l’entrepôt où elle avait rencontré Ershkine. Celui-ci attendait, vautré dans un canapé, une fille à moitié nue assise à côté de lui, l’air absente. Il se releva quand elle rentra dans la salle, couvrant sa victime droguée avec sa veste, pour ne pas choquer sa visiteuse.

- J’ai ton caillou.
- Donne-le moi !
- Minute ! D’abord je veux mon fric !
- Ha, ha, ha !
- Qu’est-ce qui te fait rire ?
- Toi. Tu imagines vraiment que j’ai trois cent à te donner ? Les cinquante, c’était déjà limite.
- Et bien, je garde la pierre, alors. Je la revendrais ailleurs. Et probablement pour plus cher.
- Tu vas me donner ça, gentiment, ma petite poupée. Sinon …
- Sinon, quoi ?
- Ne fais pas la maligne. J’imagine que tu as dû faire appel à ta copine le succube, pour l’avoir. Et tu ne peux faire appel à elle qu’une fois par jour, pour vingt-quatre heures maximum. Mes renseignements sont sûrs. Deux autres Krânes surgirent de la pièce adjacente.
- Oui, tu es bien renseigné, mais tu fais une erreur.
- Laquelle ?
- Pour un simple cambriolage, je n’ai pas besoin de la déranger ! Kinkara ! cria t’elle.

Dans un éclair aveuglant, Vanessa céda la place au succube. Aussitôt qu’elle fut apparue, des épines sortirent de son corps. Des flammes commencèrent à courir sur le sol.

- Là, les gars, vous venez de signer votre propre mort !

Avant même que John n’ait pu esquisser le moindre mouvement, sa tête roula à bas de son corps, arrachée à son torse par un coup incisif. Les deux autres voulurent s’enfuir, mais Kinkara les coinça dans des cercles de feu. Elle leur tira quelques épines, à distance, puis vint au corps à corps pour les achever, labourant leur peau de nombreux coups, leur arrachant membres et pans entiers de chair. Sa tâche achevée, elle se rendit ensuite, sur la demande de Vanessa, dans la pièce jouxtant celle-ci. Elle trouva dans celle-ci quelques babioles étranges, d’origine incertaine, et le fameux grimoire que John lui avait montré auparavant.

- Tu es certaine que tu veux emmener tout ça ?
- Sûre. Tu n’imagines pas le fric que ça vaut, placés dans les bonnes mains. Grâce à tes talents, réduire l’entrepôt en cendre ne sera pas difficile.
- Et la fille, dans le canapé, qu'en fait-on ?
- Quelle fille ?
- Tu sais, la droguée que John …
- Je disais donc, quelle fille ?
- Ah, okay, je vois ce que c’est.
- Moins il y aura de témoins, mieux on se portera, mon petit succube.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 4 Jan - 18:00

Cap Au Diable …

La grande surface ouvre ses portes, et les propriétaires des petites boutiques de la galerie marchande ouvrent leurs échoppes, dans l’attente des clients éventuels. On peut y voir une bijouterie, une boulangerie, et même un sex-shop. Perdu au milieu de tout cela, presque invisible, on trouve un magasin de décoration d’intérieurs. La vitrine affiche une présentation originale, toute en nuance de jaune orangé, évoquant chaleur et feu.

Son nom est assez peu éloquent. « La Maison de Viviane ». Une femme approche de l’entrée, sort un trousseau de clés de sa poche, et ouvre la boutique. Ses cheveux sont coupés courts, sombres, elle porte des lunettes rondes, et est vêtue de manière à attirer, inexorablement, l’œil des vigiles du magasin, surtout lorsqu’elle se penche pour ramasser son courrier, tombé au sol.

Elle entre ensuite dans son échoppe. A l’intérieur, des dizaines de luminaires, de petits meubles, de rideaux et de tapis, qui forment un ensemble assez hétéroclite, noyant le regard du visiteur sous des tonnes de splendeurs, même si cela n’est rien comparé à celle qui attend derrière sa caisse enregistreuse. La jeune femme ôte son manteau, l’accroche sur le cintre destiné à cet usage, et elle monte sur le haut tabouret. Elle tourne la tête pour se contempler dans le miroir, accroché juste à sa droite. Mais ce n’est pas son reflet qu’elle y voit.

Une femme à la peau rouge, aux longues oreilles et aux cheveux couleur d’orange, l’observe, d’un air ravi.

- « Alors, ‘Viviane’, bien dormi ? »
- « Encore assez oui. »

Vanessa Pirelli, si elle existe encore la nuit, laisse sa place, en pleine journée, à Viviane Forsmith, jeune marchande. « La Maison de Viviane » est officiellement une boutique d’ameublement. Officieusement, c’est le point central d’un commerce bien plus lucratif. La cession du livre volé aux Krânes, combiné à la vente de la Pierre Crépusculaire, a permis à Vanessa d’investir dans une nouvelle activité. Pour noyer les soupçons, elle a décidé d’ouvrir une boutique d’apparence honnête, dans une grande surface, qui plus est.

De même, une partie des fonds dégagés ont servis à lui fournir une nouvelle identité. Elle a aussi quitté son ancien meublé, pour s’installer à Cap, sous un autre nom. Vanessa Pirelli paraît, selon les dires de l’Arc, avoir disparu de la circulation, emportant avec elle Kinkara. Il n’en est rien. Elles sont simplement plus discrètes, toutes les deux. Cela a entraîné d’importants sacrifices pour la jeune femme, comme de changer radicalement son apparence. Comme le lui avait fait remarquer le succube, après cela, elle a tout l’air d’une petite fille modèle.

La boutique est propre, ordonnée, bien entretenue, et par conséquent, ne ressemble en rien à l’entrepôt rempli de cochonneries qui constituait l’ancien magasin de la receleuse. Ici, tout est numéroté, étiqueté, les prix sont affichés, et l’échoppe donne l’impression de bien tourner, ce qui est le cas. Sans les goûts de luxe de Vanessa, les revenus issus de la vente de biens légaux suffiraient à la faire vivre, même moyennement. Mais voilà, une fois le goût du risque en poche, et le luxe dans la peau, il est dur de réduire son train de vie et de se contenter de peu.

« La Maison de Viviane » est donc devenue la façade pour la reprise des anciennes activités de Vanessa Pirelli. Mais celle-ci a tiré les leçons de ses erreurs. Elle ne compte plus autant sur sa chance pour échapper aux poursuites. Tout dans la boutique respire l’honnêteté et la régularité. Tout ce qui concerne le commerce parallèle passe à côté des activités régulières du magasin. L’argent des transactions douteuses est viré sur un compte isolé, tenu par une banque étrangère, dans une devise étrangère. Les acheteurs ont tous l’impression de travailler avec Vanessa Pirelli. Pour eux, Viviane Forsmith est juste un intermédiaire, inconsciente de ce qu’on lui demande d’accomplir. Ce rôle de belle idiote plaît beaucoup à Kinkara.

- « Bonjour, Mademoiselle. » fait l’individu. Il est petit, avec une peau ridée, des lunettes légèrement assombries. Il a tout l’air du vieux mafieux, qui se contente de colporter des messages.
- « Bonjour, Monsieur. Puis-je quelque chose pour vous ? » demande Vanessa, en minaudant.
- « Oui. On a dû vous poser un colis. Au nom de Scarcielli. »

Elle sait que le virement a été fait, et qu’elle peut délivrer le colis. En cas de défaut de paiement, elle prétend que le paquet n’est pas arrivé. Etant donné que, sous la forme de Vanessa, elle prévient ses clients que ce qu’ils désirent ne sera livré qu’après paiement comptant, ceux-ci ne viennent que lorsque le virement est effectué. Comme ils n’ont aucune raison de soupçonner Viviane d’être Vanessa, ils ne prendront pas le risque de fouiller, se dit-elle. Quand bien même ils le feraient, ils ne trouveraient rien. Grâce à la fréquentation de Kinkara, Vanessa sait désormais ouvrir une porte dimensionnelle magique, pour y cacher ses précieux biens.

- « Je crois que oui. Ca doit être dans l’arrière boutique. Je reviens. »

Elle quitte la pièce, passe dans l’arrière salle, et, après avoir vérifier que personne n’est venu fouiller ou ne l’espionne, elle ouvre le portail, et y attrape un paquet, bien emballé avec du scotch. Tout au plus, une partie un peu décollée laisse t’elle supposer une quelconque tentative de ‘curiosité’ de la part de Viviane. Cela fait partie du numéro, aussi. Le bien est caché dans un objet de facture classique. En l’occurrence, ici, il s’agit d’une lampe de chevet, qui abrite une dizaine de rubis rouge sang, nécessaires à un quelconque rite magique.

- « Voilà, Monsieur. » fait-elle, en se déhanchant pour passer derrière son comptoir.
- « Merci bien, jolie demoiselle. » répond Scarcielli.

Elle lui dresse une facture de faible montant, une commission d’intermédiaire, qu’il paie comptant et en espèces. Il quitte la boutique, emmenant son colis.

- « Pouah, qu’est-ce que je m’ennuie. » fait la voix de Kinkara, dans le miroir. Pendant ce temps, Viviane s’est levée et passe un petit coup de plumeau sur les étagères.
- « Je m’en doute. Mais nous sommes obligées de faire profil bas. Je sais tirer des enseignements de mes erreurs. Mon tort, avec ma boutique précédente, a été de trop compter sur les anciennes relations de mon père pour me tirer du pétrin. »

Le téléphone sonne, et elle se dépêche de décrocher.

- « La Maison de Viviane, bonjour. » fait elle, d’une voix chantante.
- « Bonjour. » fait une voix rauque et menaçante. « Je voudrais parler à Mademoiselle Vanessa Pirelli. »
- « Pardon ? Je suis navrée, ce doit être un faux numéro. »
- « Ne jouez pas à ce petit numéro avec moi. Votre prix sera le mien. » Il ne connaît pas le mot de passe, aussi Vanessa continue t’elle son numéro d’actrice.
- « Ecoutez, Monsieur, je suis désolée. Il n’y a pas de Vanessa Pirelli, ici. »

C’est assez fréquent. Des acheteurs confient à d’autres qu’ils ont eu affaire à Vanessa Pirelli, et qu’ils ont été chercher les biens dans une petite boutique nommée « la Maison de Viviane ». Elle a déjà reçu trois appels comme cela, depuis l’ouverture du magasin, il y’a un mois. Elle a même reçu la visite d’un individu patibulaire. Fort heureusement, son petit numéro de charme auprès des vigiles de la grande surface a porté ses fruits. Dès le début de l’esclandre, ces derniers ont accourus, pour protéger la faible demoiselle qu’elle donne l’impression d’être.

- « Je sais qui vous êtes ! » Mais, dans le ton employé, on devine un gros doute. Vanessa le sait, et en profite.
- « Ha ? Vous avez ouvert un annuaire ? Ecoutez, Monsieur, j’ai du travail, et assez peu de temps à consacrer à des canulars téléphoniques. Au revoir. » Elle lui raccroche au nez.
- « Encore l’Arc, à ton avis ? Comme l’autre fois ? » questionne Kinkara.
- « Qui sait ? Peut-être un vrai client. Mais qu’ils prennent contact directement ici, c’est surprenant. »

En fait, les commandes passées à Vanessa Pirelli, pour des biens d’origine douteuse, se font surtout à la nuit tombée, sur un numéro de portable qui change régulièrement, pour éviter d’être tracé. Seuls quelques gros clients, particulièrement fiables, comme cette Flora Stryer de chez Scalpel, sont informés des changements. Qui plus est, un code est nécessaire pour qu’elle accepte la communication. En l’occurrence, sans code et en appelant sur son téléphone fixe professionnel, Vanessa se doute que ce ne peut pas être un vrai client, ou bien alors que celui-ci n’est pas assez informé sur la marche à suivre, et que cela représente un risque de faire affaire avec lui.

La mâtinée se déroule normalement, après cet appel. Des clients vont et viennent, partent souvent avec un objet, surtout si Monsieur accompagne Madame. Que ne ferait-il pas pour approcher cette si jolie jeune fille ?

- « Bonjour. » fait l’individu qui entre soudain dans la boutique. Il exhibe une plaque de policier. Vanessa reconnaît sa voix, c’est la même que celui qui a téléphoné, quelques heures auparavant.
- « Bonjour, Monsieur l’agent. Que désirez-vous ? »
- « J’aimerais m’entretenir un instant avec vous. »
- « Oui, je sais, j’étais un peu en retard pour ma déclaration de revenus, mais la période des fêtes, c’est beaucoup de … »
- « Je ne fais pas partie de la brigade financière. » la coupe t’il, surpris. Elle lui parait jeune et ingénue. « Je viens vous poser quelques questions. » Elle regarde autour d’elle, et, voit un jeune couple qui regarde une commode.
- « Je m’occupe de mes derniers clients, et je suis à vous. »
- « Faites. »

Le policier fait le piquet devant le comptoir, le temps pour Viviane de vendre un meuble, accompagné d’un napperon de multiples couleurs. Elle revient ensuite derrière sa caisse enregistreuse, et engage la discussion.

- « Vous vouliez me demander quelque chose ? »
- « Que savez-vous de l’individu qui est venu chercher un colis, ce matin, de bonne heure ? »
- « Euh … » répond-elle. Elle fait mine de regarder dans sa liste de clients de la journée. « Voilà. Monsieur Scarcielli. C’est tout ce que je sais. Ce n’est pas un client de ma boutique. »
- « Que lui avez-vous remis ? » Elle devine que le soi-disant policier n’a pas les autorisations nécessaires pour enquêter ainsi. Sinon, il aurait procédé à son arrestation pour interrogatoire.
- « Je ne sais pas. C’est un colis qui m’était arrivé par transporteur privé, en même temps que mes commandes. »
- « Vous avez bien une petite idée ? » Elle prend l’air gêné de la petite fille en faute.
- « Et bien … euh … je jette parfois un œil. Pas méchamment, mais juste pour savoir. En fait, c’était … »
- « C’était ? » l’incite t’il.
- « Une lampe de chevet ! »
- « Quoi ? »
- « Oui, moi aussi je suis étonnée. Elle était horrible. J’avais bien mieux à lui proposer. »
- « D’accord. Vous contrôlez tous vos colis, comme ça ? »
- « Et bien, euh … »
- « Pure indiscrétion de ma part, excusez-moi. » Il lui tend une carte de visite. « Si jamais vous remarquez quelque chose de suspect, un jour, dans un de ces colis, prévenez-moi. Ne prenez aucun risque. »
- « D’accord. Merci beaucoup, Monsieur … Monsieur … » Elle lut la carte. « Saxx. »
- « Au revoir. Merci de votre aide. »
- « Au revoir. »

Il se lève, et quitte la boutique, en faisant un petit signe de la main.

Quelques minutes plus tard, dans un van camouflé de l’Arc qui attend devant la grande surface.

- « Alors, lieutenant Saxx ? » demande le soldat de l’Arc, qui surveille ses écrans de télévision, sur lesquels on voit l’activité du grand magasin.
- « C’est une oie blanche, une petite idiote qui ne sait rien sur rien. Vanessa Pirelli est censée être une bête en mathématique. Celle-là a fait au moins quatre erreurs sur une seule facture. »
- « On garde la boutique sous surveillance ? »
- « Juste l’entrée et l’accès à l’arrière boutique, pour surveiller les allées et venus de personnes suspectes. On va plutôt se renseigner sur les transporteurs privés qui vont et viennent. »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 17 Jan - 18:21

C’était un petit café-bar, sans prétention aucune, qui accueillait aujourd’hui plusieurs personnes. Rien dans leur apparence ne laissait entrevoir de problèmes. Il s’agissait pourtant des furies du Fire Circus, qui se réunissaient, incognito, dans cette boutique. La première à entrer était une jeune fille, mais il y avait quelque chose d’inquiétant, dans son regard. L’autre était une grande blonde qui paraissait un peu délurée. Elles longèrent la vitrine, jusqu’à rejoindre une table à laquelle les attendait une autre femme. Celle-ci était brune, la pointe de ses cheveux teints en rouge. Elle était habillée proprement, bien que de manière à attirer l’œil des hommes, et buvait sa deuxième tasse de café. Elle leva les yeux lorsque les cuisses des deux autres furent à portée de regard.

- « Vous êtes en retard ! » fit-elle aux arrivantes. « J’ai failli perdre patience ! »
- « Dis donc, que signifie ce rendez-vous, dans un endroit pareil, et au beau milieu de la journée ? »
- « C’est assez officiel, aussi ai-je estimé qu’il fallait un certain décorum. »

Hale Boop et Ember Moon s’assirent en face de l’hôte humain de Kinkara, le succube, se demandant ce que voulait dire cette étrange attitude. Ember Moon paraissait croire qu’il n’y avait rien de grave, la réunion ‘officielle’ organisée par Vanessa se déroulant dans un cadre peu conventionnel. Hale, elle, la regardait avec un air suspicieux. Vanessa reprit ses explications.

- « Bon, je vais me montrer honnête. Je ne voulais pas le faire au milieu de tout le monde, et j’ai préféré vous rencontrer dans un endroit plus discret que la base. »
- « Faire quoi ? »
- « Vous faire une annonce. Je quitte le groupe. »
- « Quoi ? » s’écrièrent-elles.
- « Ce n’est pas la peine de beugler, vous êtes en train de rameuter tout le café ! »
- « C’est toi qui décide de ça, mais Kinkara, elle, …. » commença Ember.
- « Elle est d’accord. Nous sommes souvent d’accord, sur plein de choses. Y compris cette décision. Comprenez que nous avons des objectifs, à remplir. Hors, en restant avec vous, cet objectif ne s’accomplira pas. Pour y parvenir, j’ai besoin d’autres personnes, et surtout d’une plus grande discrétion. Et c’est sur ce dernier point que j’ai pris la décision de quitter le Circus. J’ai besoin de me faire oublier, vous comprenez ? »
- « Non, pas vraiment. »
- « Pas grave, je savais que ça vous passerait au dessus de la tête. »
- « Hé ! »
- « Néanmoins, comme je ne suis pas une peau de vache, j’ai décidé de nommer une remplaçante. Ses capacités sont différentes des miennes, mais vous devriez la trouver … intéressante. »
- « Attends, attends, attends un peu. » coupa Ember Moon. « Il y’a peut-être moyen de s’arranger, non ? Nous pourrions … »
- « Si il n’y avait que la discrétion, je pense que nous aurions pu trouver un terrain d’entente. Mais hélas, il n’y a pas que ça. Je me sens faible, parmi vous. Vous étouffez mes pouvoirs. Je ne saurais l’expliquer, mais vous tous semblez former une sorte d’enclave, au sein de laquelle je ne progresse pas. »
- « C’est … »
- « C’est hélas la stricte vérité. Kinkara m’en a fait la remarque, et j’ai pu le constater, en suivant vos aventures avec elle, par ses propres yeux. Je suis au regret de vous le dire, mais vous ne méritez pas Kinkara. »
- « Espèce de … »
- « On se calme. Comme je vous l’ai dit, je me suis arrangée de me trouver une remplaçante. Si vous voulez, je vous la présente. »

Ember Moon et Hale Boop se regardèrent, avant de se tourner à nouveau vers Vanessa Pirelli. Celle-ci avait l’air sincère dans ses propos, aussi insultants soient-ils. Devant l’absence de réponse, elle se leva, alla payer ses cafés, et sortit du bar, suivie de près par ses deux anciens acolytes. Elles dévalèrent une rue en pente, jusqu’à parvenir à un entrepôt moderne.

- « J’ai loué ça il y’a une semaine, le temps de la ‘formation’. »
- « Je n’aime pas cette manière que tu as de dire ‘formation’. » fit Ember Moon. « J’ai comme l’impression qu’il y’a anguille sous roche. »
- « C’est une manière de voir les choses. »

Vanessa trouva un trousseau de clés, dans sa poche intérieure, et se servit d’une pour activer le portail automatique, en pressant sur un bouton après avoir fait tourner la serrure. Le panneau métallique en sections monta jusqu’en haut, s’enroulant sur lui-même. L’entrepôt contenait de nombreuses caisses, qui étaient toutes étiquetées. Il est fort probable qu’il s’agissait de biens de vocation plus courante que les quelques babioles que Vanessa écoulait par le biais de son magasin. Peut-être même que cela contenait des biens destinés à ladite boutique, afin d’encore mieux noyer le poisson. Au fond de l’entrepôt, on voyait un préfabriqué, installé à même le sol, fixé par de gros rivets. Vanessa reprit son trousseau de clés, et en sélectionna une autre.

- « Tu as enfermé quelqu’un là-dedans ? » demanda Hale Boop. Mais elle pensait plutôt à ‘quelque chose’, au vu des goûts spéciaux de la Dominatrice.
- « Oui, ma remplaçante. Elle n’est pas méchante, mais pire qu’un gosse. Il faut toujours la garder à l’œil. » Elle croisa le regard d’Ember Moon. « Ne t’en fais pas, je ne l’ai pas malmené, elle a tout ce qu’il faut là-dedans : nécessaire de toilette, à manger. Je ne lui ai pas fait de mal. Enfin, pas depuis sa ‘formation’. »
- « Comment ça ? »
- « Tu m’excuseras, mais ça, c’est mon problème. Maintenant, tu peux être assurée de sa parfaite loyauté. » Elle ouvrit la porte avec la clé, puis passa la tête dans le préfabriqué. « Jenny chérie, tu es réveillée ? »
- « Oui. » fit une voix.

Vanessa s’écarta, laissant Ember Moon et Hale Boop faire la connaissance de celle à qui appartenait la voix. C’était une femme, entre vingt et vingt-cinq ans, vêtue fort simplement de vêtements gris trop amples pour elle. Elle venait de se lever d’un lit d’appoint, qui servait sûrement autrefois à Vanessa, avant qu’elle ne reprenne un nouvel appartement. Sur la table, des boîtes en carton provenant d’un fast-food local s’entassaient les unes à côté des autres, et la corbeille à papier en débordait aussi.

- « Vanessa, manger ? » demanda t’elle pitoyablement, comme un esclave quémandant sa pitance.
- « Non, il n’est pas l’heure. » Pirelli se tourna vers ses deux comparses, après avoir envoyé sa remplaçante à la douche. « Elle n’est pas encore tout à fait prête, mais je pense pouvoir en finir avant la prochaine réunion. »
- « Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? »
- « Comme je l’ai déjà dit, c’est mon problème. Je savais que mon départ vous laisserait dans l’embarras, c’est pour ça que j’ai ‘recruté’ Jenny. »
- « Je n’aime pas non plus le ton que tu emploies pour dire ‘recruter’. »
- « Tu es méfiante, Ember. J’aime bien te voir froncer les sourcils, comme ça. »
- « Nul ne sait ce qui se trame derrière ta sale petite caboche. Je t’ai toujours eu à l’œil, depuis que tu as intégrée le Circus. »
- « Si tu as si peur de moi que ça, et que tu ne veux pas de Jenny, il suffit de le dire. Néanmoins, ça ne me fera pas revenir sur ma décision. J’ai du travail, des choses bien plus importantes à faire que de traîner avec vous. »
- « Que va-t-il advenir d’elle, si nous la refusons ? »
- « Je m’en débarrasse. »
- « Je l’aurais parié. »
- « Tu sais, un cadavre de plus ou de moins, sur les Insoumises … »
- « Que sait-elle faire ? »
- « Des tas de choses. Tu en sauras plus une fois que sa ‘formation’ sera finie. »

Elles écoutaient l’eau couler. Hale Boop semblait partante à engager de suite la dénommée Jenny, mais Ember Moon restait suspicieuse.

- « Je te donnerais une réponse plus tard, Kinkara. »
- « Vanessa, je te prie. » corrigea la femme.
- « Oui, si tu veux. Il faut qu’on en discute entre nous. Je dois soumettre ta proposition aux autres membres du groupe. »
- « J’imagine que les mâles n’auront aucun souci pour l’accepter. »
- « Tu nous certifie que tu l’auras entièrement formée pour notre prochaine équipée ? »
- « Au besoin, je ferais acte de présence parmi vous. Maintenant, ce n’est pas tout ça, mais je dois encore la faire s’habiller et s’entraîner. Je ne vous retiens pas. »

Ember Moon et Hale Boop furent rapidement éconduites, et Vanessa referma le portail automatique derrière elles. Elle retourna vers le préfabriqué lorsque le reflet de Kinkara, dans l’une des vitres en plexiglas, s’adressa à elle.

- « Un peu rosse tout de même, de la leur refiler. »
- « Pourquoi ? »
- « Si jamais le Carnaval des Ombres la reconnaît, le Fire Circus court droit vers les ennuis. »
- « Lorsque ça arrivera, nous serons loin, toutes les deux. »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 17 Jan - 18:32

Quelques jours avant l'entrevue ...

Il y’a des gens qui n’ont jamais de chance, tel que Jennifer Burg. Il n’est pas évident d’être une jolie fille, sur les Insoumises. En général, tout ce qui sort de l’ordinaire finit par attirer la convoitise et la jalousie. Lorsqu’elle quitta le domicile de ses parents, pour devenir actrice, ceux-ci la prévinrent. Mais, manifestement, leurs conseils n’avaient pas atteint son cerveau. Moins d’un an après son départ, elle était tombée sous la coupe d’un agent peu scrupuleux, qui l’avait vendu comme actrice pour du cinéma pornographique de peu de qualité. Elle tomba vite en dépression, et tenta de se suicider.

A l’hôpital où on la traita, pour sa dépression nerveuse, elle fit la rencontre d’une autre femme. Elle avait décidé de ne plus faire confiance aux hommes, mais ne mit pas longtemps à s’apercevoir que certaines personnes de son sexe ne valaient guère mieux. L’autre lui proposa de devenir plus puissante, de changer d’air, d’espace, de prendre son destin en main. Ce n’est que lorsque la faïence rencontra la peau de son visage qu’elle se rendit compte qu’elle faisait de nouveau une erreur. Le Carnaval des Ombres venait de gagner une nouvelle recrue.

Quelques temps plus tard, elle allait faire une rencontre, qui, encore une fois, allait faire prendre un tournant décisif à sa vie, transformant le chaos déjà ambiant de celle-ci en un cauchemar encore plus virulent. Envoyée en éclaireur à Cap Au Diable, dans l’espoir de mettre la main sur de nouvelles recrues, elle fut attrapée par une femme. Une femme ? Non, cela n’avait rien d’une femme. Une grande créature avec une peau rouge et des cheveux orange ne pouvait se targuer d’être une femme, même si il y avait quelques similitudes.

En quelques secondes, Jenny fut paralysée, chargée comme un sac de pommes de terre à l’arrière d’une camionnette, puis attachée sur une chaise, enfermée dans un préfabriqué placé dans un entrepôt. Le kidnappeur avait disparu de sa vue, laissant la place à une humaine, du moins ainsi avait-elle l’air. Elle parlait devant Jenny, seule, au point que celle-ci croyait qu’elle était devenue folle.

- « Tu es sûre qu’elle pourra nous servir ? … Oui, je sais que tu t’y connais … »

Jenny la regarda attentivement. Elle ne paraissait pas cinglée au point de parler seule, et, lors d’une schizophrénie, on voyait bien que les propos tenus étaient incohérents. Hors, dans ce cas précis, la femme formulait des réponses à des questions tout à fait réelles, comme si elle répondait à un interlocuteur que la femme du Carnaval ne pouvait voir. Finalement, Vanessa cessa son monologue entrecoupé de silence. Elle vint à un bras de distance de la femme attachée, puis tendit la main vers le masque.

- « Non ! Non ! » cria Jenny, tentant vainement de mettre son visage hors de portée de la main.

Hélas pour elle, Vanessa disposait, elle, de toute sa liberté de mouvement. Ce n’est que lorsque la main entra en contact avec le masque que Jenny entendit la voix à laquelle répondait sa geôlière. C’était la même voix que la créature rougeâtre qui l’avait kidnappé. Mais elle n’eut que le temps de ce constat. Le masque se détacha de son visage, et ce fut comme si on venait de la cribler de milliers de clous. Elle avait l’impression qu’on lui avait arraché ses entrailles, et que celles-ci se répandaient tout autour d’elle.

- « Je suis surprise que des humains aient pu développer un tel système de contrôle mental. » fit la voix du succube, pendant que Vanessa caressait le masque avec les doigts.
- « Tu penses que nous pouvons en faire quelque chose, de cette fille ? »

Jenny avait l’air hagard de quelqu’un auquel on aurait refusé sa dose. Ses yeux roulaient dans tous les sens, et elle bavait abondamment, comme sous l’effet d’un choc terrible. Elle poussait des soufflements rauques, et paraissait sur le point de suffoquer. La sueur perlait sur sa peau, parcourue d’un frisson irrépressible. Des spasmes secouaient son corps. On la croirait en état de crise.

- « Que s’est-il passé ? » demanda Vanessa.
- « Tu as quelque peu perturbé son psychisme, en retirant ce avec quoi la maîtresse du Carnaval contrôle ses sbires. Elle doit subir le contrecoup de cette libération, après des années passées à la servir. Je crois que nous sommes arrivées à point nommé. Un peu plus tard, et nous aurions eu un zombi à la place. Celle-là risque de perdre une bonne partie de ses facultés intellectuelles, mais rien de dommageable au niveau comportemental. »
- « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »
- « Nous allons modifier le masque, pour que nous puissions la contrôler. Ensuite, il suffira de le lui remettre, de changer sa tenue, et d’en faire notre exécutrice. Pour cela, pas besoin de grosses facultés mentales. »
- « En d’autres termes, une neuneu pour nous remplacer chez les Fire Circus. Merci pour notre image ! »
- « N’oublie pas que nous devons nous concentrer sur plus important. Peu importe l’image que nous avons auprès de ces gens. Nous sommes déjà bien assez sympathiques pour leur fournir une remplaçante. »
- « Qu’est-ce qu’elle a, maintenant ? » demanda Vanessa, en voyant que tous les symptômes du manque avaient disparu, et que Jennifer regardait dans le vide.
- « Fin de la délivrance mentale. Sa psyché a été fortement secouée. »
- « Tu es vraiment sûre que nous … »
- « Fais-moi confiance. Il suffira de quelques séances de formation, et elle deviendra une gentille petite servante. N’est-ce pas, Jenny ? »
- « Elle ne t’entend … »
- « Si, elle doit m’entendre, depuis que j’ai touché le masque. Mais ça n’a plus d’importance, pas vrai, Jenny ? » Aucune réaction. « Tu vois ? »

Vanessa passa une main cajoleuse sur la joue de la femme, qui n’eut aucun réflexe, même après ce stimulus. Elle continuait à fixer le même point, dans l’espace, bien qu’il n’y avait rien à l’endroit qu’elle observait. Vanessa la laissa là, attachée, et sortit dans l’entrepôt. Elle se rendit au fond, déplaça deux caisses, dissimulant une trappe, ouvrit cette dernière et s’engouffra dans les ténèbres. Elle arriva dans une cachette de contrebandier, mais dont les murs avaient été ornés de symboles mystiques. Au milieu d’un cercle magique tracé à même le sol, un établi avait été installé. La pièce avait été magiquement isolée du monde, afin que personne ne la trouve, ou n’ait envie de s’y rendre.

Vanessa posa le masque sur le plan de travail, et, suivant les instructions de Kinkara, commença à l’enterrer sous des poudres d’os, des poussières colorées, faisant couler, de temps à autre, un peu de liquide issu d’un alambic, juste à ses pieds.

- « Ca va ramollir la matière psychique. Ensuite, il nous suffira de lui donner une nouvelle forme. »
- « Un masque ? »
- « Là, ça devient ton travail. Utilise donc ton appareil, là, ce truc … comment tu appelles ça, déjà ? »
- « Un ordinateur. »
- « Oui, c’est ça. Va sur … » Kinkara cherchait ses mots.
- « Internet ? »
- « Oui. Pour y trouver un modèle de masque. »
- « Pas la peine. » répondit Vanessa, en remontant dans l’entrepôt.
- « Que fais-tu ? »

Elle ouvrit l’une des caisses, dont l’étiquette portait l’adresse de la boutique de Viviane. Il contenait, et Kinkara le vit par les yeux de Vanessa, des dizaines de masques de Carnaval, destinés à emplir les étagères du magasin de l’alter ego de Pirelli. Il s’agissait de simples éléments de décor, présentant une note féerique, destinés à être fixés aux murs. Mais ils étaient de bonne taille.

- « Voilà, nous avons de quoi faire, à présent. »
- « Génial. Sinon, il nous aurait encore fallu réaliser une ébauche du masque ! »
- « Que faut-il que j’en fasse ? »
- « Il faut le glisser dans les poudres. Que je t’explique un peu. Ce que nous avons fait a pour effet de combiner le masque aux éléments sous lesquels je te l’ai fait fondre, en quelque sorte. En y imprégnant mon esprit, et en plaçant ce masque-ci avec une autre réactif, nous combinerons donc les éléments de l’ancien masque spirituel avec notre propre potentiel psychique. Comme je suis succube, nous n’avons pas besoin d’un masque maître. En revanche, la maîtresse du Carnaval des Ombres ne va pas être ravie. »
- « Pourquoi ? »
- « Elle vient de perdre l’un de ses précieux masques. J’avais placé un bouclier de flammes, pour l’empêcher de le localiser, et nous venons de détourner toute la force qu’elle y avait placée à notre profit. »
- « Du moment qu’ils ne font pas le lien entre cette fille et celle qui les servait avant, il n’y a pas de risques, non ? »

Vanessa redescendit, et entama la seconde phase, toujours sur les injonctions de Kinkara. Elle enterra le nouveau masque sous les poudres, qui avaient pris la teinte de cendres, et versa le contenu d’une autre bouteille sur l’ensemble. Elle vit le liquide s’introduire dans le masque qu’elle avait pris dans la caisse, emportant avec lui la poudre grise, intégrant le tout dans la porcelaine. Kinkara, dans son corps, ne manquait pas d’éloges.

- « Riche idée, que cette boutique d’apparence honnête. Non seulement, ça t’aide dans le boulot, mais en plus, ça nous aide aussi en extérieur, comme ce masque. Sans compter que cette idée de te faire modifier le corps pour disposer d’une identité alternative … »
- « Ca a coûté suffisamment cher. Sans oublier les faux papiers, et le faux cursus scolaire. »
- « Oui, mais en échange … »
- « Nous avons le champ un peu plus libre pour trouver ce dont nous avons besoin. »
- « Le masque est fin prêt. » termina Kinkara.

Il ne restait, sur l’établi, que le masque décoratif, emprunté à Viviane Forsmith. Vanessa le prit, et remonta dans l’entrepôt, puis entra dans le préfabriqué. Jenny était toujours attachée, mais son regard se baladait maintenant.

- « Faim. » fit-elle, lorsqu’elle vit Vanessa entrer. Comme pour confirmer, l’estomac de la jeune femme se mit à gronder.
- « Tâche de te montrer ‘sympathique’ avec elle. Elle nous sera utile. » proposa Kinkara.
- « Oui, Jenny, je vais aller chercher à manger. »

Vanessa quitta les lieux, et revint au bout de dix minutes, portant deux boîtes de carton à l’emblème d’une célèbre chaîne de fast-food. Elle posa le tout sur le petit bureau, et détacha Jenny. Celle-ci se laissa faire, comme un animal bien dressé et obéissant. Vanessa lui flatta la joue, et la jeune femme ferma les yeux. Exactement comme un animal domestique.

- « Tu as fait quelque chose, déjà, Kinkara ? »
- « Lorsque tu as retiré le masque, j’ai balancé une bonne … euh, comment dites-vous ? Appelons ça une bonne ogive mentale. En gros, je lui ai imposé ma marque. Elle sent que tu as la même, aussi se montrera t’elle plus conciliante, et moins rebelle. »
- « Je vais la laisser ici. Inutile de la promener à gauche ou à droite. Elle attirera trop l’attention. »
- « Toi, tu penses à quelque chose. » fit Kinkara, fine mouche.
- « Juste une idée, comme ça, pour son habillage. Le Fire Circus va recevoir une nouvelle personne à son image. »
- « J’ai hâte de voir ce que tu as imaginé. »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mar 22 Jan - 17:03

Jenny était avachie devant la télévision. Cette dernière diffusait, en continu, des images n’ayant aucun lien, en apparence, entre elles. La jeune femme était fascinée par l’écran, comme hypnotisée par le tube cathodique. Elle n’eut aucune réaction lorsque Vanessa entra dans le préfabriqué, tenant à la main un sac aux couleurs criardes. Elle continuait de fixer le défilement des images, comme si rien d’autre n’avait d’importance. Vanessa regarda l’écran pendant quelques secondes, puis détourna les yeux, et se passa une main sur l’arête du nez.

- « Instructions subliminales. J’ignorais que les succubes connaissaient de telles méthodes, Kinkara. »

Dans le miroir, sur le bureau où Vanessa posait son sac, le reflet de Kinkara lui répondit. Le succube avait l’air ravi de quelqu’un dont les plans ne souffraient aucun retard, en dépit des difficultés rencontrées.

- « C’est nécessaire pour reconstruire sa psyché. Comme tu me l’avais fait remarquer, elle était devenue un peu stupide. »
- « D’où le fait de braquer cette base du Conseil, pour y trouver cet attirail d’instructions hypnotiques. »
- « Sinon, il m’aurait fallu te faire quelque chose de désagréable. »
- « De quel genre ? »
- « Connecter ton esprit au sien, pour rétablir l’équilibre psychique qui a été brisé lors du retrait du masque. »
- « En quoi ça aurait été désagréable ? »
- « Et bien, tu aurais pu y laisser quelques neurones. »
- « Effectivement, ça n’a pas l’air très marrant. »

Vanessa se rendit près de Jenny, qui, comme avant, ne la remarqua même pas. Elle lui leva les mains, regardant avec intérêt les deux marques que le succube lui avait apposées dans la paume des mains. Celle de la main droite représentait une boucle traversée par deux traits verticaux, et, dans sa main gauche, le symbole prenait la forme d’un triangle dans lequel se plaçait un ovale, lui-même coupé en deux par un trait horizontal. Les marques donnaient l’impression horrible d’avoir été faites par une brûlure au fer rouge. Cela devait être douloureux, car Jenny détourna son regard de la télévision en poussant un petit cri, lorsque Vanessa effleura la paume de ses mains.

- « Tu m’expliques à quoi cela sert ? » demanda Vanessa à Kinkara.
- « Ca lui donne des pouvoirs. Main gauche, la glace. Main droite, le feu. L’un des symboles sert à guérir et soutenir, l’autre sert à attaquer et blesser. »
- « Intéressant. Pourquoi n’as-tu pas pratiqué de même avec moi ? »
- « Est-ce que tu crois que tu aurais pu supporter l’imposition d’une marque aussi bien que notre esclave ? »
- « Non, assurément. » répondit Vanessa, en baissant le ton.

Les marques avaient été placées dans les mains par un rituel magique. Si Jenny n’était déjà pas devenue folle auparavant, elle l’aurait sûrement été après ce traitement. Vanessa, présente dans le corps de Kinkara au moment du rituel, s’était détournée du spectacle, et avait couvert ses oreilles de ses mains. Le cri poussé par Jenny au moment où elle obtenait ses pouvoirs résonnait encore à ses tympans.

Elle reposa les mains à plat sur les cuisses de la femme, qui, de nouveau, était absorbée par sa contemplation de la télévision. En plus de l’instruire, les cours subliminaux devaient l’empêcher de penser à la douleur de ses mains.

- « C’est pour ça que j’ai pratiqué ce ‘redressement psychique’ après lui avoir fait les marques. Ca évite d’avoir à tout refaire. » Kinkara eut un sourire. « Tu seras peut-être ravie d’apprendre que je me suis inspirée de ton esprit, de ta répartie, et de ton intelligence pour faire le programme subliminal. »
- « Encore combien de temps devra t’elle rester devant cette télé ? »
- « Une petite dizaine d’heures. Ca peut se faire d’ici demain, si nous nous relayons pour l’empêcher de dormir. »
- « Nous avons encore le temps. Laissons-lui le loisir de digérer les informations. »
- « En parlant de digérer, ce costume de Carnaval, je ne le sens pas du tout. »
- « Il va pourtant bien avec le masque. »
- « Je ne nie pas. Mais c’est un appel trop flagrant à ses anciens employeurs. »
- « Kinkara, tu apprendras que plus c’est gros, moins les gens s’en aperçoivent. »
- « Et sinon, quel nom va-t-on lui donner ? »
- « Quelque chose en rapport avec le feu. Je pensais à Brûle-Pourpoint. »
- « Du français ? »
- « Oui. Ca éloignera encore un peu plus les soupçons. » Vanessa regarda l’heure à sa montre. « Fin de la pause déjeuner. Il faut que je retourne à la boutique. »

Elle alla récupérer son sac à main, posé à côté du sac multicolore, prit ses clés à l’intérieur, fit une bise sur la joue de Jenny, en se penchant par-dessus le canapé, et alors que celle-ci ne réagit même pas, puis sortit du préfabriqué, en prenant soin de refermer la porte derrière elle. Ce n’est pas tant qu’elle craignait que Jenny ne sorte, mais plutôt qu’un individu mal intentionné ne s’introduise en douce. Bien sûr, il restait le système d’alarme, et quelques pièges magiques posés par Kinkara. Mais, sait-on jamais, des fois que certains groupuscules ne s’intéressent de trop près à cet entrepôt. De toute façon, se dit Vanessa, la semaine prochaine, tout doit avoir disparu.

Elle arrivait en effet à la fin du bail, et elle n’avait pas reconduit celui-ci. Le nombre de caisses avait fortement diminué, et le laboratoire de Kinkara, cette cachette de contrebandier aménagée, avait déjà été nettoyé et vidé. Il ne restait plus qu’une dizaine de boîtes, contenant toutes des marchandises suffisamment légales pour ne pas qu’on croit que ce lieu était un transit de biens volés.

Devant le préfabriqué, Vanessa ôta le survêtement large qu’elle portait, dévoilant une robe relativement courte en dessous. Elle fit un effort de concentration, et, imperceptiblement, mais assurément, son corps changea. Elle avait payé une petite fortune, auprès d’une spécialiste de Scalpel, Flora Stryer, pour obtenir un don spécifique, celui d’avoir une seconde apparence. Ladite spécialiste était ensuite devenue une cliente privilégiée de Vanessa, lui demandant régulièrement des produits rares et coûteux, nécessaires à quelques expérimentations douteuses et, a priori, singulièrement dangereuses et immorales.

C’est ainsi que Viviane Forsmith fit son apparition dans l’entrepôt. Sous l’apparence de la boutiquière, elle fouilla dans des caisses, y prit quelques fournitures, qu’elle chargea dans un gros sac, et quitta les lieux, pour rejoindre son lieu de travail. Une fois sur place, elle alluma son ordinateur, se brancha sur un site internet distant, et accéda à une vidéo en temps réel. Vanessa avait laissé une webcam dans le préfabriqué, appareil qui tournait vingt quatre heures sur vingt quatre, afin de pouvoir garder un œil sur son esclave. Elle constata rapidement que Jenny était toujours devant la télévision, et coupa la vidéo lorsqu’un client entra dans la boutique. Après l’avoir servi, avec un sourire niais qui collait à son personnage de belle idiote, elle retourna à la contemplation de celle qui allait la remplacer, peut-être temporairement, au sein du Fire Circus.

- « ‘Elle pourra nous être utile plus tard’. Tu peux m’expliquer le sens de ta phrase, Kinkara ? »
- « Simplement que nous pourrons nous servir d’elle pour obtenir ce que nous voulons, sans que personne ne s’en doute. »
- « Genre, l’envoyer chercher un objet bien particulier, pour ne pas que l’on devine ce que nous fabriquons. »
- « Tout juste. Le problème est que si des gens comme cette Azuria sont informés de ce que nous volons, ils sauront où nous voulons en venir, et mettront les bouchées doubles pour nous en empêcher. »
- « Que nous manque t’il, encore, pour atteindre notre objectif ? »
- « Beaucoup de choses, ma belle, hélas. »
- « Tu te rends compte que … »
- « Oui, je sais. Néanmoins, dans l’état actuel des choses, ni toi ni moi ne progresserons. Rappelle-toi, je t’ai prévenu de ce que va donner notre projet, si nous le menons à terme. »
- « C’est vrai. Mais j’ai accepté de t’aider, en connaissance de cause. »
- « Et je t’en remercie. Si nous continuons comme ça, nous ne serons jamais que succube et humaine. Si nous parvenons à rassembler tout ce que je t’ai dit, et à trouver une ou plusieurs victimes pour le sacrifice, nous pourrons … »
- « En parlant de sacrifices, nous pouvons toujours nous servir de Jenny, à ce moment-là, non ? De même, certains membres du Fire Circus pourraient nous être utile, pour une fois. »
- « Tu es décidément impitoyable et sans coeur, ma chère. »

Le reflet de Kinkara, dans le miroir à côté de la caisse enregistreuse, éclata de rire, et Vanessa ne put retenir un petit ricanement, elle aussi.

(Note de l’auteur : houlà, les choses prennent une drôle de tournure, dans mon esprit dérangé geek)

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Lun 18 Fév - 18:24

- « Bonjour, Madame Rodriguez. »
- « Bonjour, ma petite Viviane. »
- « J’espère que ma cousine n’a pas fait trop de bruit, dans l’appartement ? C’est qu’elle a tendance à être un peu exubérante. » s’excusa la jeune femme, d’entrée de jeu.
- « Je ne l’ai pas entendu de la journée. »

Il était presque sept heures et demie du soir. Viviane Forsmith rentrait chez elle, après une longue journée passée dans sa boutique. Madame Rodriguez, la concierge de son immeuble, la prenait volontiers pour une petite dinde. Vanessa se réconfortait, en son for intérieur, de jouer aussi bien la comédie. Personne ne paraissait se douter que sous l’apparence gentille et légèrement allumeuse de la boutiquière se cachait une femme recherchée pour divers crimes. La cousine dont il était fait mention n’était autre que Jenny. Ne pouvant la cacher plus longtemps dans son entrepôt, duquel elle avait rendu les clés d’ailleurs, elle s’était résolue de la prendre chez elle, moyennant quelques conditions. Notamment celle de se faire passer pour une simplette, ce qui, soi dit en passant, n’était pas compliqué, au vu du massacre cérébral que lui avait fait subir le succube. Au jour d’aujourd’hui, Jenny Burg, aussi connue sous le nom de Brûle-Pourpoint, avait l’âge mental d’une enfant de douze ans, dans un corps de femme.

Viviane Forsmith avait donc, selon ses propres termes, recueilli, pour peu de temps, sa cousine, simple d’esprit, puisque son oncle et sa tante, s’offrant une nouvelle lune de miel, l’avait laissé en plan derrière eux. Au vu de son lourd passif, Viviane, toujours selon ses dires, s’était dévouée et l’avait accueillie sous sont toit. Madame Rodriguez, une femme charmante au demeurant, s’était émue au récit de la vie de Jenny. Vanessa, sachant que la concierge était très sensible, avait volontairement imaginé ce mélodrame. Les parents indignes abandonnant derrière eux leur fille unique, malheureusement atteinte d’une carence mentale, avaient révolté la mégère.

Après ces salutations d’usage, Viviane monta vers son appartement, au troisième étage. Comme d’ordinaire, pour entretenir sa forme, elle prenait les escaliers. En fait, cela était surtout pour attirer l’œil de ses voisins. Cela lui permettait d’obtenir une aide régulière, lorsque des soucis techniques lui tombaient dessus. Monsieur Rodriguez demandait toujours si Viviane n’avait plus de soucis de plomberie, son métier. Il était venu une fois, à la demande de Vanessa, pour réparer un tuyau d’eau qui avait explosé, et celle-ci l’avait reçu en tenue très décontractée. Depuis, il attendait qu’une nouvelle occasion se présente.

De même, le mari du couple du cinquième se proposait souvent pour déposer Viviane en ville, le tout en essayant de faire en sorte que son épouse ne se doute de rien. D’autres hommes de l’immeuble cherchaient par tous moyens de trouver quelque chose, pour l’approcher. Bien qu’ils la surnommaient l’allumeuse, pendant que leurs femmes l’appelaient la petite dinde, ils ne rataient jamais une occasion de se rincer l’œil à moindre frais. Peut-être aussi espéraient-ils qu’un jour, elle leur ouvre plus que sa porte. Enfin, cela était avant l’arrivée de Jenny. De fait, cette initiative avait plu à Vanessa, qui ne savait plus comment faire pour se débarrasser des inconvenants. L’irruption soudaine d’une cousine retardée avait considérablement refroidi leurs ardeurs. Ils continuaient cependant d’offrir leurs services, pour continuer à rester dans les bonnes grâces de Viviane, dans l’espoir qu’un jour, si elle venait à se retrouver seule, ils pourraient lui remonter le moral … et le leur par la même occasion.

Arrivée sur le palier du troisième étage, elle tourna à droite, parvenant devant une porte de chêne, rustique et simple. Elle prit dans sa poche le trousseau de clés, déverrouilla les trois serrures, et entra chez elle. Une fois à l’intérieur, elle repoussa la porte derrière, refermant les verrous soigneusement. Le couloir était long, uniforme, seulement décoré de quelques babioles prises dans les marchandises de sa boutique. L’ensemble était fort clair, ce qui était heureux, car le couloir aurait pu paraître sombre et étriqué, si il n’était pas peint en blanc, et orné de belles décorations. Masque de carnaval, tableaux aux couleurs étincelantes, représentant une fontaine en marche ou des paysages exotiques, et quelques statues africaines ou chinoises, le tout se mélangeant dans une savante osmose entre les différentes cultures.

Elle ouvrit ensuite la porte la plus près d’elle. Cela dévoila à ses yeux un salon, tout meublé en nuance de vert. A l’opposé de la porte, face à un poste de télévision, un canapé accueillait une femme. Jenny s’était assise en tailleur sur le canapé, habillée d’un vulgaire pyjama d’un rose clair. Entre ses jambes, il y avait un sachet de chips ouvert, dans lequel elle piochait à la régalade. Elle était fascinée par le tube cathodique, mais eu la délicatesse de tourner ses yeux gris et délavés vers Viviane, qui posa d’entrée de jeu une question.

- « Tu es restée toute la journée devant la télé ? » L’autre approuva d’un signe de tête. « Ca va, la vie est simple pour toi. » Nouveau hochement de tête. « Il y’a eu des appels ? » Elle fit encore un mouvement positif de la tête. « Ne te fatigues surtout pas à me répondre. » lui reprocha Vanessa.
- « J’ai la bouche pleine de chips. » répondit Jenny, en postillonnant. « J’essaye de faire le hamster ! »
- « C’est bon, arrête ! Tu en mets partout ! Tu nettoieras ça. » Jenny acquiesça.

Viviane soupira et se dirigea vers un guéridon. Sur celui-ci, posé comme un trophée, un téléphone high-tech, blanc, aux courbes prononcées, clignotait. Un message était resté sur le répondeur. Quel qu’il fut, Vanessa savait que ce n’était pas pour le travail. Du moins, pas pour le sien. Pour sa boutique d’aménagement d’intérieur, ce pouvait être possible. Elle appuya sur le gros bouton rouge, et coupa le répondeur à la moitié. Ce n’était jamais qu’un message d’amour, envoyé par l’un des vigiles, qui se répandait en lamentations. Vanessa avait réussi à le repousser, jusqu’à présent, en faisant valoir qu’elle avait beaucoup de soucis, devant s’occuper de sa cousine handicapée mentale. Mais elle lui avait promis, dès qu’elle aurait réglé le problème, de se pencher sérieusement sur son cas.

Viviane quitta alors le salon, se rendant dans la chambre de son appartement. Elle se dévêtit, jetant sur le grand lit deux places son tailleur et sa minijupe, et choisissant, dans la penderie, une tenue plus à la mode « Vanessa », un blue jeans décoloré, une chemise bleue. Elle troqua ses chaussures de ville contre des chaussons à l’air un peu usagés. Elle retourna ensuite dans le salon, où Jenny finissait d’avaler son paquet de chips. Elle contempla le spectacle de l’ex-star de films pornographiques, les joues gonflées de nourriture, assise en tailleur sur le canapé, regardant un programme télévision navrant, puis s’en retourna en cuisine. Là, elle s’installa sur la banquette. Sur la table, droit devant elle, se trouvaient un paquet de lettres, le journal du jour, et quelques publicités. Jenny devait avoir été ramasser le courrier, et l’abandonner en cuisine, car ça ne l’intéressait pas.

Dans la porte du four à micro-ondes, le reflet de Viviane s’était métamorphosé. Les cheveux courts et sombres étaient devenus longs et oranges, la tenue décontractée s’était changée en une tenue moulante, de la même couleur criarde que la tignasse. La peau s’était teinte de rouge. Kinkara faisait son apparition devant son hôte humain, pour la première fois de la journée. Pour quiconque qui espionnerait Viviane, à ce moment précis, elle aurait donné l’impression de parler seule.

- « Dis-moi, » lui fit Vanessa « tu m’as semblé bien discrète, aujourd’hui. »
- « Je faisais le plein d’énergie, au cas où nous sortirions ce soir. »
- « Peine perdue. Je n’ai pas eu de message sur le portable. »
- « Ho. Ca veut dire que … »
- « Que mon contact ne trouve pas ce que tu cherches. Comment as-tu appelé ça, déjà ? Une essence … »
- « Une essence physique éthérée. »
- « Ah, oui. C’est bizarre, comme appellation. Comment une essence corporelle, donc physique, peut-elle être éthérée ? »
- « C’est simplement une simple désincarnation de la chair, pour pouvoir voyager plus facilement. »
- « Comment fait-on cela ? »
- « Peu importe, le plus important est ce à quoi ça sert. »
- « Et quel est son usage ? »
- « Disons que pour passer d’une dimension à l’autre, il y’a deux solutions. Soit quelqu’un t’invoque dans ce monde, et dans ce cas, tu es à ses ordres. Soit tu tentes de t’y rendre par toi-même. Hors, les corps physiques de démons d’autres mondes ne sont pas aptes à voyager comme cela. Il faut alors décomposer son entité en deux parties, physique et mentale. Ensuite, il faut transformer le physique, en le rendant immatériel, et en l’envoyant, sous cette forme dans la dimension désirée. »
- « Ca m’a l’air bien compliqué, et je suis prête à parier ma chemise qu’il y’a un problème. »
- « Ben oui, bien sûr qu’il y’a un problème. Tu ne peux pas rendre ton corps éthéré si ton âme est dedans. Après, si ton âme est séparée de ton corps, tu ne peux pas faire les rituels. Ou alors, il faut demander à un tiers. Tu vois ce qui gêne, maintenant ? »
- « Oui. Faire confiance à quelqu’un, dans une dimension infernale, c’est … jouer avec le feu. » Vanessa marqua un temps d’arrêt.
- « Un souci ? »
- « Oui. Je me rends compte que j’ai accepté ton marché, que nous avons contracté, mais que, au final, je ne sais pas grand-chose de toi. »
- « Que veux-tu savoir ? »
- « Genre, pourquoi as-tu des épines, en plus de tes pouvoirs de feu ? Ca n’aurait pas été plus simple de ne contrôler que le feu ? »
- « Je n’ai jamais demandé ça, ma poule. » Kinkara soupira. « En fait, un succube est une création d’un esprit maléfique supérieur. Vous autres, humains, appelez ça un démon. Pour créer un être tel que moi, il faut le concevoir à partir d’un objet, ou d’une forme de vie organique mineure. »
- « Par curiosité, de quoi s’est-on servi pour te créer ? »
- « D’une rose des flammes. C’est une fleur de la dimension d’où je viens. Ses pétales sont de feu, et sa tige, comme la rose terrienne, hérissée de pointes empoisonnées. »
- « Ton créateur avait l’esprit poétique. »
- « Ce n’est pas faux. Ensuite, quand à te dire ce que j’ai fait depuis que je suis née, ça n’est pas compliqué. Le démon m’avait créé, parce qu’il ne voulait plus répondre aux appels d’un sorcier humain. Il a alors eu l’idée de lui envoyer son digne représentant. Ou plutôt, sa digne représentante. »
- « Donc, toi. »
- « Je n’ai ensuite eu qu’à entrer en contact avec lui. Le sorcier avait reçu, de mon maître, des instructions précises pour pouvoir me garder à portée de main. Et, comme je te l’ai expliqué lors de notre rencontre, il n’a jamais eu l’occasion de le faire. Jusqu’à notre rencontre, je suis restée coincée dans le miroir. »
- « Et je t’ai libéré. »

Vanessa contempla le reflet de Kinkara, dans la vitre du four. Celle-ci avait un sourire un peu de travers, comme à l’évocation de quelque chose qui pourrait être risible si ce n’était aussi gênant, une sorte de rictus désabusé. Vanessa lui adressa un sourire bien plus clair, quoiqu’un peu ambigu.

- « Changeons de sujet. » lui dit-elle. « Que nous manque t’il, pour parvenir au bout de notre projet ? »
- « L’essence physique éthérée, ce qui risque d’être dur, au vu des raisons que je t’ai exposé. Divers matériaux magiques, mais rien d’introuvable, bien qu’un peu cher. Une enveloppe charnelle à sacrifier. Du sang humain, en quantité suffisante. Sans oublier qu’il nous faudra aussi trouver un endroit propice à la magie, où nous pourrons procéder au rituel sans encombre. »
- « L’arbre épineux du Cercle des Epines, sur les Nerva, peut-être ? »
- « Oui. L’énergie y sera abondante. Ce sera un bon endroit. Mais pas pour l’instant. »
- « C’est clair, il nous est risqué de nous y introduire maintenant. De toute façon, il nous manque beaucoup de composants. »

Vanessa se leva, et se rendit au salon. Jenny était toujours devant la télévision, mais elle avait tiré, pendant que sa patronne se changeait, les épais rideaux verts foncés. Le sac de chips, vide, était posé sur la table basse, et Jenny s’était allongée de tout son long dans le canapé, les yeux mi-clos. Vanessa s’installa au bout du sofa, s’arrangeant pour que la tête de son esclave puisse atteindre ses cuisses. Elle entendit la voix de Kinkara résonner à ses oreilles.

- « Ne t’attache pas trop à elle, sinon tu n’arriveras à rien, le jour où il faudra … »
- « On trouvera d’autres personnes à sacrifier. En fait, j’aime assez avoir une esclave dévouée. »
- « Corps et âme, n’est-ce pas. L’âme pour moi, le corps pour toi. »

Vanessa eut un étrange sourire, pendant que sa main caressait avec beaucoup de tendresse les cheveux de Jenny.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 21 Mar - 18:26

On frappa à l’immense porte, haute de trois mètres. Igor se rendit jusqu’à l’entrée, ouvrit, et laissa entrer la visiteuse. Celle-ci était presque invisible, le visage caché sous la capuche d’un épais manteau. L’homme entreprit de la débarrasser de ses affaires. Igor était grand et massif, les cheveux argentés témoignant de son âge, bien que sa peau ne présentait aucune prise au temps. Il était vêtu d’une livrée de domestique, rayée jaune et noir, d’un pantalon sombre et de chaussures assorties. Il passa derrière elle et fit glisser son manteau de ses épaules.

- « Merci. » fit la femme.

Une fois le manteau retiré, on pouvait reconnaître Vanessa Pirelli, à quelques détails près. Ses cheveux, dont elle teintait d’ordinaire la pointe en rouge, étaient uniformes. Elle avait abandonné ses tenues décontractées pour une robe de soirée de couleur bordeau, au décolleté époustouflant, le dos largement échancré. Avec ce genre de vêtement, elle ressemblait à une femme du monde, ou à une princesse moderne. De toute évidence, cet étalage de luxe n’était pas sorti pour une quelconque réunion officielle, mais bel et bien pour séduire.

Le hall où elle entra était gigantesque, drapé de noir et de rouge. Quelques toiles de maîtres ornaient les murs, entre deux tapisseries médiévales. En face de la porte, un escalier de marbre blanc partait, se divisant en deux à mi-hauteur, les deux portions se rejoignant pour former un balcon à l’étage supérieur. Celui-ci conduisait vers deux couloirs, l’un obliquant vers l’Est, l’autre vers le Nord. Vanessa devina les longs couloirs, s’engouffrant dans la structure du manoir.

- « Il est inutile de le remercier. » fit une voix perchée dans les aiguës. « Il accomplit son office, c’est tout. »
- « Monsieur le Baron. » salua Vanessa, dans une attitude humble qui ne lui était pas coutumière.

Le Baron Berjak surveillait la scène, du haut des escaliers, attendant sa visiteuse avec impatience. L’homme avait le crâne couvert de cheveux noirs, les tempes devenues grisâtres, et il portait un complet gris de grande classe. « Sûrement un Armani. » pensa Vanessa. Il descendit avec une certaine rigueur. Il était légèrement plus grand que la femme, filiforme et peu musclé. Ses chaussures noires et blanches resplendissaient sous la lueur des lustres. Sa moustache fine était taillée au millimètre près.

Il fut un temps où le Baron Berjak et ses créatures égalaient Lord Recluse et son organisation Arachnos. L’homme avait connu de belles années, pleines de fougues et d’audaces, au cours desquelles, lui et son armée de mort-vivants combattait les plus grands des héros de Paragon City. Puis la maladie de Parkinson survint. Au début, il n’y prêta guère attention. Mais le temps passa et sa situation empira. Finalement, ne pouvant plus manipuler ses inventions, il se retira, dans ce manoir isolé, sur une île, à l’écart des Insoumises.

Vanessa y était venu par hélicoptère, un engin spécialement affrété par le Baron. Si ce dernier n’était plus dans la course du pouvoir, il disposait cependant d’une grande fortune, illégalement acquise, mais judicieusement placée. Il avait sous ses ordres une dizaine d’industries, issues de ses travaux. Néanmoins, ses plus grandes découvertes, il les gardait jalousement pour lui, même si, avec le tremblement agitant ses membres, il ne pouvait plus y avoir accès.

Il descendit jusqu’à Vanessa, et lui tendit une main osseuse, calleuse, qui tremblait tellement qu’elle s’en empara et la serra fortement pour ne pas se faire déboîter l’épaule. Elle eut un sourire à l’attention du Baron, mais celui-ci tenait moins du numéro de charme que de la pensée qui venait de la traverser. Elle pensait qu’avec des spasmes pareils, si le Baron lui insérait les doigts dans certains endroits particuliers de sa personne, elle atteindrait l’orgasme en un rien de temps. Mais il ne fallait pas compter sur plus de performances. Le Baron prenait de l’âge, ayant dépassé depuis quelques années déjà le cap de la cinquantaine. Avec sa maladie, qui devait lui fatiguer le cœur, il était hors de question de faire usage des petites pilules bleues que la jeune femme avait achetée le matin même.

Après quelques semaines d’investigation, elle était parvenue à trouver ce que Kinkara cherchait, ce que le succube appelait une essence physique éthérée. Le Baron Berjak disposait, selon quelques photos non officielles, d’un tel phénomène. Elle ne mit pas longtemps à retrouver la trace de l’individu, mais eut quelques difficultés à obtenir un rendez-vous. Finalement, il avait accepté de la recevoir. « Pour dîner. » avait-il précisé. « Et pour discuter de ce que vous cherchez. » conclut-il, lors de leur entretien téléphonique. Kinkara, comme Vanessa, devinait que ce repas avait simplement pour but de rencontrer la personne qui parvenait à parler de choses aussi surnaturelles qu’une essence physique éthérée. Aussi avaient-elles décidé de consentir à un léger sacrifice physique.

- « Suivez-moi, je vous prie. » fit le Baron, avant de détourner le regard.

Il avait examiné la femme sous toutes les coutures, parcourant son corps pour y déceler quelque chose, mais n’y était pas parvenu. Il ordonna à Igor de servir le repas, et ce dernier s’en alla d’un pas mécanique et pesant vers une porte, savamment camouflée derrière une tenture noire. Olaf précéda Vanessa, passant par une porte à l’opposé de celle que venait d’emprunter Igor. La jeune femme entra alors dans une salle à manger.

La table était longue d’environ cinq mètres, et deux sets de couverts avaient été placés aux extrémités. Le Baron alla jusqu’à celle qui se trouvait le plus près de la fenêtre, et tira légèrement la chaise. Ses tremblements étaient tels que les pieds du meuble touchèrent à répétition le dallage de la salle. Acceptant l’invitation, Vanessa s’assit, pendant que le Baron repoussait le fauteuil, percutant, au passage, les genoux de la jeune femme à deux reprises. Les tremblements atteignaient leur paroxysme, et elle devina qu’en plus de Parkinson, Berjak ne pouvait contenir son émoi. De là où il se trouvait, il avait une vue imprenable sur la naissance des fesses de Vanessa, et un point de vue inoubliable sur son décolleté.

Une fois assise, il se rendit à sa place. Igor, arrivé entre-temps, lui tira sa chaise, et lui repoussa lorsqu’il fut en position. Puis, toujours de façon si impersonnelle, il quitta la pièce, prenant une porte dérobée vers les cuisines.

- « Votre serviteur me fait froid dans le dos. Est-il seulement humain ? » demanda Vanessa.
- « Il l’a été pendant un temps, chère amie. Hélas, un jour, des … justiciers … » il prononça ce mot avec dédain « sont venus ici, et le pauvre garçon a pris une balle en pleine tête. Comme il m’avait toujours été fidèle, j’ai tenté de remédier à son état. Je n’ai pu réparer son cerveau, trop endommagé par la balle. Aussi lui ai-je placé une puce, dotée d’une intelligence artificielle, pour suppléer à ses fonctions défaillantes. Il est désormais le meilleur des majordomes, mais sa conversation laisse à désirer. »

Vanessa, elle, détaillait la salle à manger. Comme le hall, tout était drapé de noir et de rouge. De sombres portraits, copieusement enluminé, aux cadres dorés, observaient les dîneurs. Tous les individus représentés avaient des signes communs. Le plus ancien des portraits avait les mêmes yeux perçants que le Baron Berjak. D’autres, plus récents, disposaient du même nez, des mêmes cheveux.

- « Ce manoir est-il une propriété familiale ? »
- « Depuis trois cent ans, oui. A l’époque, il s’agissait d’une presqu’île, mais maintenant, ainsi que vous pouvez le constater, cette une île à part entière. »

Igor entra dans la salle à manger, portant un plateau. Sur ce dernier, des assiettes remplies attendaient d’être servie aux convives. L’homme accomplit son office, servant d’abord l’invité de son maître, puis ce dernier. Il alla jusqu’à un meuble fermé, qu’il ouvrit, y prit une bouteille de vin, et la déboucha. Puis il revint vers le Baron, lui servit un fond de verre. Berjak goûta l’alcool, puis fit un léger signe d’assentiment, autorisant son serviteur à servir le vin. Le majordome quitta la pièce. L’assiette contenait un feuilleté de saumon, dont le doux parfum montait aux narines de Vanessa. Elle était affamée, s’obligeant à suivre un régime sévère, et attendait que le Baron entame son assiette, ce que ce dernier fit aussitôt. Le hors d’œuvre disparut bien vite.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 21 Mar - 18:26

- « Et bien, mademoiselle, nous pouvons désormais entrer dans le vif du sujet. Que désirez-vous faire de cette essence ? »
- « Je l’ignore, monsieur le Baron. »
- « Vous l’ignorez ? »
- « Vous devez avoir entendu parler de moi, j’imagine donc que vous connaissez mon métier. Je ne cours pas après un tel artefact pour mon simple plaisir personnel. Quelqu’un m’a demandé de lui trouver. »
- « Et qui, je vous prie ? »
- « Il tient à garder l’anonymat. »
- « Vous travaillez avec de parfaits inconnus ? »
- « Bien sûr que non. Comprenez que je connais son identité. Mais qu’il ne m’a nullement autorisé à dévoiler son nom. »
- « Est-ce que vous savez à quoi cela sert ? »
- « Je n’en ai pas la moindre idée. On me paye pour l’obtenir, pas pour poser des questions délicates. »
- « Voyons, vous allez me faire croire que votre charmante amie Kinkara ne vous a pas informé des possibilités d’une telle essence ? » Le Baron eut un sourire victorieux.
- « Si, elle l’a fait. » Vanessa eut elle aussi un sourire. « Je croyais que vous travailliez dans les technologies de pointe ? »
- « La magie est un hobby qui occupe l’essentiel de mon temps libre, surtout depuis que … » termina t’il, montrant sa main tremblante.

Il s’en servit pour saisir une clochette, qu’il fit aller sans même se fatiguer. Igor fit irruption, débarrassa la table, puis, quelques minutes après, apporta la suite du repas. Pendant ce temps, la Baron avait raconté comment, il y’a deux ans, il était parvenu à mettre la main sur l’essence physique éthérée. Au cours d’une vente aux enchères d’un style particulier, il avait acheté, à vil prix, un lot de marchandises à l’origine plus que douteuse. Vanessa se remémora sa propre acquisition du miroir dans lequel dormait Kinkara.

- « Je me suis alors dit que cette essence serait la pièce maîtresse de ma collection. M’en séparer m’est très difficile, même pour un bon prix, comprenez-vous ? Cependant, je sais bien que votre comparse vous aiderait à l’obtenir. Ce combat nous serait préjudiciable, à tous les trois. Aussi, j’aimerais bien plus qu’une simple compensation financière. Comme vous pouvez le voir, l’argent n’est pas quelque chose qu’il me manque. Guérir ma maladie m’est impossible. Cependant … »
- « Cependant ? » questionna Vanessa.
- « Je pourrais consentir à vous la céder. »
- « Que faudrait-il que je fasse en échange ? »
- « Vous ? Non, grands dieux, non. Vous n’êtes qu’une simple humaine. Ce que j’aimerais c’est … elle. La posséder, ne serait-ce qu’une nuit. Il est dit que les succubes apportent un plaisir que les humaines ne peuvent jamais égaler. »
- « Il tente de nous piéger. » fit la voix de Kinkara, dans la tête de Vanessa. « Il connaît la limite d’appel. Il sait que tu ne peux m’invoquer qu’une fois par jour, et pour vingt-quatre heures. De toute façon … »
- « Monsieur le Baron, je ne suis donc pas à votre goût ? »
- « Mon petit, à mon âge, toutes les jeunes femmes sont à mon goût. » Berjak eut un sourire énigmatique. « Mais il reste certains secrets de l’esprit humain qui ne sont accessibles que lorsque certains paliers sont atteints. C’est ainsi que l’on parle d’un seuil de tolérance à la douleur, après lequel le cerveau se déconnecte du corps. J’imagine qu’il y’en a aussi un pour le plaisir. » Vanessa eut l’air absente quelques secondes. « Qu’y a-t-il ? »
- « Je viens de m’entretenir avec Kinkara. Selon elle, tous les succubes ne se valent pas, dans ce domaine. Ce dont vous me parlez, cette extase si diablement divine, est le but de succubes créés dans cette optique. »
- « Allons, jeune fille. Vous croyez que je ne vois pas ce que vous craignez ? Vous pensez qu’il s’agit d’un piège, n’est-ce pas ? »
- « Comment ne pas le croire ? »
- « Et bien, suivez-moi. » fit le Baron.

Il quitta la table, abandonnant son repas sur place. Vanessa le suivit, regrettant de ne pas pouvoir terminer son assiette de pâtes, au goût succulent. Plutôt que de monter à l’étage, Berjak s’enfonça dans les profondeurs de la cave. Il franchit deux entrées secrètes, que Vanessa n’aurait jamais remarquées outre mesure, pour enfin parvenir dans les oubliettes du manoir, un endroit lugubre, éclairé par un lustre couvert de chandelles. Il y régnait un froid glacial, presque brûlant. Vanessa se frottait les bras pour se les réchauffer, grelottant dans sa robe de soirée. Elle remarqua que les volutes de vapeurs issues de la condensation provenaient du même point, un piédestal portant une cloche de verre, couverte par une couverture noire. Cette dernière paraissait figée, givrée. Dans la tête de Vanessa, la voix de Kinkara se fit entendre.

- « C’est ça, c’en est une. »

Le Baron Olaf Berjak se rendit jusqu’à la couverture. Il la souleva, dévoilant la cloche et ce qu’elle contenait. En dépit d’une parfaite étanchéité, le froid s’en échappait par vagues, comme si l’air entourant l’objet était transformé en glace. Sous le verre, Vanessa contemplait, pour la première fois, ce qu’était une essence physique éthérée.

Elle n’aurait su la décrire. A la fois vaporeuse et solide, d’une lueur bleuté et rougissante, l’essence physique éthérée n’avait pas de forme prédéfinie. Elle évoluait constamment, changeant mille fois en une seconde, avant de se stabiliser dans une certaines positions, puis reprenait invariablement ses métamorphoses, qui n’étaient jamais deux fois les mêmes. Les pulsations de froid accompagnaient chaque transformation.

- « Voilà, c’est cela. »
- « Oui, je sais. »
- « Elle vous l’a dit, je suppose. »
- « Exact. Avant même que vous n’ôtiez la couverture. Elle l’a ressenti. »
- « Il m’importe peu de savoir ce que vous voulez en faire, la vendre ou autre. Mais vous ne partirez avec qu’à la condition d’accomplir ma volonté. »
- « Nous n’avons pas le choix, Vanessa. Appelle-moi. » fit la voix de Kinkara. « Nous n’avons jamais été si près du but … »
- « Qu’est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ? »
- « Ma chère enfant, si vous voulez bien me suivre. Un tel endroit n’est pas propice à une telle discussion. Quand à ce que je vous ai dit, vous pouvez me croire sur parole. Si vous accomplissez ce que j’attends de vous, alors vous n’aurez strictement aucune difficulté à sortir l’essence d’ici. »

Berjak s’en alla alors, quittant les oubliettes. Il ne s’arrêta pas au rez-de-chaussée, continuant de monter jusqu’au premier étage. Là, il obliqua, prenant la direction du hall, franchissant le balcon formé par les escaliers, prenant le couloir partant vers l’Est. A la huitième porte, il s’arrêta, Vanessa sur ses talons. Derrière la porte, il y avait une chambre à coucher, d’aspect antique. Un lit à belvédère, tenté de draperie vert clair, occupait une bonne partie de la surface au sol, le reste étant partagé entre quelques espacements pour circuler, un secrétaire, une armoire aux armoiries antiques, et une horloge qui n’émettait aucun son, bien que l’on pouvait voir le balancier de cuivre qui oscillait.

- « Vous ne perdez pas de temps en besogne ! »
- « Quelle est sa décision ? »
- « Personnellement, » fit Vanessa, « je reste circonspecte. Mais Kinkara a l’air d’être partante pour exaucer votre souhait. Kinkara ! » appela la jeune femme.

Aussitôt, le succube prit sa place. Si la robe était déjà limite pour Vanessa, les courbes du succube étaient encore plus prononcées.

- « Je suis tout à fait disposée à exécuter votre demande, petit humain. » fit Kinkara, poussant le Baron sur le lit.

Elle lui arracha les vêtements, un à un. Manifestement, les pilules stimulantes achetées par Vanessa ne seraient d’aucune utilité, Berjak présentant, en dépit de son âge, une virilité affirmée. Kinkara fit glisser la robe à ses pieds, et ôta ses sous vêtements, avant de monter à califourchon sur l’homme. Elle lacéra son corps, le griffant, lui faisant ressentir un mélange de plaisir et de douleur qu’il n’avait jamais connu. Lorsqu’il atteignit l’orgasme, ses yeux se révulsèrent, et il murmura un seul mot, « secrétaire ».

- « Hé, je n’ai pas fini, moi ! » cria Kinkara, en le giflant. Mais Olaf n’eut aucune réaction. « Il est en train de me claquer entre les pattes ! »
- « Parkinson a affaibli son cœur. Avec l’émotion que tu viens de lui faire connaître, il nous a fait un arrêt cardiaque ! » expliqua Vanessa.
- « Tu sais faire de la réanimation ? »
- « Pourquoi faire ? »
- « Pardon ? »
- « Il est mort, non ? Nous pouvons aller nous servir comme nous le voulons. »
- « Oui, mais … »
- « Mais quoi ? Tu tiens tant que ça à ta ration de plaisir, toi aussi ? »
- « C’est que je commençais à le trouver performant, ce vieux bouc. Attends. ‘Secrétaire’ ? Pourquoi il a parlé de ‘secrétaire’ ? »
- « Il désignait sûrement ce meuble, là-bas. »

Kinkara se redressa, fit apparaître sa tenue orange sur son corps dénudé et se rendit au meuble. Celui-ci était fermé à clé.

- « Il doit y avoir la clé dans ses vêtements. » fit Vanessa.

Le succube se rendit jusqu’aux morceaux du pantalon du Baron, dispersé lorsqu’elle le lui avait arraché. Dans l’une des poches, elle trouva un trousseau de clés, et identifia rapidement celle qui correspondait au meuble. Le panneau de particules pivota, dévoilant l’intérieur du secrétaire. Celui était absolument vide, hormis une lettre soigneusement cachetée. Le succube fit sauter le sceau, et trouva dans l’enveloppe deux documents. Le premier était un courrier manuscrit.

- « Voyons voir. » commença à lire Kinkara. « Si vous lisez ceci, c’est que je suis mort, et que Vanessa Pirelli a répondu à ma demande. Dans ce seul et unique cas, le testament accompagnant ce courrier est le seul recevable devant un notaire. »
- « Il a voulu faire de nous ses exécutrices testamentaires ? Si il croit que … »
- « Attends voir, Vanessa. Regarde un peu ça. »

La jeune femme observa le monde par les yeux du succube. L’autre document de l’enveloppe était effectivement un testament, établi au bénéfice de Kinkara et de Vanessa Pirelli, à égales mesures. Elles héritaient désormais du manoir et de son contenu, des industries, et de tous les comptes en banque du vieux Baron.

- « Vanessa, je crois que nous voilà à l’abri du besoin pour un moment ! »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mar 17 Juin - 17:30

Greg Milley attendait à l’entrée du cimetière de Potter’s Field. Il était un agent très spécial, spécialisé dans les assassinats. Il ne participait pas lui-même aux meurtres, mais connaissait une brochette de célébrités mortelles, qu’il pouvait contacter à tout moment, et auxquelles il fournissait travail et réputation, en échange d’une modeste contribution. Il portait aujourd’hui un jeans noir, une chemise grise, sans cravate. Il avait balancé, sur son épaule, sa veste en tissu noir. En attendant son client, il nettoyait ses lunettes rondes.

Un drôle de client, pensa t’il. Ami de la meurtrière Lilia Strongrock, réincarnation de son meilleur assassin, il avait assisté, impuissant, à un affrontement entre les deux. Le combat avait pour cause la disparition d’une relique nécessaire à Lilia pour reformer son corps disparu et se réincarner, relique tombée entre les mains de l’actuel client de Milley, un succube nommé Kinkara.

Ce ne fut pas celle-ci qui arriva, d’ailleurs, mais son alter ego humain, Vanessa Pirelli, une jeune femme d’environ vingt ans, des cheveux bruns dont les mèches étaient teintées de rouge. Elle portait aujourd’hui un chemisier blanc, largement ouvert sur le dos, attaché par le cou, un jeans bleu et des chaussures de marche de grande marque. Derrière elle, une autre femme la suivait, une blonde aux cheveux coupés courts, habillée plus sportivement, la veste du survêtement enroulée autour de la taille, un nœud formé par les manches.

- « Qui est-ce ? » demanda Milley.
- « Ma …. Cousine. » présenta Vanessa, en hésitant longuement sur le terme, comme pour faire comprendre à Greg Milley que cela ne le regardait pas. « Jenny. Dis bonjour, Jenny. »
- « Bonjour, Jenny ! » fit la blonde, grand sourire sur les lèvres.
- « Ne prêtez pas attention, c’est son nouveau jeu. »
- « Et bien … » commença l’homme. Il paraissait légèrement perturbé par cette présence supplémentaire.
- « Alors, pourquoi m’avoir fait déplacer sur l’île du Requin, monsieur Milley ? »
- « Je vous avais demandé si l’identité du tueur revêtait une quelconque importance à vos yeux, et vous m’avez assuré que non. »
- « C’est exact. »

Pendant qu’ils discutaient affaire, Jenny s’était rendue à la grille d’entrée du cimetière. La haute herse métallique, rouillée, s’ornait de motifs macabres, telles des têtes de morts et autres gargouilles. Elle regarda avec dégoût le corbeau fraîchement empalé sur l’une des pointes, dont le sang s’écoulait toujours sur la tige de métal. Apparemment, le « sacrifice » du charognard remontait à moins d’une heure. Elle jeta un œil vers l’intérieur du cimetière, ne voyant que tombes et cryptes à profusion. Une brume persistante s’élevait du sol, empêchant de bien voir les détails du cimetière.

- « En fait, Lilia n’a pas très envie de travailler pour vous. Cela s’explique par votre affrontement. Cependant, elle ne peut renoncer à son fétiche. »
- « Ce qui est compréhensible. » Kinkara l’avait vaincu, la laissant plus morte que vive.
- « Donc, je me vois contraint de recourir, pour notre affaire, aux services d’une vieille connaissance. Et il aime bien savoir pour qui il travaille. »
- « D’où notre présence ici aujourd’hui ? »
- « La votre et la mienne, oui. Mais pourquoi … ? » fit Milley, en regardant Jenny, qui se tortillait pour voir au-delà de la grille.
- « Simple sûreté, monsieur Milley. »
- « Je vous fais peur ? »
- « Non, c’est elle qui me fait peur. »
- « Ah. »
- « Je ne peux pas la laisser seule cinq minutes, elle ne fait que des bêtises. » Vanessa revint alors sur le sujet initial. « Concernant votre bonhomme, j’aimerais bien savoir ce qu’il trafique dans un lieu pareil. »
- « Il ne trafique rien. Il y vit. » Les yeux de Vanessa s’ouvrirent de surprise.
- « Il vit ici ? » répéta t’elle. « Dans un cimetière ? »
- « Qui ? » demanda Jenny, n’ayant rien suivi de la conversation et revenant précisément à ce moment.
- « T’occupe, boucle d’or. » répondit avec fermeté Vanessa.
- « D’accord. » Jenny ne sembla pas s’offusquer du ton employé.
- « Allons le voir. »

Milley poussa la grille, qui glissa sur ses gonds dans un grincement effarant, puis pesta en voyant ses doigts maculés de sang de corbeau. Il sortit un mouchoir en papier propre, et entreprit de se nettoyer, faisant glisser le coin sous ses ongles. Il paraissait maniaque de l’ordre et de la propreté. Pendant qu’il frottait sa main tâchée, il soupira et prit la parole.

- « A tous les coups, c’est signé Butch. Il n’a pas trouvé de sceau d’eau, alors il l’a fait avec un corbeau ! »
- « Butch ? » Greg tourna vers Vanessa et Jenny un regard implorant.
- « Ne lui dites pas que je l’ai appelé comme ça, il déteste ce surnom. »

Ses ongles propres, il avança alors, suivant un sentier boueux serpentant entre les tombes. Les pierres tombales resplendissaient à l’éclat de la lune. Parfois, un écrin contenant une photo réfléchissait la lumière de l’astre de la nuit. Il y avait, de temps à autres, des bouquets de fleurs, posés là en souvenir des personnes reposant sous les dallages. Jenny en profitait pour se confectionner sa propre composition florale, au grand dam de Vanessa qui la rouspéta.

- « Si tu continues comme ça, Jenny, les morts sortiront de leur tombe pour te pourchasser. » lui promit-elle.
- « Même pas peur ! » répondit la simplette, sur un ton de défi.
- « Nous y voici. » fit Milley, arrivant devant une crypte de taille moyenne. « J’espère qu’il est là. Il a tendance à avoir un peu la bougeotte. »

Il frappa à la porte de la crypte, attendant une réponse. Vanessa, elle, en son for intérieur, pensait que l’assassin aux ordres de Milley ne devait pas être fiable, pour vivre dans un endroit pareil. Il semblait être, au sens où elle l’imaginait, extrêmement pauvre, donc peu efficace dans son travail, bien que Greg ait pris sa défense. Ou bien alors, l’autre hypothèse lui plut plus, il était célèbre au point de devoir se cacher dans un tel lieu.

- « Pas là, ce n’est pas de chance ! » fit Jenny, au bout d’une minute, sur un ton franchement amusé, se balançant d’un pied sur l’autre, sa composition, ressemblant furieusement à un bouquet de mariée, entre les mains.
- « Qui n’est pas là ? » demanda une voix sépulcrale, dans son dos.

Jenny se retourna, vit la ceinture de l’homme, composée de nombreux crânes humains, contempla son torse en décomposition, puis son visage mangé aux vers, sans nez. Les yeux de la jeune femme ne s’arrêtèrent pas au visage du mort-vivant, disparaissant derrière ses paupières, tandis qu’elle s’effondrait au sol, sur le dos, bave aux lèvres, tellement sa frayeur fut grande. La promesse de Vanessa que les morts sortiraient de leur tombe pour lui faire payer le vol des fleurs semblait s’être concrétisée devant elle. Elle émit un geignement étouffé par la bave.

- « Elles disent toutes ça. » affirma le mort-vivant.

Vanessa ouvrit des yeux agrandis par la surprise, mais ne s’évanouit pas comme Jenny. L’être devant elle et Milley était un zombi. Il en avait l’apparence, l’aspect, la texture, et surtout l’odeur. Ses yeux étaient entièrement blanchis, comme ceux d’un mort. Sa chair partait en morceaux. Tout son corps semblait gangrené par des dizaines d’afflictions.

- « Mademoiselle Pirelli, voici votre spécialiste en meurtre, Butcher Knives. »
- « Mais il est … »
- « Bon, déjà, il faudrait commencer par des salutations. C’est l’usage. » fit le zombi, vexé. « Sam Pender, ancien officier de la police de Paragon. »
- « Policier ? »
- « Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je suis officiellement mort en service ! » Il désigna l’inscription sur la porte de la crypte. Pirelli se sentit prise au jeu.
- « Vanessa Pirelli, antiquaire millionnaire depuis peu. » se présenta t’elle. « Ainsi que Kinkara, succube, quelque part là-dedans. Quand à l’évanouie de service, c’est Jenny. » ajouta t’elle en désignant le corps de la simplette, encore inconsciente. Elle tendit la main à Butcher Knives, mais celui-ci la regarda faire.
- « Ca ne me dérange pas, mademoiselle, mais bon, si vous tenez vraiment à choper une infection … » fit le zombi, en montrant sa main décomposée. Vanessa se ravisa.
- « En parlant d’infection, Sam. » reprit Milley. « C’est quoi qui daube comme ça ? »
- « Ben, c’est moi, je pensais que tu avais l’habitude. »
- « Non, non, je parle d’une odeur chimique qui traîne dans l’air. »
- « Ah, ça, ce n’est rien. » dit le mort-vivant.
- « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
- « J’avais une invasion de blattes, j’ai été obligé de répandre de l’insecticide en quantité. »
- « Excusez-moi. » fit Vanessa. « Mais mettre de l’insecticide dans un cimetière, c’est inutile ! »
- « Ah mais non, pas dans le cimetière. Dans mon corps. »
- « Quoi ? »
- « C’est dans mon corps que j’avais une infestation. »

La receleuse sentit son dîner faire un bond dans son estomac, en s’imaginant le spectacle, comme si son repas désirait sortir de son corps. Ses joues enflèrent, et elle mit la main devant la bouche. Jenny, qui rouvrait les yeux à ce moment là, entendit cette histoire, et préféra sombrer de nouveau dans l’inconscience. Milley, lui, détourna le visage, la main sur le menton, pour s’empêcher de rire à voix haute. Il connaissait Sam Pender depuis que celui-ci était revenu d’entre les morts, et il était habitué à tous ces petits tracas qui constituaient la vie d’un mort-vivant pas totalement décédé. L’esprit de Butcher Knives restait étonnamment clair et lucide, en dépit de son état.

- « Ne faites donc pas de manière. » fit Butcher Knives à l’attention de Vanessa. « Dégueulez si vous le voulez. Si vous saviez ce que je vois passer ici ! »
- « Mais c’est … » commença t’elle.
- « L’inconvénient d’être mort. Le corps tombe en décrépitude, bien que l’esprit reste vigilant. » Sam Pender regarda alors Greg Milley, qui se retenait d’éclater de rire. « En dehors des civilités, quel est le but de ta visite, Greg ? »
- « La demoiselle ici présente … » fit l’agent des assassins, en désignant Vanessa. « … désire abattre quelqu’un à Paragon City. »
- « Quelqu’un de célèbre ou pas ? »
- « Eleanore Casi, aussi connue sous le nom d’Ely Caston. »
- « L’écrivain ? »
- « Vous connaissez ? » demanda Vanessa, surprise.
- « ‘tendez voir. » fit Butcher Knives, en entrant dans sa crypte. Il en ressortit avec un livre en main. « ‘Vivre pour la gloire’. Très bien écrit. Je lui donne un seize sur vingt. Les quatre points, je les retire parce que je trouvais l’histoire trop banale. »
- « Un mort-vivant qui lit, j’aurais tout vu. » fit la voix de Kinkara, dans la tête de Vanessa.
- « Vous savez, quand on est décédé, on ne dort plus, et les nuits sont longues, dans ce cas. » s’expliqua le mort-vivant.
- « Vous pensez être de taille à le faire ? » Vanessa prenait cette fois le ton d’une femme d’affaire. « Je vous préviens, il me faut sa tête. Plus précisément, les os de son crâne. »
- « D’ici vingt-quatre heures, revenez ici avec un million. Vous aurez alors ce que vous désirez. »

Vanessa acquiesça. Depuis qu’elle avait hérité du baron Berjak, l’argent n’était plus un problème.

- « Et n’oubliez pas ça ! » fit Butcher Knives, après que Vanessa et Milley se soient éloignés de quelques pas, en désignant le corps inerte de Jenny. « Elle s’évanouit dès qu’elle me voit ! »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 19 Juin - 16:44

Note de l'auteur : faites gaffe, c'est sanglant ... j'ai des envies de meurtres, au boulot, en ce moment. Ca me permet d'extérioriser Smile

- « L’heure du décès est inconnue. » commença le médecin légiste, en examinant le corps inerte. « Le cadavre est celui d’un individu mâle, âge indéterminable. Il semblerait, après examen visuel, que le corps ait subi des dizaines de sévices, bien après la mort. On constate l’absence de nez, la peau porte plusieurs marques cancéreuses. Un examen des viscères … »
- « Ah, non, je ne préfère pas ! » fit le mort-vivant, en ouvrant les yeux.

Le légiste tomba dans les pommes, dans un bruissement de tissu. Butcher Knives quitta la table d’autopsie, ramassa le médecin, et l’enferma dans l’un des blocs de conservation des macchabées, en prenant tout de même le soin de couper la réfrigération dans celui-ci. Pour entrer à Paragon City, il fallait soit de bons appuis, et cela Sam Pender en manquait, soit un solide dossier, et cela, même en l’ayant, ne lui aurait servi à rien. Mort depuis une dizaine d’années, comment aurait-il fait pour simuler un être vivant ? Il se consacra donc à une méthode qui portait ses fruits, s’en étant déjà servi à quelques reprises, se faire passer pour un cadavre, technique hautement adaptée à son état actuel.

Il s’était arrangé de faire dériver son corps jusqu’au continent, sur un radeau de fortune, fut ramassé par les marins d’un cargo, qui confièrent ses restes à la Police de Paragon. C’est ainsi qu’un médecin légiste vient d’avoir la plus grande frayeur de sa vie, et, pour la petite histoire, renoncera définitivement à ce métier pour se consacrer aux vivants.

Revenons à notre larron. Ne pouvant quitter le département de Police par la grande porte, il s’arrangea de sortir des bâtiments en empruntant la voie des déchets. Parvenu aux poubelles, il attendit la nuit pour prendre la direction de Steel Canyon où, le lui avait promis Greg Milley, Ely Caston résidait sous bonne garde de l’Arc. Se faufilant entre les différentes sections de la cité des héros, en traversant des ruelles sombres et étroites, afin de ne pas provoquer d’émeutes par son aspect, Butcher Knives parvint, sans trop d’encombres, jusqu’au pied d’un gigantesque immeuble.

Il était inutile, de son propre point de vue, de tenter de passer par la porte d’entrée. C’était une tactique suicidaire, et, bien qu’il soit déjà mort, il ne se voyait pas affronter une armée de soldats surentraînés de l’Arc. Cependant, il devait consulter le registre, pour tenter de déterminer à quel étage précis se situait sa proie. Milley s’était montré incapable de plus le renseigner sur cette femme.

- « Réfléchis, Sam. » se fit-il, pour lui-même. « Si ils veulent la protéger, il y’aura sûrement des gardes postés autour de sa chambre. Voire même dedans. Bon, je suis parti pour les escaliers de service, alors. Sinon, il faudra que j’aille consulter l’index des boîtes aux lettres. »

Première difficulté, l’escalier de service était replié. Il lui fallut deux bonnes minutes, et prendre appui sur une large caisse de métal pour l’atteindre. Il chuta à deux reprises, des chutes telles que s’il n’avait déjà été mort, il aurait pu décéder au moins une fois, et être handicapé à vie la seconde. Puis, finalement, il parvint à se hisser sur le premier palier métallique, et il commença sa longue ascension, en se disant qu’il avait toute la nuit pour accomplir son forfait. Chaque fois qu’il passait devant une fenêtre, il examinait soigneusement l’intérieur de l’immeuble.

Il alla jusqu’à marquer une pause, au niveau du quatrième, pour observer, à l’insu de celle-ci, une jeune femme qui sortait de la douche, dévoilant un corps sans défaut. Il soupira, en contemplant son pantalon. Aucune réaction de ce côté-ci. Il écarta le tissu pour jeter un œil dans ses vêtements.

- « Mort, toi aussi, hein, petit kiki ? »

Il reprit ensuite son ascension, étage par étage. La tour en comptait environ vingt-cinq, et il se dit que connaissant sa chance, Ely Caston devait vivre en haut. Fort heureusement, il se trompait. Au neuvième, il vit, par une fenêtre donnant dans un couloir, deux soldats de l’Arc, en faction devant une porte. Etait-ce sa proie, ou bien une autre personnalité à protéger ? Vanessa Pirelli avait laissé entendre que la femme serait sous bonne garde, dans cet immeuble de Paragon City, mais Butcher Knives se demandait si celui-ci ne servait pas de refuge pour d’autres personnes menacées. Il ne lui restait qu’un seul moyen de le savoir.

Glissant son arme dans un petit intervalle de la fenêtre, il fit, délicatement, sauter le loquet. Il était inutile de foncer dans le tas, ignorant si il n’y avait pas de soldats dans l’appartement surveillé. Les deux gardes en faction ne paraissaient pas très vigilants. Probablement que la lassitude, après de longs mois à attendre désespérément le retour de Vanessa et de Kinkara, pour achever le travail commencé en Italie, s’était installée. Profitant que les deux gardes discutèrent un court instant entre eux, Butcher Knives ouvrit la fenêtre, se glissa dans le couloir, en se rendant invisible, puis referma doucement derrière lui. Un simple courant d’air dévoilerait sa présence beaucoup trop tôt.

- « Dis donc, Gus. » fit le premier garde.
- « Quoi ? » répondit son acolyte.
- « Tu ne sens pas une odeur ? »
- « Si. »
- « On dirait de la viande avariée. »

Après ces mots, le premier garde vit son collègue saigner de la bouche. Le sang coulait par flots, et il faisait des bulles avec, comme si ses poumons étaient atteints.

- « Gus, qu’est-ce qu’il se passe ? »

Se dépliant de derrière le second garde, la carcasse pourrie de Butcher Knives faisait son apparition, une lame ensanglantée à la main. Avant même que le premier garde ne puisse pousser le moindre cri, sa gorge fut entaillée, le mur s’ornant d’une longue estafilade de sang. Le cou n’avait pas été totalement coupé, et ne tenait que grâce aux vertèbres, épargnées par la lame. Les deux gardes s’effondrèrent au sol pratiquement simultanément. Sam Pender fouilla les cadavres, à la recherche d’une clé, qu’il trouva dans la poche du premier garde. Il se doutait que ceux-ci devaient disposer d’un double, pour entrer dans l’appartement en cas de pépins.

La serrure cliqueta, et la porte s’ouvrit.

- « Quoi, vous en avez déjà marre de faire les plantons ? » fit l’un des agents de l’Arc, celui qui surveillait l’arrière de la porte, croyant qu’il s’agissait de ses amis.

Ses yeux tournèrent vers le ciel, louchant sur le morceau de métal avec lequel on venait de lui fendre le crâne. Ils suivirent la lame jusqu’à la poignée, observant l’écoulement de son propre sang, qui gouttait de la garde sur la moquette.

- « Je crois que je suis … » fit il, en voyant le visage de Butcher Knives.
- « …mort. » termina celui-ci.

Le corps tomba au sol dans un bruit assourdi par la moquette, le sang s’échappant par la plaie béante de son cerveau. Sam enjamba le nouveau cadavre, disparaissant de nouveau dans les ténèbres. Conformément aux anciennes méthodes policières, les surveillants de sa proie, du moins espérait-il qu’il s’agissait bien d’elle, étaient au nombre de cinq.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 19 Juin - 16:44

- « Deux devant la porte. Check. Un derrière. Check. Il reste les deux autres dans le salon, surveillant l’entrée de la chambre, si rien n’a changé. »

Il restait en effet deux gardes de l’Arc, mais ceux-ci étaient détendus. La mort de leurs collègues n’était pas parvenue jusqu’à leurs oreilles. L’un était allongé dans le canapé, somnolant, l’autre lisait dans un fauteuil. Butcher Knives, invisible, se mit à sourire, avec sa bouche édentée. Le soldat lisait le livre d’Ely Caston, ‘Vivre pour la gloire’. Ce qui fit sourire l’assassin était l’idée qu’il venait d’avoir. Le garde vit son livre lui être arraché des mains. Il mit un certain temps à réagir, avant de s’apercevoir qu’une main décomposée venait d’en s’en emparer. De même, il mit quelques secondes avant de réaliser qu’une épée dépassait de son torse, précisément à l’endroit où se trouvait son cœur.

L’autre soldat, pas totalement endormi, eut le temps de réagir, lui, et de se rendre à la porte de la chambre. Il cria à travers celle-ci.

- « Madame Caston. Appelez les renfo… »

La fin de sa phrase lui fut arrachée, lorsque, dans une douleur crucifiante, sa tête fut coupée en deux par l’assassin mort-vivant. Il ne restait, en haut du cou, que la partie inférieure de la mâchoire, disparaissant sous le flux de sang s’échappant de la boîte crânienne qui s’envola en tournant sur elle-même, avant de tomber au sol et de rebondir sottement deux fois.

La porte vola en éclat d’un seul coup de pied. Eleanore Casi, dite Ely Caston, écrivain, avait le combiné en main, mais tremblait tellement qu’elle ne parvenait pas à composer le numéro. Le mort-vivant alla jusqu’au lit, lança le livre sur les draps défaits, se rendit près d’elle et lui prit délicatement le combiné des mains pour le raccrocher. Il constata qu’elle avait le côté du visage horriblement défiguré, comme brûlé, et que sa chemise de nuit comptait une manche qui pendait lamentablement, sans bras pour la soutenir.

- « Asseyez-vous, je vous prie. » lui demanda t’il, de as voix d’outre-tombe.
- « Vous n’êtes pas Vanessa. » fit elle.
- « Ah bon, vous croyez ? » lui dit-il, avec ironie. « Assis ! »

Elle obéit, se rendant jusqu’à la seule chaise de la chambre. Tenter de fuir aurait été, dans ce cas, précisément ce qu’attendait le mort-vivant pour l’exécuter. Ce dernier retourna jusqu’au lit, reprit le livre en main, fouilla dans les tiroirs à la recherche de quelque chose, que Caston croyait être ses bijoux ou sa fortune, puis vint devant elle, tendant, de sa main droite le livre, de la gauche un stylographe bleu.

- « Vous pourriez me le dédicacer ? »
- « Pardon ? »
- « Je vous demande si vous pouvez me dédicacer votre livre. »
- « Vous … vous avez tué ces gens … pour ça ? »
- « Ho, bien sûr que non. C’est juste que je profite de l’opportunité. » expliqua t’il, pendant qu’elle s’exécutait, par crainte.
- « Voi…voilà. »
- « Comprenez, votre signature vaut de l’or, au vu du succès de votre livre. Et celui-ci, signé un instant avant votre mort, vaudra une petite fortune, pour les collectionneurs. »
- « Vous allez me … »

Elle se releva, cherchant à s’échapper, mais il fut plus vif, l’attrapa par son unique bras valide, et l’envoya s’écraser sur les montants du lit. La boule surplombant l’un des montants lui entra dans l’abdomen, lui écrasant, par la même occasion, deux côtés, qui se fissurèrent, l’empêchant de respirer normalement. Elle roula sur la sphère tombant sur le lit, posant son unique bras sur sa cage thoracique douloureuse.

- « Voyez, j’ai accepté ce contrat. Mais je ne comprends pas. Qu’y a-t-il entre vous et cette Vanessa Pirelli ? J’ai l’impression qu’elle vous déteste. Etait-ce un nègre exploité, auquel vous auriez pris toutes les idées pour votre livre ? Ou bien y’a-t-il autre chose ? »
- « … fi … fille. » répondit Caston, ayant du mal à respirer.
- « Votre fille ? Tiens, je croyais que vous étiez mariée à un italien. » Il repensa à Pirelli. « D’accord, elle a le nom, mais pas vraiment le type. »
- « Pre… premier mariage. »
- « Ah, d’accord. Et apparemment, elle a assez mal supporté la séparation. Ca n’explique pas quelques petites choses, comme ses exigences si particulières. »
- « … exi … gences ? »
- « Figurez-vous qu’elle veut votre crâne ! » Un silence s’installa pendant quelques secondes. « Et que, si je veux être payé, je vais devoir le prendre. »

Le visage de l’écrivain s’illumina d’effroi, pendant que la main putréfiée la tirait par les cheveux. La lame s’abattit un coup, lui faisant cracher du sang, mais cela ne fut pas suffisant, les précédents meurtres ayant quelque peu émoussé le tranchant. Il fallut au mort-vivant deux autres coups bien précis pour totalement décrocher le chef de l’écrivain de son corps. Mais il tint la promesse faite à Vanessa Pirelli. Le crâne de la femme était absolument intact. Pendant que les artères du cou inondaient le lit de sang, Butcher Knives prit la direction de la fenêtre. Il entendit, à son grand désarroi, des cris de panique, et des portes s’ouvrir en large. Deux policiers entrèrent dans la chambre, suivis par un homme en costume.

- « Trop tard. » fit l’homme en costume.

Il releva les yeux, découvrant le spectacle du mort-vivant, tenant à la main la tête ensanglantée de l’écrivain.

- « Pender ! Qu’as-tu fait ! »
- « Salut, Andrew. Comment va la santé ? »
- « Tu l’as tué. »
- « Et oui. »
- « Pourquoi ? » Le mort-vivant fit aller les doigts de sa main libre, indiquant par là que c’était pour l’argent. « Tu étais un bon flic, Sam. Regarde ce que tu es devenu, maintenant ! »
- « Ce que je suis devenu ? Tu as la réponse devant les yeux, Andy. Je suis un cadavre ambulant. »

Il se jeta par la fenêtre ouverte, sous les regards éberlués des policiers, qui se rendirent en courant à l’ouverture. Ils virent le corps de l’assassin tenir fermement la tête de sa proie contre lui, pour ne pas la broyer lorsqu’il toucherait le sol. Un choc sourd se fit entendre, et les policiers en tenue, effarés, virent le cadavre se relever et reprendre la route sans boiter, comme si une chute de neuf étages ne représentait rien pour cet homme. Il disparut dans les ténèbres des ruelles obscures.

- « Messieurs, ce fut un gros ratage. » fut le seul commentaire de MacFlayers.

Le lendemain, dans le bureau de l’Arc, le Sergent Aquila faisait les cent pas dans son bureau, tout en lançant un regard courroucé au gestionnaire de la Police.

- « Madame Caston assassinée ! Juste sous nos yeux ! »
- « Du calme. » fit Andrew MacFlayers.
- « Du calme ? Du calme ? Nous avons été ridiculisés ! »
- « Une fois de plus. » pensa Andrew. « Il est difficile de prendre des sanctions, maintenant, Sergent. Les gardes en faction sont tous morts ! Vous n’aviez aucune chance contre ce type ! Ce sont nos supérieurs et nous-mêmes qui sommes à mettre en cause ! »
- « Quoi ? »
- « Nous aurions dû penser qu’elle ne viendrait peut-être pas en personne. Nous sommes partis de l’apostolat qu’elle finirait le travail elle-même. Il ne nous est pas venu à l’esprit qu’elle confierait la tâche à quelqu’un d’autre. Mais il reste des zones d’ombre. »
- « Lesquelles ? »
- « Elle n’est pas venue elle-même. Pourquoi ? Cette vengeance lui tenait pourtant à cœur. Avait-elle autre chose à faire ailleurs ? »
- « Kinkara, selon nos sources, fait partie du Fire Circus. »
- « Fire Circus ? »
- « Des adeptes du feu. Ils sont pires, bien pires que les Hellions, cependant. Probablement qu’elle avait à faire avec eux. »
- « Possible. Cependant, pourquoi avoir arraché la tête de l’écrivain ? »
- « Un probable fétichisme, non ? Ce Butcher Knives … »
- « Il est tout sauf fétichiste. Non, si il l’a fait, c’est parce qu’on le lui a demandé. Qui, ce n’est pas dur de le savoir, c’est Vanessa. Pourquoi … »
- « Vous pensez à quelque chose ? »
- « Je dois aller voir Azuria. Elle en sait plus que moi sur les rituels magiques. Et peut-être que … »

Andrew MacFlayers ne termina pas sa phrase, quittant le quartier général de l’Arc précipitamment. De l’autre côté des Insoumises, en échange d’une tête fraîchement coupée, Vanessa remit à Butcher Knives une mallette entière remplie de billets.

- « Loin de moi l’idée de vouloir critiquer, surtout que votre travail a été parfait en tout point … » commenta Vanessa, tandis que Jenny se cachait quelques mètres plus loin, derrière une haute pierre tombale.
- « Merci. »
- « Mais que faites-vous de tout cet argent ? »
- « Ma petite dame, c’est un secret. Ce que je fais de mon argent, je veux bien vous le dire, à condition que vous m’expliquiez pourquoi vous avez besoin des os du crâne de votre mère. »
- « Oublions ça. »
- « Comme vous dites. »
- « Au plaisir de conclure des affaires avec vous. Je garde contact avec monsieur Milley, mais je pense honnêtement que si je dois avoir une autre personne à tuer, je demanderais à ce que soit vous qui vous en occupiez. »
- « Vous me faites trop d’honneur ! »
- « Au revoir, Butcher Knives. »
- « Appelez-moi Sam, vous me rendrez joyeux ! »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Jeu 24 Juil - 16:47

C’est hot, là-dedans, attention aux mirettes !

Le sous-sol de l’ancien manoir du baron Berjak était désormais envahi par les affaires de contrebande de Vanessa Pirelli. Un capharnaüm innommable de biens volés, entassés les uns sur les autres, débordait par les portes. Seul la pièce où était conservée l’essence physique éthérée conservait de l’ordre et de la propreté. En plus de cette manifestation inhabituelle, d’autres objets étaient rangés, sur des piédestaux, autour de celle-ci.

Il y avait un couteau sacrificiel, posé sur un coussin de velours bordeaux, une arme magnifique, clairement destinée à arracher les entrailles et les viscères. L’ensemble était fait dans un métal doré ressemblant à de l’or, et il y avait fort à parier que ce soit le cas, au vu du tarif auquel Vanessa Pirelli avait arraché l’objet à une vente aux enchères, en se faisant passer, culot suprême, pour la Comtesse Berjak. En plus de la fortune et des possessions du vieux baron, Kinkara et sa colocataire humaine avaient hérité du titre de noblesse, et, grâce à quelques appuis véreux, étaient devenues, du moins, pour la partie humaine, l’épouse du décédé.

Si le couteau reposait au nord, les pierres de sang incrustées dans le manche luisant à la lueur émanant de l’essence physique éthérée, le piédestal à l’est de la manifestation magique portait un réceptacle d’environ trente centimètres de diamètre, une sorte de bol gigantesque. Il était en faïence pure, mais de très nombreux sigles et symboles en ornaient sa surface. Quelques schémas étranges, ressemblant à des instructions, paraissaient donner la marche à suivre, ce qui ne semblait guère encourageant pour la suite des opérations insufflées à Vanessa par Kinkara. En effet, les dessins présentaient clairement quelqu’un arrachant le cœur d’une personne, et, manifestement, le bol avait vocation de le recevoir.

Au sud, il y avait un bijou, un diadème de belle facture, un cerceau argenté formant un serpent à deux têtes, une à chaque extrémité, les crocs des serpents se rejoignant sur la partie frontale pour attraper, chacun de leur côté, un saphir bleu azur. Il ne faisait pas chaud, dans la pièce, aussi était-il étonnant de s’imaginer qu’il émanait d’un tel joyau une impression sordide de brûlure.

Quelqu’un entra dans la pièce, et s’intéressa de près au contenu du piédestal de l’ouest. Vanessa, habillée à sa façon, à savoir jeune et allumeuse, d’un pantalon blanc et d’un boléro rouge, portait sur ses épaules une veste sombre et épaisse, qu’elle referma jusqu’au col sitôt qu’elle entra dans la pièce. Derrière elle, Igor, la suivant fidèlement, tel un chien, s’arrêta à l’entrée de la pièce. Comme d’ordinaire, il ne parlait pas, mais comprenait parfaitement que la jeune femme était devenue sa nouvelle patronne. Il semblait évident que Berjak avait tout prévu pour qu’elle ne soit pas ennuyée.

Sur le dernier piédestal, posé lui aussi sur un coussin de velours bordeaux, on pouvait voir un crâne humain blanchi, nettoyé de toute chair et de toute matière organique. Il manquait la mâchoire, qui, bien que ramenée par un professionnel, n’intéressait que peu Vanessa. Celle-ci se pencha sur le piédestal, et posa un baiser sur le squelette refroidi de sa mère.

- « Bonjour, Maman. » lui fit-elle.

C’était un rituel qu’elle répétait tous les matins, et que Kinkara avait beaucoup de mal à comprendre. Vanessa avait passé une grande partie de son existence à vouer une haine farouche à sa génitrice, et, aujourd’hui qu’elle l’avait fait tué, elle lui portait un intérêt grandissant.

- « Tu es étrange, Vanessa. Bien plus que je ne l’aurais cru, d’abord ! »
- « Pourquoi ? »
- « Je croyais que tu la détestais ? »
- « Mais oui, je la haïssais. Elle m’a abandonnée voilà déjà bien des années. Aussi, maintenant que je l’ai près de moi, je rattrape un peu le temps perdu. »

Kinkara ne répondit rien, devinant que les rituels pratiqués sur Vanessa, avec son consentement, modifiaient son comportement. Jusqu’à présent, lorsque le succube procédait à des mises à mort, la demoiselle Pirelli détournait les yeux. Depuis le début des sortilèges, elle changeait radicalement, se délectant des cris de souffrance et d’agonie des ennemis du Fire Circus. Kinkara lui avait pourtant longuement expliqué ce qui allait arriver, par la suite. Lorsque, pour la première fois, elles en parlèrent, Vanessa s’était légèrement braquée. Puis, le temps passant, elle avait repris la discussion sur ce sujet très particulier, avec son succube. Kinkara se souvint alors d’un échange qu’elles avaient eu, plusieurs mois auparavant, au moment où Vanessa accepta de fournir son assistance au succube, et où elles décidérent, pour quelques temps, de quitter le Fire Circus.

- « Tu es bien consciente de ce que tu me demandes ? » Vanessa avait-elle dit à Kinkara.
- « Et toi, es-tu bien consciente que nous ne pouvons pas rester éternellement ainsi ? » opposa le succube.
- « Je me croyais immortelle, avec toi en moi ? »
- « Je te l’ai dit, immortelle, peut-être. Pas invulnérable. »
- « C’est-à-dire ? »
- « Que jusqu’à présent, nous avons eu de la chance. Nous ne sommes tombées que sur du menu fretin. Plus tard, nous risquons de rencontrer plus de résistance. Et si jamais nous tombons sur quelqu’un de trop fort, ton corps pourrait être désintégré, coupé en deux, que sais-je d’autre ! »
- « Et alors ? »
- « C’est la fin. Du moins pour toi. Car si nous ne pouvons pas bouger, je risque de vouloir réintégrer un autre corps, ma chérie. »
- « Tu m’abandonnerais ? »
- « Tu te rends compte que le fait de pouvoir m’invoquer dépend essentiellement de ta condition physique ? Si jamais tu es réduite de moitié … »
- « Que faire, alors ? »
- « Seul ce que je t’ai proposé nous permettra de continuer à vivre ensemble. Et bien au-delà ! »
- « Alors, nous n’avons pas le choix ? »
- « Si, moi je l’ai. Et c’est en toute sympathie que je te propose ça ! »

Vanessa n’était pas foncièrement convaincue qu’il s’agissait de sympathie, mais, depuis le début de leur cohabitation, la créature démoniaque s’était toujours orientée en son sens. Quelques jours après cette discussion, Jenny fut arrachée au Carnaval des Ombres, entraînée puis présentée aux membres du Fire Circus, tandis que Vanessa et son acolyte infernale trempaient dans des affaires louches, et parcouraient les îles à la recherche de quelques objets rares. Seul le poignard de rituel fut facile à trouver. Les autres objets appartenaient, pour la coupe devant recueillir les cœurs arrachés et l’essence physique éthérée, à des personnalités relativement connues. Le diadème n’avait pas refait surface pendant cent huit ans, et c’est par un pur hasard qu’elle le retrouva dans une brocante d’un style très particulier.

Au cours de cette brocante, elle avait mis la main sur un médaillon enchanté. Kinkara avait tenu à le garder, prévoyant que la personne qui le désirerait accomplirait une tâche primordiale pour elles. C’est ainsi qu’elles firent la connaissance de Murderous Lilia, la réincarnation de l’assassin sioux Matthew Strongrock. Grâce à cette fréquentation, elles purent engager un assassin particulier, Butcher Knives, le tueur mort-vivant, pour obtenir un ingrédient essentiel au rituel, les os du crâne de l’écrivain Ely Caston, mère de Vanessa.

Après avoir obtenu tout cela, Kinkara avait refait son apparition auprès du Fire Circus, envoyant Jenny, devenue entre-temps Brule-Pourpoint, en mission aux quatre coins des îles Insoumises. Ce brusque retour ne pouvait avoir pour but que de semer les doutes au sujet de la créature infernale.

Un bruit de voix fit sortir Vanessa de sa rêverie. Plusieurs cris plaintifs arrivèrent à ses oreilles, provenant d’un couloir qui s’enfonçait plus profondément dans les ténèbres. Elle le prit, descendit une vingtaine de marche dans l’obscurité la plus totale, avant de parvenir à un long couloir, dont les parois étaient des grilles de prison. Les oubliettes du Baron Berjak, restées vides pendant dix ans, avaient de nouveau été colonisées. Vanessa jeta un regard hautain sur les prisonniers qui s’y trouvaient.

- « Qui êtes-vous, que nous voulez-vous ? » demanda un prisonnier, plus hardi que les autres. « Pourquoi cette femme habillée en bouffonne nous a t’elle sauvé, si c’est pour nous enfermer ici ? »
- « Jeremy … » supplia une jeune femme de l’âge de Vanessa, sûrement sa petite amie.
- « Viens … » intima Vanessa à cette dernière.

Les yeux de la prisonnière perdirent toute vitalité. La porte s’ouvrit, la laissant passer, devant son fiancé totalement abasourdi. La prisonnière paraissait avoir perdu tout contrôle sur son corps, bien qu’il restait une lueur de conscience dans son regard.

- « Isabel ? Non, n’y va pas. Je vais vous … »

La porte se referma sur lui, le repoussant en arrière. Il tomba sur son postérieur, mais se redressa vite, et passa ses bras à travers les barreaux, comme pour saisir Vanessa à la gorge. Mais celle-ci était hors de sa portée, et il ne faisait que se faire du mal, tout seul.

- « Qu’allez-vous lui faire ? Lâchez-la ! »
- « Tu auras aussi ton utilité, le temps venu. En attendant, sois sage, si tu désires qu’il ne lui arrive rien ! » lui répondit Vanessa.

Elle quitta le long couloir, contemplant les autres prisonniers. Elle posa sa main sur la hanche d’Isabel, afin de la conduire jusqu’à … Le reflet de Kinkara fit son apparition sur un miroir, alors que Vanessa atteignait le palier supérieur du sous-sol.

- « Que tes préférences sexuelles aient changées, je le conçois. Mais tu ne vas tout de même pas sauver toutes les minettes qui tombent dans nos geôles ? »
- « Et pourquoi pas ? »
- « Ca fait la combien, là, que tu envoûtes ? Je n’aurais jamais dû t’apprendre ce sortilège ! »
- « C’est la huitième. »
- « Et tu vas en faire quoi, de celle-ci ? »
- « La mettre en cuisine. Igor ne suffit plus pour nourrir nos prisonniers. Enfin, je l’y mettrais une fois que j’en aurais fini avec elle. »

Kinkara soupira et disparut du miroir, laissant le reflet de Vanessa revenir à sa place.

Quelques heures plus tard, quelqu’un tambourina à la porte du manoir. Igor, selon les protocoles imposés par le Baron Berjak, vint ouvrir, laissant entrer en ces lieux Jennifer Burg, la toute première esclave de Kinkara. Elle avait renoncé, pour l’occasion, à ses habits de Brule-Pourpoint, pour un survêtement clair et coloré, et revenait, assurément, d’une pêche aux informations. Elle questionna Igor aussitôt, puis se ravisa, considérant que l’homme n’avait plus vraiment conscience d’exister. Elle se rendit alors jusqu’à la cuisine, où elle trouva une femme d’environ vingt ans, vêtue telle une soubrette des années mille neuf cent.

- « Facelia, sais-tu où est Vanessa ? »
- « Dans sa chambre, avec la nouvelle prisonnière que tu as amenée. Elle la forme. »
- « Encore une ? » Le ton était triste. « Tu sais, j’ai l’impression que nous ne lui suffisons plus ! »
- « Elle aime varier son menu, m’a-t-elle dit un soir. »
- « Oui, ben, heureusement que je lui rapporte des prisonniers ! »

Jenny monta prestement à l’étage supérieur, puis entra à la volée, dans la chambre de Vanessa. Elle la trouva dans le lit, nue, allongée sur Isabel, endormies l’une comme l’autre.

- « Vanessa. »
- « Hum, c’est toi, Jenny ? » fit Vanessa, ouvrant un œil.
- « A ce rythme-là, si tu consommes toutes les filles que je ramène, j’atteindrais jamais les quotas que tu me fixes pour le sacrifice ! »
- « Tu te débrouilles très bien, Jenny. C’est pour ça que je me permets de me servir un peu. »
- « En parlant de ça, j’ai des nouvelles rumeurs de disparitions mystérieuses. »
- « Tu as consulté le journal ? »
- « Oui. »
- « Alors, ramène-les moi. »
- « Il t’en faut encore combien ? » Vanessa redressa la tête, réfléchit un peu tout en caressant la peau de sa nouvelle esclave, puis dressa les deux mains.
- « Dix, pour l’instant. Kinkara me dira après si il y’a un premier tri à faire, pour le rituel. Après, nous verrons si il en faut encore. »
- « Okay. » répondit la simplette, en quittant la pièce. Avant qu’elle ne referme la porte, Vanessa l’interpella.
- « Jenny ? »
- « Oui ? »
- « Tu fais du bon boulot. »
- « Merci ! »
- « Jenny ? »
- « Quoi, encore ? »
- « Tu viens t’amuser avec nous ? » Jenny se mit à rougir.
- « D’accord, mais pas longtemps ! » finit-elle par répondre.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 14 Nov - 17:32

A la demande de Delenda, et suite au don de matériaux pour débloquer le 4ème costume (je ne sais pas ce que je vais faire du 5ème, maintenant Razz), voici la suite de l'histoire de Kinkara. Attention, c'est assez hard !

Nota : en deux parties


L’Arbre Epineux est, sur l’archipel des Nerva, le lieu de rassemblement de toutes les forces maléfiques. Le Cercle des Epines, des sorciers survivant à travers le temps en s’emparant du corps des autres, y sont chez eux. Du moins, ils y étaient.

Vêtues en soubrettes, des jeunes femmes gardaient les alentours d’un antique mausolée. Elles étaient toutes armées de fusils d’assaut ultramodernes, grâce auxquels elles avaient tué ou fait fuir les sorciers. Assise au dessus de l’entrée du mausolée, jambes croisées, une jeune femme vêtue d’une tenue de bouffon surveillait les autres, et leur fournissait soutien et renforts. Elle bailla en mettant la main devant sa bouche.

- « Facelia, ça fait combien de temps qu’elle ‘trempe’ ? »
- « Environ une heure. Ca doit se terminer, maintenant. »

Facelia avait été la première, si l’on excepte Brûle-Pourpoint, à être rendue esclave par les pouvoirs combinés de Vanessa et de Kinkara. Cette jeune femme brune, ancienne avocate, se contentait désormais de nettoyer les vêtements de celle qu’elle nommait maîtresse. Elle avait défendu les intérêts de Crey Industries, autrefois, et avait été arrêtée par l’Arc, pour obtenir d’elle quelques informations sensibles concernant la Comtesse. Elle n’avait pipé mot, cependant, considérant son arrestation comme totalement arbitraire et injustifiée. Au moment précis où l’Arc décida de la relâcher, Jenny était arrivée, dans son costume de clown, et avait arrachée Facelia à sa prison. Mais ce n’était pas, comme elle l’avait d’abord cru, pour lui rendre sa liberté, et Crey n’était pour rien dans la venue de la femme. Quelques heures plus tard, elle devenait une servante dévouée de Vanessa.

- « Pffff. » soupira Jenny. « En voilà d’autres. »

Une nouvelle vague d’assaut, menée par un membre éminent du Cercle, fit son apparition dans le lointain. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas réussi à franchir la défense impénétrable maintenue par les soubrettes. Le feu nourri des armes de contrebande, et l’excellente position défensive des servantes de Vanessa avaient suffi à les tenir à distance. Ils étaient revenus accompagnés de démons invoqués.

- « Ah, là, ça risque d’être plus marrant. » fit Brûle-Pourpoint, en se relevant et faisant craquer ses doigts.

Pendant qu’elles se battaient, aucune ne remarqua l’homme s’introduire en douce dans le mausolée. Julius Hartmann était photographe reporter depuis maintenant vingt ans, mais ne parvenait pas à percer dans son domaine, ses articles ne trouvant aucun journal sérieux qui aurait voulu le publier. Vivotant grâce à quelques photos prises par hasard, il espérait toujours décrocher gloire et célébrité, aussi était-il venu, en tenue de camouflage, prendre quelques clichés de sorciers des Insoumises. Au pire, si son reportage partait en eau de boudin, comme d’ordinaire, il pourrait toujours vendre des photos.

Il avait assisté, impuissant, à l’irruption d’une troupe de femmes sur cette île où il se cachait depuis la veille, les avait vu chasser les magiciens de leurs emplacements, menées par une femme à la haute stature, à la peau rouge et aux cheveux oranges, qui était apparue en lieu et place d’une jeune femme plus humaine, les cheveux bruns aux pointes teintes en rouge. Cette dernière avait crié quelque chose, un nom, semblait-il au photographe, et la créature avait remplacée la femme. Elle entra dans le mausolée, d’abord seule, puis les femmes vêtues en soubrettes avaient fait entrer, à sa suite, une vingtaine d’hommes. Ces derniers se laissaient manipuler comme des pantins, comme si on leur avait supprimé toute volonté.

Depuis maintenant près d’une heure, Julius attendait que la femme qui dirigeait les soubrettes, celle qui était vêtue différemment, en tenue de bouffon, quitte son observatoire, pour pouvoir entrer à son tour, peut-être délivrer les hommes prisonniers, et faire un reportage sensationnel. Maintenant qu’elle était descendue de son perchoir pour aider les soubrettes, il pouvait entrer discrètement dans le mausolée. Doucement, en essayant de ne pas faire trop grincer la porte, il pénétra à l’intérieur, et referma avec beaucoup de précautions. Les longs couloirs de l’ancienne cité d’Oranbega s’alignaient devant lui.

Pendant vingt minutes, il déambula prudemment, craignant de tomber sur un sorcier qui aurait été oublié. Puis il abandonna la prudence. Manifestement, la créature avait fait le ménage, même seule, au sein de l’antique édifice. Il suivit son instinct pour tenter de retrouver sa trace, mais se perdit à deux reprises dans des culs-de-sac. Puis il parvint à capter une odeur pestilentielle, dont il ne devinait pas l’origine, et, en reniflant tel un chien, suivit les fragrances désagréables qui empestaient l’air, pour enfin parvenir à une grande salle.

Si il avait jamais su écrire correctement, il serait devenu un grand journaliste, voire peut-être même un grand écrivain. Mais ses sujets étaient creux, sans aucune consistance, et présentés banalement. Et même maintenant, devant l’horreur s’étalant sous ses yeux, il aurait été incapable de trouver les mots justes pour décrire ce qu’il ressentit.

La salle était vide, formant une demie sphère, soutenue par un seul pilier de roche en son centre. Au pied de ce pilier, placé sur un cercle magique du cercle, les pictogrammes de ce dernier brillant d’une clarté argentée, se trouvait une sorte de bassin rectangulaire en pierre, d’où provenait l’odeur méphitique. Tout autour, les corps ouverts et éventrés des hommes étaient entassés, sans aucune considération pour ce qui fut autrefois des êtres vivants. Ils portaient tous la même blessure, de l’aine au sternum. On leur avait arrachés les entrailles et ils avaient été vidés de leur sang.

En dépit de son écoeurement, il s’approcha. Sa peur avait surclassé son envie de faire des photos, et il ne toucha pas son appareil. Une force incommensurable lui ordonnait d’avancer vers le bassin de pierre. Plus près, il constata, au sol, un poignard doré, tâché de sang, qui avait dû servir pour éventrer les pauvres hommes. Plus loin derrière, un bol de faïence blanche, inscrit de quelques symboles, reposait au sol. Posé sur le rebord du bassin, un diadème luisait à la lueur des torches brûlantes, posées ça et là pour éclairer la salle. Le bijou semblait fondre. Les restes d’un crâne reposait par terre, et on pouvait deviner que du sang y avait été mis quelques temps auparavant, et probablement, au grand effarement du reporter, bu.

Les genoux tremblants, Julius s’empara du couteau doré, comme d’une arme pour se défendre. Pointe en avant, il avança, pas à pas, vers le récipient. Ce qu’il vit avant d’y parvenir lui retourna l’estomac. Dans le grand bol de faïence, il trouva les cœurs des individus maintenant morts autour de lui. Mais pire encore, il manquait à chacun un morceau, et les traces qu’il remarqua le firent vomir. C’était des marques de dents. Quelqu’un s’était apparemment amusé à manger un bout de chaque cœur, en croquant directement dedans.

Lorsqu’il ne fut plus capable que de rendre de la bile, Julius se redressa. Sa raison lui ordonnait de se sauver d’ici, en courant, mais sa curiosité, qui avait toujours été la plus forte, l’encourageait à aller voir jusqu’au bassin. Encore une fois, il aurait dû écouter sa raison plutôt que sa curiosité.

Si le bol de faïence lui avait paru le summum de l’horreur, ce n’était rien à côté du bassin de pierre. Ce dernier, dont la longueur et la largeur permettaient d’y accueillir un homme, à la manière d’un sarcophage, était rempli à ras bord des restes des individus. Foies, intestins, estomacs, le tout formait un mélange compact et répugnant, baignant dans le sang qu’on leur avait pris. Le bord nord du bassin était couvert d’hémoglobine, et Julius devinait que c’était là qu’on avait dû ouvrir les sacrifiés, pour que leurs entrailles et leur sang se déversent directement dans le récipient. Il eut un haut-le-corps en imaginant que le responsable de ce massacre, qu’il ne voyait pas, devait plonger la main à chaque fois dans les tripes fraîchement versées pour y retrouver le cœur.

Il détourna les yeux, effaré, apeuré comme un enfant, recula en chancelant, avant de s’effondrer au sol, à moitié fou, conscient d’avoir réellement vu ce qu’il avait vu, mais refusant d’y croire.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Ven 14 Nov - 17:32

- « Mais qui pourrait bien faire un truc d’aussi horrible ? » hurla t’il, sans plus penser à sa sécurité ou à la prudence.

Il entendit un bruit, comme un remous dans l’eau, avant de constater, avec encore plus d’effroi qu’auparavant, que ce son provenait du bassin de pierre. Ses yeux s’exorbitèrent lorsqu’il vit sortir une main des entrailles encore palpitantes. La main se posa sur le rebord du bassin, s’en servant comme d’un appui pour sortir. Une femme, recouverte de sang et d’organes, surgit alors, sans même prendre une inspiration. Elle se passa les mains sur les yeux, pour retirer ce qui pouvait la gêner, s’aperçut de la présence de l’homme, et l’interpella.

- « Hé, petit, viens voir par ici. »

Ce n’était pas un ordre, juste une demande, et il se posait la question de savoir si il devait s’enfuir ou rester ici et obéir. La deuxième solution lui parut la plus sûre, car, dans sa précipitation, et avec le mal qu’il avait eu de trouver cette pièce, il n’était pas certain de parvenir à l’entrée du mausolée, sans compter que les soubrettes et la bouffonne devaient continuer de se battre, dehors. Effrayé comme un enfant après un cauchemar, il obtempéra, tendit, avec une terreur indescriptible, sa main à la créature couverte de sang et d’entrailles, et, de plus près, constata qu’elle n’avait rien d’humain.

Ses yeux s’illuminait d’une lueur orange, comme la flamme d’une bougie, sa peau était écarlate et lisse, ses cheveux sombres, fins et souples. Elle lui lança un sourire, dévoilant ses canines prononcées, et elle s’empara, avec avidité, du membre de l’homme, s’en servant pour s’extirper du bassin. Il s’aperçut alors qu’elle ne portait aucun vêtement.

- « Dis voir, tu es en surnombre, toi ! » lui dit-elle, en comptant les corps épars autour d’elle. Il ne répondit pas. « Alors, tu as perdu ta langue ? »
- « Je … je suis arrivé après. »
- « Bien. Comment t’appelles-tu ? »
- « Julius. Julius Hartmann. »
- « Tu as peur, Julius ? » demanda t’elle, de l’amusement dans la voix.
- « Je suis terrorisé. » Son esprit journalistique reprit légèrement le dessus. Si elle avait dû le tuer, elle l’aurait déjà fait. « Qui êtes-vous ? »
- « Nous verrons cela plus tard, Julius. Dis-moi, tu as une serviette, dans tes affaires ? »
- « Euh, oui … »

Il fouilla dans son sac à dos. Parti pour une durée indéterminée, il avait prévu un paquetage de voyageur, en plus de son appareil photo. Il lui tendit la serviette, et, avec consternation, la vit se ressuyer le corps avec. Une pointe d’humour se fit dans son esprit, en se disant qu’il ne parviendrait jamais à faire partir les tâches de sang. La créature jeta ensuite le bout de tissu au sol.

- « Mon nom, dis-tu ? Autrefois, on m’appelait Vanessa Pirelli, ou encore Viviane Forsmith, ou bien alors Kinkara. Maintenant, je suis tout ça à la fois. » Inutile de préciser que le pauvre Julius n’avait aucune idée de ce que cela pouvait bien signifier. « Pour faire plus simple, biquet, appelle-moi Kinkara. Ou plutôt maîtresse Kinkara. »
- « Qu’allez-vous faire de moi, Kinkara ? »
- « Qu’est-ce qu’une puissante démone comme moi pourrait bien faire d’un petit humain comme toi, à ton avis ? » Il prit une grande épine dans la cuisse, sans que rien ne le laisse présager, et sans qu’elle ne donne l’impression de lui vouloir du mal. « Et je t’ai dit de m’appeler maîtresse, souviens-t’en ! »
- « Aaaaaaaah. » cria Julius. « Je me meurs ! » termina t’il, tombant sur son postérieur.
- « Tais-toi. » ordonna t’elle, d’un ton froid comme la glace. « Que se passe t’il, devant ? » questionna t’elle, en entendant quelques échos lointains de la bataille.
- « Les soubrettes et la bouffonne se battent contre des émissaires du Cercle des Epines. »
- « N’ont-ils pas encore compris que cela est vain ? » fit-elle en haussant les épaules et en levant les mains.

Pendant ce mouvement, une substance noirâtre sembla couler de ses orifices, et couvrit son corps tel un vêtement organique. Le liquide parut se solidifier, devenir aussi dur que du métal. Ainsi vêtue, elle prit la direction de la sortie, et, avant de franchir le seuil de la salle sphérique, se retourna.

- « Sois mignon, mon Julius, et attend bien sagement ta maîtresse, comme un bon chien. Si tu me désobéis … » Elle fit le signe de lui trancher la gorge.

Elle s’en alla ensuite, laissant le photographe au sol, qui essayait vainement de retirer l’ergot de corne qu’elle lui avait fiché dans la jambe.

Kinkara parvint à l’entrée, où les échos des combats se faisaient plus fort. La porte s’ouvrit devant elle, sans qu’elle ne la touche, et elle fit trois pas au dehors. L’armée des démons était maintenue à bonne distance mais se rapprochait mètre par mètre. Brule-Pourpoint soignait la troupe de femmes soubrettes, tandis que celles-ci nourrissaient un feu continu à destination des ennemis. Facelia se retourna la première et vit Kinkara pour la première fois depuis qu’elle s’était transformée.

- « Maîtresse ! »

L’ancien succube avança alors vers les membres du Cercle. Ceux-ci virent, avec étonnement, les Béhémoths se courber à l’approche de cette femme, et disparaître au fur et à mesure qu’elle passait devant eux. Il ne resta bientôt plus que les sbires du Cercle, de vieux sorciers se réincarnant dans les corps d’autres. Le chef de la troupe d’assaut, Magalian, comprit alors la situation en un clin d’œil.

- « Par les forces innombrables de la nuit, » fit-il, telle une invocation « je t’ordonne de me révéler ton nom ! »
- « Vous contrôlez les démons par la connaissance de leur nom. Je ne suis pas assez stupide pour vous donner le mien ! »
- « C’est … impossible ! » Il sentit la force émaner de la créature. « Tu es née il y’a peu ! » affirma Magalian.
- « Quelques minutes, tout au plus. »
- « Qui ? Qui serait assez fou pour faire venir un être comme toi dans notre monde ? »
- « Je ne suis pas issue de l’Enfer, du moins pas directement. Je suis née ici. »
- « Cela ne se peut ! Ou alors il faudrait qu’un succube fusionne avec un humain, et … Ho, non ! » déplora t’il.

Elle était venue à portée de l’homme en robe. Les sbires de ce dernier ne savaient plus que faire. Sans le soutien de leurs démons, qui s’étaient inclinés face à la démone nouvelle née, les soubrettes ne mettraient pas longtemps à les défaire. Kinkara attrapa le mage par le menton, et, à la surprise générale, posa ses lèvres sur les siennes. Il ne fallut pas longtemps aux autres pour comprendre que loin d’être une marque d’affection, c’était surtout un châtiment. Le corps de l’homme se flétrit alors, comme un tube de mayonnaise que l’on aspirerait. Les côtes de sa cage thoracique se plièrent, sous l’effet d’une aspiration forcée, le corps mincissait à vue d’oeil.

Kinkara le laissa ensuite choir, telle une momie desséchée. Elle jeta un regard vers les autres soldats du Cercle des Epines, leur lança un sourire peu engageant, et prit la parole.

- « Qui d’autre veut m’embrasser ? » demanda t’elle à la cantonade.

Pour seule réponse, ses ennemis se dispersèrent à toute allure, prenant leurs jambes à leur cou, et certainement que les membres éminents du Cercle sauraient bientôt qu’un démon posait le pied sur Terre, sans que personne ne le contrôle derrière.

- « Waouh, Vanessa … » commenta Jenny, en s’approchant d’elle. Le démon reprit l’apparence de Vanessa.
- « Il n’y a plus de Vanessa, ni de Kinkara. Nous portons désormais un autre nom. »
- « Lequel ? »
- « J’ai totalement confiance en toi, Jenny, je te sais fidèle à ma cause. Cependant, cela représente un risque pour toi de le savoir, donc je ne te le dirais pas. Continue de m’appeler Vanessa ou Kinkara, comme avant. »
- « Bien. »
- « Il y’a un homme blessé, dans le mausolée. Va, et soigne-le. Je veux qu’il soit en forme. »
- « Ah ? T’es redevenue hétéro ? »
- « J’ai juste besoin de vérifier que tout fonctionne. Il y’a des choses que toi, Facelia et les autres ne pouvez me fournir, même avec de la bonne volonté. »
- « Après, tu le tues ? »
- « Je ne sais pas. J’en ferais peut-être mon chien de garde. »
- « Bon, ben, j’y vais alors. »
- « Et n’oublie pas de tout brûler. Je veux qu’il ne reste aucune trace de mon passage ici. »

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mer 26 Nov - 18:23

Note de l'auteur : comme d'hab' avec Kinkara, il y'a un passage un peu hot .... attention au 16+ Wink

Le commissaire-priseur fit aller son marteau à plusieurs reprises sur le réceptacle de bois. Le gros individu, bien enrobé, correctement rasé, vêtu d’un costume gris clair, d’une chemise blanche et d’une cravate rouge, annonça de suite la couleur. La peau nue de son crâne luisait sous la lumière du plafonnier, et les échos de ses coups de marteaux se répercutaient sur les murs de la salle.

- « Une fois, deux fois, trois fois. Adjugé vendu à Monsieur Deckard. »

L’homme en question vint jusqu’au pupitre, où l’on lui remit le tableau qu’il venait d’acheter. Dans la salle des ventes, les sièges étaient placés face au bureau du commissaire, en formant des hémicycles. Il y avait toute sorte d’acquéreurs, mais tous avaient du style, de l’élégance, du charme. Les regards masculins se tournaient, bien souvent, vers la splendide jeune femme, qui était arrivée en dernier, accompagnée de deux autres. L’une de celle-ci n’avait manifestement pas sa place en ce lieu, vêtue d’un survêtement bleu, largement ouvert sur un corps bien fait. L’autre ressemblait à une servante de la vieille époque, venue pour assister sa maîtresse dans ses œuvres. Celle qui les dirigeait était une brune aux courbes prononcées, à la tenue sombre et au regard perçant. Elles s’étaient assises au fond de la salle, là où la lumière était moins forte, comme si elles cherchaient à s’esquiver au regard de tous. Hélas, la femme brune, sans être la plus belle femme du monde, attirait inévitablement les yeux des hommes.

- « Je ne comprends pas, qu’est-ce qu’on fiche ici ? » demanda Jennifer Burg, à voix basse.

L’esclave numéro un de Kinkara s’améliorait quelque peu, au niveau du comportement, mais il restait tout de même des séquelles des traitements opérés par le succube. Hélas, son impatience chronique n’était pas prête de se résorber, et de devoir attendre, comme ceci, sans instruction de la part de sa maîtresse, la mettait mal à l’aise. Il est clair qu’elle aurait préféré se servir de ses pouvoirs glaciaires pour faire fuir ces gens. Depuis la résurrection de Kinkara et Vanessa en une seule et même entité, Jenny n’avait plus de rôle propre. Auparavant, elle concourrait à aider Kinkara, en dénichant pour elle victimes pour le sacrifice, et objets rares et convoités. Maintenant que la cérémonie était terminée, le nombre de ses fonctions avait singulièrement décru.

- « Nous sommes venus voir si quelque chose ne pourrait pas aider notre Maîtresse à accomplir son grand dessein. » répondit Facelia.

La soubrette était bien plus calme et réservée. Elle s’occupait des affaires de la démone nouvelle née, et, bien souvent, répondait aux gens à sa place. L’ancienne avocate s’occupait, au sein du manoir, de tout ce qui touchait aux lois et règlements, tout en s’occupant des tenues vestimentaires de celle qui dirigeait sa vie. En de rares occasions, comme celle-ci, elle renonçait à son travail pour suivre Kinkara, lors de manifestations semblables. Elle s’attachait beaucoup à lui simplifier la vie, en répliquant à la place de sa maîtresse, ainsi qu’elle venait de le faire avec Jenny.

- « Oui, mais … »
- « Silence, ou je ne vous emmène plus avec moi ! » ordonna, à voix basse, Kinkara.

Il est inexact de l’appeler Kinkara, maintenant, tout autant que de l’appeler Vanessa Pirelli, ou Viviane Forsmith. La nouvelle née est un amalgame de tout cela, et se fait connaître, désormais, sous le nom de Baronne Berjak. Bien qu’elle ait hérité du vieil homme, super-vilain dans sa jeunesse, elle n’avait pas acquis les titres de noblesse. Grâce à sa fortune nouvellement acquise, et à l’aide de Facelia, elle s’était fait établir un acte de mariage en bonne et due forme, si l’on peut dire ainsi de papiers entièrement falsifiés. A la tête d’une armada d’industries, la Baronne Vanessa Von Berjak s’était rapidement taillé une réputation de femme d’affaires sans foi ni loi, ni surtout aucun scrupule. Il faut dire que le titre est arrivé peu avant sa renaissance, et que tous les problèmes survenus après celle-ci ont vite été résorbés. « Réduits à néant » souligna un reporter, qui ne vit jamais sa rubrique paraître, et qui disparut du jour au lendemain, ainsi que l’avait fait un reporter du nom de Julius Hartmann. A la différence près que ce dernier était encore vivant, mais désormais méconnaissable.

Le commissaire-priseur, après encaissement des sommes dues par Monsieur Deckard, annonça la vente suivante. Les enchères en cours regroupaient certes du beau monde, mais chacun a sa part d’ombre, et de telles ventes sont de taille à attiser la convoitise de collectionneurs avides de mettre la main sur des pièces rares et chères.

- « Nous mettons maintenant en vente cette superbe statue, du dieu Anubis. Trouvée sur un plateau distant de quelques kilomètres de Gizeh, elle a été arrachée au patrimoine de l’humanité par un bienfaiteur, soucieux de laisser l’élite en négocier la véritable valeur. La statue est d’or, les yeux incrustés de diamants, et était probablement partie intégrante d’un plus large ensemble. Nous débutons la vente à six cent mille. »
- « Six cent ! » prononça une voix.
- « Ca ne t’intéresse pas ? » proposa Jenny à Kinkara. « C’est beau, non ? »
- « C’est surtout ensorcelé. » fit la démone. « Je plains l’acquéreur. »
- « Ah … »
- « Jenny, si tu tiens tellement à bouger, va donc demander à l’un des assistants du commissaire-priseur un catalogue des objets vendus. Je ne me vois pas, moi non plus, attendre plus qu’il n’est nécessaire. »
- « D’accord, je reviens. »

Jenny se leva, se rendit vers l’un des hommes en costume sombre, qui la dévisagea avec une certaine fureur, semblant considérer que sa tenue n’était pas appropriée dans un tel lieu, puis, il lui tendit un exemplaire de la liste des objets. La simplette revint ensuite près de Kinkara, le sourire aux lèvres.

- « Voilà ton bidule. »
- « Bien. » Jenny restait debout. « Assis et silence ! » ordonna la Baronne. Elle obéit promptement. « Hum, rien de bien intéressant, là-dedans. »
- « Mais tu cherches quoi, exactement ? Tu n’as plus besoin de tous ces objets zarbis, maintenant. Alors pourquoi continuer de venir à de tels trucs ? »
- « Tu es décidément bien ignare, ma chérie. N’oublie pas que je suis la fusion de Vanessa et Kinkara. Et cette première avait un excellent répertoire de ce qui peut être vendu ou pas. Je ne viens pas pour acheter, mais pour vendre. » Elle marqua un temps d’arrêt. « Oui, vendre. »
- « Vendre quoi ? »
- « Toi, par exemple. »
- « Ca va bien, la tête ? » Bien que le ton montait, la discussion se faisait à voix basses.
- « Bien sûr, qu’elle va bien, ma tête. Elle n’a jamais été aussi bien. Mais je commence à croire que je ferais bien de me débarrasser de toi, parce que tu n’obéis jamais. »
- « Quoi ? Mais ce n’est pas vrai ! » pleurnicha Jenny. « Je suis la plus fidèle et obéissante de tes servantes ! »
- « Je t’ai demandé le silence. »

Ce fut comme si l’on venait de coudre la bouche de Jenny. Lorsque le calme fut revenu, la Baronne explora avec concentration le catalogue des enchères. Elle entoura plusieurs objets, interpella l’un des assistants du commissaire-priseur, et demanda s’il était possible de voir les objets de plus près, avant d’acheter. Sur sa réponse affirmative, elle se leva, et, accompagnée de Facelia, se rendit jusqu’aux présentoirs, couverts d’objets aux valeurs pharamineuses. Brûle-Pourpoint resta à sa place, désireuse, avant toute chose, d’obéir aux ordres de Kinkara, à savoir « assise et silence ». Une fois qu’elle eut donné l’air de s’intéresser aux objets à vendre, elle revint jusqu’à leurs sièges, et, voyant que Jenny ne bougerait pas sans son ordre, lui demanda de venir avec elles. La simplette s’exécuta.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mer 26 Nov - 18:24

- « Tu ne vas pas me faire l’affront de ne plus prendre d’initiatives, non ? » lui reprocha Kinkara, une fois dehors.
- « Ben … »
- « Je préfère lorsque tu décides légèrement de ce que tu dois faire. Mais dans des circonstances comme cette vente aux enchères, j’aimerais assez que tu m’écoutes. »
- « D’accord. »
- « Maîtresse … » commença Facelia, sans terminer, cherchant à attirer son attention.
- « Oui, Facelia ? »
- « Nous sommes observées. »
- « Bien vu. »

La distance séparant l’espion amateur du trio de femmes était important. Mais un reflet du soleil sur un objectif avait révélé à l’ancienne avocate la présence d’un appareil photo. Qui que fut la personne prenant des clichés, elle ne désirait pas être vue, et cela se comprenait. Au vu de l’importante densité de gens de la haute, à cette vente illégale, quelques photos compromettantes pouvaient rapporter bien plus que leur poids en or.

- « Où cela ? »
- « Dans l’immeuble en face, quatrième étage, huitième fenêtre. »
- « Je m’en charge ? » proposa Jenny.
- « Si on te voit venir, il est certain que notre amateur de photos va se faire la belle rapidement. Non, il vaut mieux que j’y aille. »

De l’autre côté de l’objectif, Sally Peters avait décroché un scoop. Tant de célébrités réunies en un même endroit, pour une vente d’objets d’art illégale, c’était une aubaine qu’un reporter de son gabarit ne pouvait manquer. Par nombre indiscrétions, elle avait été informée de cette enchère particulière, et, avec d’infinies précautions, et avec l’utilisation d’un matériel de pointe, elle pensait pouvoir prendre des photos de loin, de très loin. Et ça commençait fort. De son poste d’observation, elle vit sortir ses trois premières cibles. Trois femmes qui discutaient bouts de gras devant la porte de l’entrepôt où se déroulait la vente.

- « Ho, ça commence fort ! » se dit Sally à elle-même. « La charmante et jeune Baronne Von Berjak ! »

Sans plus penser à la prudence, elle avança son objectif dans l’angle de la fenêtre, ne pensant plus qu’elle risquait de dévoiler sa position. Elle prit un cliché, puis un second, pour lui permettre d’identifier les femmes accompagnant la Baronne, puis elle s’interrompit, retira son œil du viseur, cherchant du regard autour des femmes, puis recolla sa rétine sur la lentille grossissante. Il manquait une femme. Vanessa Von Berjak avait disparu de son objectif, sans une trace, et, apparemment, sans prévenir les deux autres, qui la cherchait du regard, sans la trouver.

- « Tiens donc, elle sait se rendre invisible ? »
- « Qui ça ? » entendit-elle à son oreille, tandis qu’une main cajoleuse se glissait sous ses cheveux pour caresser son cou et son oreille gauche.

Peters eut un sursaut, qui fit tomber son appareil au sol. Elle se colla dos au mur, et vit, devant elle, la Baronne, qui avait un large sourire d’une oreille à l’autre.

- « Et bien, qu’avons-nous là ? Ce n’est pas un espion, mais une espionne. »
- « Comment vous … »
- « Laissons-là les détails, ma chérie. Non, ta principale préoccupation, maintenant, c’est de savoir ce que je vais faire de toi. »
- « Mes amis savent où je suis. Si il m’arrive quelque chose … »
- « Courageuse, on dirait. Et plutôt mignonne. »

Il n’est pas exagéré de dire qu’elle avait effectivement du charme. De petits yeux en amande, parfaitement inséré dans un visage à l’ovale parfait, un nez fin et équilibré, des cheveux auburn, coupés au bol, et un corps incroyablement égal. Ni trop, ni trop peu, suffisant pour exciter la convoitise de la belle Baronne. Sally n’était pas prête à se laisser faire comme un objet.

- « Et vous, Madame la Baronne Von Berjak, peut-on savoir ce qui vous conduit à une telle réunion ? »
- « La curiosité, si tu veux le savoir. La curiosité et l’envie. L’envie de me renseigner. Ce que les gens cherchent, de quelle façon les faire plier à ma volonté. Bien plus que la volonté d’acheter, ce sont les centres d’intérêt des humains qui me motivent. »
- « Vous êtes … »
- « Veux-tu un scoop, belle petite espionne ? Désires-tu que je t’offre la chance de ta vie ? Une interview exclusive de la Baronne Von Berjak. Le secret qui entoure cette jeune et riche héritière. Ses identités secrètes. Tout, je te dirais tout. Mais pas ici. »
- « Il y’a un piège … » continua Sally.
- « Je te l’ai dit, je cherche ce que désirent les gens. Je peux t’offrir ce que tu veux. Il te suffit juste de m’ouvrir ton cœur. »

Sally Peters eut un sursaut. En face d’elle se tenait non plus la pétillante Baronne, mais une créature à la peau rouge, aux yeux brillant d’une malveillante intelligence, vêtue d’une sombre tenue métallisée, et avec de longs cheveux sombres et lisses. La créature souriait comme le faisait Vanessa, et Sally réalisa alors que la Baronne et cette chose ne faisait qu’un. Quelque chose dû se lire sur le visage de la jeune reporter, car les traits de Kinkara se froncèrent dans une moue énigmatique. Puis ses lèvres s’étirèrent dans un sourire encore plus prononcé.

- « Elle est médium. Et je suis prête à parier que tu l’ignorais, pas vrai, ma petite ? »
- « Bon sang, vous êtes qui ? »
- « Quelqu’un qu’il ne fait pas bon de provoquer. »

Sally se releva pour s’enfuir, mais la Baronne était trop forte et trop rapide pour la laisser faire. Elle l’attrapa par le cou, la colla à elle et la maintenait d’une seule main, tandis que l’autre fouillait dans une poche, à la recherche d’un téléphone cellulaire qu’elle déplia rapidement, et composa un numéro, de tête.

- « Jenny, Facelia, je suis dans l’immeuble, avec notre photographe amatrice. Je vais rentrer directement. »
- « Pffff, » soupira Jenny « encore une ! »

Sally se sentit ensuite comme tirée par les pieds. Le décor changeait à toute allure, comme si elle traversait une ville à une vitesse très élevée. Cela lui donnait la nausée, et elle préféra fermer les yeux. Lorsqu’elle sentit que le déplacement était arrivé à son terme, elle les rouvrit, pour voir qu’elle était parvenue dans une chambre ancienne, avec un lit à baldaquins. La Baronne l’enserrait toujours, et Peters se surprit à penser qu’elle enviait une telle force.

- « Commençons donc la ‘formation’. » lâcha la Baronne. « Tu seras une esclave très prometteuse. Espionne, photographe, médium. Et je suis sûre que tu me caches encore beaucoup de choses. »

Aussitôt la fin de la phrase, Sally se sentit étrange. La chaleur naissait au centre même de ses entrailles, et parcourait tout son corps, faisant frissonner sa peau. Les mains de Vanessa se perdirent sous les vêtements de la jeune femme, et chaque caresse occasionnait un gémissement. La Baronne inondait le cou et les oreilles de Peters de baisers torrides et humides. Soudain, la reporter poussa un cri, lorsqu’un doigt se rendit là où il n’aurait pas dû.

- « Premier secret que tu me cachais, ma chérie. »
- « Non, je … » Sally n’avait plus la moindre force, ni la moindre volonté.
- « Encore vierge. Voilà qui ne m’arrange pas. Dis voir, poussin, tu es pourtant majeure. »
- « Vous me faites mal ! »
- « Mal ? Ma puce, tu ne peux pas rester avec ça. Pour que ta formation soit complète, il faut que tu ne sois plus pure. »
- « Je … »

La chaleur de son corps était maintenant insupportable. Au point où elle en était, n’importe quel homme aurait fait l’affaire. Vanessa la déshabilla complètement, et l’allongea sur le lit, avant de se rendre à la porte, et de hurler un nom.

- « Julius, au pied. »

Elle revint ensuite jusqu’au lit, se dévêtit à son tour, fit le tour de Sally, et posa la tête de celle-ci sur ses genoux, tout en glissant ses mains sous les aisselles de la journaliste. La porte s’ouvrit en large, sur un homme.

Julius Hartmann ne ressemblait plus à ce qu’il était, quelques semaines auparavant. Le ventre rebondi avait laissé la place à des abdominaux d’athlète, et ses muscles semblaient avoir doublé de volume. Il ne portait, en guise de seul vêtement, qu’un masque de cuir sur la tête, cachant ses traits et ses yeux. Il paraissait aveuglé, mais se dirigeait avec une habileté démoniaque. Entre ses jambes, Sally contempla avec effarement la taille de son dernier membre inférieur, et marmonna, sans grande conviction, un non désapprobateur. Elle voulut bouger, mais ne parvenait pas à se dégager de l’étreinte de la Baronne.

- « Comme tu peux le constater, je l’ai équipé de façon à ce qu’il puisse me satisfaire. Une fois qu’il en aura terminé avec toi, je débuterais ta ‘formation’. Mais seulement une fois qu’il aura fini. »

L’homme devenu imposant à grand renfort de sortilèges se mit en place, sans écouter les pleurs et supplications de Sally.

- « Plus tu te débattras, plus ce sera douloureux … » lui fit Kinkara. « … et plus j’aimerais ça ! » termina t’elle, avec un sourire sadique sur le visage.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Lun 8 Déc - 16:14

Note de l'auteur : comme d'habitude, avec Kinkara, gaffe au 16 + Wink

Le manoir résonnait de bruits de fêtes. Le décor s’était assagi, depuis que Vanessa avait pris le contrôle des lieux. L’antique bâtiment, qui ressemblait autrefois à une demeure gothique, s’était vu éclairé de quelques ameublements colorés. Les murs sombres avaient été repeints de frais, dans des teintes plus joyeuses. Tout avait été réalisé afin que quiconque eut une impression de grande opulence, et le sentiment d’être à l’aise et chez soi. Dans le grand hall, une trentaine d’invités, tous masculins, tenaient en main verre de champagne et petits fours appétissants, distribués généreusement par une vingtaine de soubrettes en tenue ancienne. Jenny avait renoncé volontairement à ses survêtements pour une robe de soirée « particulièrement excitante », selon les pensées de certains des hommes.

- « Messieurs, » fit Vanessa, surgissant en haut des escaliers « le dîner se déroulera après un apéritif servi dans le grand salon. Si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer … » termina t’elle, désignant la porte par laquelle Igor, le majordome, venait d’apparaître.

Cadres et dirigeants des industries possédées par le Baron Von Berjak, les hommes se précipitèrent vers la pièce suivante, parfois accompagnés par l’une des soubrettes. La soirée, et cela chacun le devina, risquait de se terminer en un gigantesque séminaire sur la reproduction. Tous s’en réjouissaient, si ce n’est Hussein Rami, le responsable des liaisons avec le moyen-orient.

Le grand salon était une vaste salle, dotée de nombreux canapés et sofas. Déjà, plusieurs des hommes étaient emmenés vers des alcôves privées, ou des chambres à l’étage. La soirée n’avait pour vocation, selon la maîtresse de maison, que d’apprendre à mieux se connaître. Du moins, cela est la version officielle annoncée à tous les invités, dont les épouses avaient été écartées, et cela pour des raisons évidentes. La version officieuse, mais réelle, avait été édictée par Vanessa, deux jours avant cette soirée.

Les soubrettes avaient alors été réunies en cuisine, toutes sans exception, y compris Sally Peters, la petite dernière, devenue, après avoir été formée par Kinkara, la responsable de la communication. Comme les autres, elle était devenue une fidèle et fiable servante de la démone.

- « Mesdemoiselles et Messieurs ... » commença Vanessa, tout sourire.
- « Messieurs ? » demanda Jenny, en dévisageant Igor et Julius. « On peut encore les appeler messieurs ? »
- « Silence, s’il te plait. »
- « Pardon. »
- « Je reprends donc. Mesdemoiselles et … mes choses … » termina t’elle, avec un sourire en coin pour Jenny « je vous ai réunis pour vous faire part d’un projet qui me tient particulièrement à cœur. »
- « Nous vous écoutons, maîtresse. »
- « Je vais rassembler ici, prochainement, les têtes de groupe des entreprises m’appartenant. Je donnerais à chacune d’entre vous une cible parmi eux, et un document qu’il conviendra de leur faire signer. »
- « Un document ? » questionna Facelia.
- « Un simple avenant à leur contrat de travail. »
- « Un avenant ? »
- « Simplement en apparence. En fait, il s’agit plutôt d’un pacte. Ou plus exactement, d’une soumission à mes ordres. »

La date pour la soirée avait été fixée, et les invitations lancées, toutes accompagnées d’une menace si la réponse n’était pas positive. Les invités, un peu craintifs d’abord, furent ravis de voir les soubrettes aux ordres de Vanessa Von Berjak faire le pied de grue dans le hall, pour leur servir champagne et petits fours. Comme convenu avec la maîtresse des lieux, chacune d’elle s’occupait d’un, voire de plusieurs, individus. Jenny en avait même trois rien que pour elle.

- « Je ne force personne, mais il faut à tout prix que vous arrachiez une signature à vos cibles. Je ne tolérerais pas l’échec. » avait annoncé la Baronne.
- « Et si on tombe sur un récalcitrant ? »
- « Il n’y en aura qu’un. »
- « Ah ? »
- « Les autres ont le vice dans la peau, il ne sera pas difficile de les faire succomber. N’hésitez pas à vous servir de vos atouts. Quand à monsieur Rami, je me charge personnellement de son cas. »
- « Rami ? »
- « Il est musulman, ne boit donc pas, et est marié et fidèle. Je ne crois pas, sans vouloir vous vexer, mesdemoiselles, qu’une seule d’entre vous aurait sa chance face à un homme de son espèce. Il me faudra mobiliser toute ma puissance, pour obtenir de lui sa signature. Ca risque d’être drôle. »
- « A quoi va servir ce pacte de soumission, maîtresse ? » demanda Facelia.
- « A m’octroyer leurs âmes. Plus j’en aurais, plus je serais puissante. »
- « Bien compris. » fit Jenny. « Euh, et si tu ne parviens pas … enfin, si nous ne parvenons pas à récolter la signature de quelqu’un ? »
- « J’ai pris des dispositions. »

La soirée battait désormais son plein. Le repas avait été annoncé, mais rien ne suivit, les hommes étant trop occupés par la gaudriole pour penser à manger. Jenny se laissait toucher par ses trois proies, sans un seul hoquet de protestation et sans pudeur, au sein même du grand salon, face à Kinkara et Hussein Rami. Des cris de joie s’élevaient des salles adjacentes. Il y avait des couples dans tous les coins du manoir. On aurait pu croire qu’une dizaine de films pornographiques étaient tournés en même temps, dans le bâtiment.

Le responsable des relations avec le Moyen-Orient était assis à côté de la Baronne, qui buvait son verre de champagne sans prêter plus attention à Jenny, dont le soutien-gorge vola à travers la pièce. Vanessa se félicita de ses choix pour ses servantes. Au moment même où elle parlait à Hussein, la plupart des pactes, par lesquels les hommes lui vendaient leur âme, étaient signés. Il ne restait plus que quelques isolés, qui profitaient allègrement de la générosité de leur nouvelle patronne, avant d’apposer le paraphe qui scellerait leur destin.

- « Et bien, mon cher Hussein. » lui fit Vanessa, voyant que l’homme détournait le regard de la scène que composaient les trois hommes se partageant les faveurs de Jenny. « Il semblerait que le spectacle ne soit pas à votre goût. »
- « Je vais rentrer. »

Il fit mine de se relever, mais elle le bloqua en plaçant son talon entre les jambes de l’homme, dévoilant de longues jambes gainées de bas résilles.

- « Vous ne voulez pas participer à l’ambiance festive qui règne ici ? »
- « Ambiance festive ? Nous n’avons pas la même notion de ce que doit être une fête, madame la Baronne. »
- « Effectivement. Néanmoins, sans penser forcément au sexe, mon cher, il y’a des avantages à être ami avec la patronne. Pensez-y. »

Ce disant, elle lui tendit une feuille de papier. Hussein devina qu’il s’agissait du même document que chaque soubrette avait donné aux autres invités. Il en lut le contenu, rapidement, n’y voyait rien de gênant, mais ne se sentait pas d’humeur à signer sans s’assurer de ce qu’il tenait en main. Contrairement aux autres, il ne tenait pas à ce que sa décision soit prise dans de telles circonstances. Il lui paraissait évident que les parties de jambes en l’air avaient été organisées pour faciliter l’acceptation de l’avenant. Sans oublier, bien sûr, les généreuses doses d’alcool distribuées.

Les orteils de Vanessa se déplacèrent, caressant doucement les attributs virils de Hussein. Il ne put retenir sa surprise.

- « Madame ! » commença t’il.
- « Mon cher Hussein, je savais bien que vous ne tomberiez pas dans les bras de ces jouvencelles que j’emploie. Aussi ai-je décidé de m’occuper de vous personnellement. Y voyez-vous un inconvénient ? »
- « Oui, et de taille. »

Il avait les doigts crispés sur les coussins du canapé, tandis que les orteils de la Baronne continuaient leur incessant mouvement de bas en haut.

- « Arrêtez, s’il vous plait ! » demanda t’il.
- « Ca ne vous plait pas ? Et dire que j’organise un petit séminaire exprès pour que mes employés se sentent en famille, chez moi, et que vous n’y prenez pas part. »
- « Ce ne sont pas des méthodes de management ! »

De colère, il retira le pied de Vanessa d’entre ses jambes, se leva, ajusta sa cravate, et prit la direction de la porte. Avant de la franchir, il se retourna vivement vers la Baronne, légèrement désappointée de son échec.

- « Nous n’en resterons pas là, madame. » acheva t’il, sur un ton sec.

Vanessa regarda la porte se refermer. Elle prit son portable, composa un numéro, et tomba sur l’un de ses soubrettes.

- « Salima ? » interrogea t’elle.
- « Hummmumm ? »
- « Ah, tu as la bouche pleine. Je t’informe qu’à compter de demain, tu seras responsable des relations avec le Moyen-Orient. »
- « Hummum ! » approuva la suivante de Kinkara.

Cette dernière raccrocha, et composa un second numéro. Mais ce n’est pas au sein du manoir qu’un téléphone sonna.

- « Oui ? »
- « Il y’a un homme qui sort d’ici. Il ne doit pas rentrer chez lui. »
- « Je le sais bien, vous avez été assez claire lors du briefing ! » fit la voix dans le portable de Vanessa.

Pendant ce temps, Rami grimpait dans sa voiture, furibond. Il s’était attendu à beaucoup de choses, tel un remaniement au sein des entreprises, mais pas à tomber sur une bande de femelles hystériques et lubriques en chaleur. Il tourna la clé dans le contact, légèrement déçu, tout de même, de ne pas voir la Baronne lui courir après. Il estimait bien valoir au moins un petit déplacement. Il franchit le portail du manoir, étonné de pouvoir partir si facilement, et roula pendant une dizaine de kilomètres, sur la seule et unique route conduisant à la demeure ancestrale des Berjak.

Soudain, quelqu’un surgit face à la voiture, si abruptement qu’Hussein ne put l’éviter. Le corps tomba sur le capot, roula sur le pare-brise, avant de rebondir sur le toit et de tomber derrière la voiture.

- « Ho non, ho non ! » hurla Hussein, en sortant de son véhicule. « Hé, est-ce que ça va ? »

Il approcha le corps inerte, avec l’intention de vérifier si la personne était encore vivante, avant que son nez ne soit assailli par des émanations fortes.

- « Mais qu’est-ce que … »

La main du mort se jeta avec avidité sur la cheville du musulman.

- « Surprise ! » cria le mort-vivant.

Vanessa avait fait appel à celui qu’elle considérait comme le meilleur assassin qui soit. Butcher Knives s’était fait un devoir de répondre à son attente. Il faut dire que l’assemblage Vanessa/Kinkara composait un mélange assez puissant pour deviner ce qui motive les hommes. Et elle eut tôt fait de promettre au mort-vivant un remède, dans les années à venir, pour son état. Il en résulte que l’assassin attendait ses instructions pour se débarrasser des importuns qui, comme Hussein, refuseraient le pacte.

Butcher Knives se redressa, faisant chuter sa proie au sol, et extirpa de sa ceinture son long couteau.

- « T’aurais mieux fait de signer, mon pote. T’aurais mieux fait … » termina t’il, en levant haut son arme au dessus de sa tête.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poulpe
Poulpe Fiction
avatar

Nombre de messages : 3601
Age : 39
Vigilant : Snow, Tigerwolf, Ogre Noir, Miss Victory et Waka
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Kinkara   Mer 17 Déc - 19:17

Note de l'auteur : comme d'hab' avec Kiki, c'est sex et rock'n'roll

La société Novatech était l’une des nombreuses propriétés du Baron Von Berjak. Par un habile assemblage de sociétés écran, il n’était pas facile de déterminer qui dirigeait de fait. Novatech était un des derniers bastions résistant à l’intrusion, selon les termes de son directeur, de la nouvelle présidente des compagnies appartenant à feu Berjak. Légèrement isolée, au dix-septième étage d’un immeuble étincelant de Saint-Martial, cette entreprise s’était démarquée par ses efforts constants, aux résultats concluants, dans les domaines de la miniaturisation. Mais son directeur était un homme vaillant, peu enclin à accepter tout et n’importe quoi. Aussi, lorsque la Baronne avait lancé ses invitations à tous les cadres dirigeants de ses industries, Helmut Hartner n’y avait pas assisté.

Le vénérable cinquantenaire, de toute façon, ayant senti le coup venir, ne se voyait pas faire la fête avec celle qu’il surnommait « la parvenue ». Vanessa Von Berjak, surnommée la Baronne, hautaine et intrigante, lui avait paru antipathique au possible, dès leur première entrevue. Elle cherchait à gérer tout, à tous les niveaux, et, misogyne comme il l’est, Helmut ne considérait pas qu’une femme ait pu comprendre tout ce qu’il faisait.

Malheureusement, la lettre accompagnant l’invitation promettait aussi représailles en cas d’absence à la petite sauterie organisée. Les représailles prenaient la forme de deux jeunes femmes, venues superviser, à première vue, le travail fourni par les salariés de Novatech. Il est utile de préciser qu’aucune de celles-ci n’avait de connaissance dans le domaine de la miniaturisation. Cependant, même Hartner ne put s’empêcher de constater que leurs capacités dans d’autres domaines étaient bien supérieures aux siennes. « Berjak sait s’entourer. » pensa l’homme.

Lui-même était plutôt gros, ventripotent, toujours tiré à quatre épingles, en dépit de son estomac colossal. Les cheveux épars sur le crâne étaient gominés un maximum, sous peine de quoi les longues mèches lui donneraient l’air d’un fou. Il avait une bonne figure, bien ronde, mais de petits yeux porcins et méfiants, et un crâne rougi. Il s’empourprait facilement à la moindre contrariété, et, depuis le début de la semaine, et l’arrivée des deux femmes, cette couleur ne le quittait plus.

La première des envoyées de Vanessa s’appelait Facelia Garland. Helmut était persuadé de l’avoir déjà vu du côté de Crey’s Industries, et finit par se dire que Von Berjak avait du exposer de sacrés arguments pour qu’elle lâche la grande entreprise pour venir travailler pour elle. Facelia, une grande brune à l’air simple, disséquait toutes les affaires de la société. Elle cherchait, ainsi le directeur s’en persuadait-il, une faille juridique pour le limoger. Fort heureusement, il avait eu la bonne idée, dès son accession à sa place, de se faire assister de multiples façons. Il n’y avait rien à lui reprocher, sur son métier.

Ce qui inquiétait plus Helmut était l’autre femme. Une jeunette, chargée de communication auprès de la Baronne, aux cheveux auburn, répondant au nom de Sally Peters, se contentait d’interviewer les salariés, exception faite de Hartner. Elle espérait sans doute dénicher quelque chose comme des aveux d’incompétences sur le directeur, ou bien un pêché mignon, une faille dans la cuirasse de l’allemand. Et manifestement, elle savait où chercher. Mais elle n’arracha, des employés de la société, que quelques aveux de retard, de repas trop arrosés, et quelques babioles sans intérêt, classées inexploitables, selon Facelia, pour le licencier.

C’est donc avec une grande joie, et un sentiment féroce de satisfaction qu’Helmut les vit quitter son entreprise, après une longue semaine d’enquête. Il avait permis à ses salariés, néanmoins, de signer l’avenant proposé par les deux jeunes femmes. Bien sûr, cela ne s’était pas fait sans concertation, mais même Helmut ne trouva pas trace, dans le document, de quelque chose de dommageable à son sujet. Qui plus est, chaque avenant était personnalisé, et offrait aux employés un avantage qu’ils n’attendaient plus de la haute direction, sur laquelle Helmut reportait chaque refus. En l’espèce, si il refusait qu’ils signent, il devinait qu’il perdrait sa crédibilité lorsqu’il annonçait froidement que « les Mercredi après-midi, accordés aux femmes ayant des enfants, ce n’est pas moi qui refuse, c’est le grand patron. ».

Il ne tarda pas, dès le Lundi suivant, à sentir la différence. Dans les regards, dans les attitudes. Auparavant, on le saluait, on ne s’éloignait pas à son approche, on venait lui parler. Depuis la signature de l’avenant, il avait l’impression qu’on parlait de lui dans son dos, il voyait des salariés, réunis autour de la machine à café, se disperser à son approche, d’autres parler entre eux, à voix basse, une fois qu’il fut passé devant eux. De fait, tout le monde semblait le croire pestiféré, atteint d’une maladie incurable et hautement contagieuse.

Il réussit tout de même à avoir une explication, de la part de sa secrétaire, à son service depuis maintenant plus de dix ans.

- « Vous, vous n’avez pas eu d’avenant. » lui dit-elle, sans préambule, pour répondre à sa question.
- « Et alors ? Je n’en ai pas besoin, tout simplement. »
- « Non, ça veut dire que la Maîtresse ne vous estime pas. C’est tout. Et si elle ne vous estime pas, nous non plus, c’est aussi simple que cela ! »
- « La Maîtresse ? » demanda t’il, haussant l’un de ses sourcils broussailleux. « Vous voulez dire la Baronne ? »
- « Elle-même. Elle ne vous aime pas. Et par extension, nous non plus ! »

Ce disant, elle quitta le bureau, en claquant la porte. Trop c’est trop, pensa Helmut. En furie, il se rendit au sous-sol, monta dans sa voiture de sport, dont les amortisseurs grincèrent sous son poids, et prit la direction du manoir. Il connaissait l’adresse, car, même en ayant répondu négativement à l’invitation lancée par Vanessa, il avait tout de même gardé le coupon, avec la localisation de la demeure de sa nouvelle supérieure hiérarchique. Il gara sa voiture devant le large portail, après qu’une voix féminine lui eut interdit d’entrer avec dans l’enceinte de l’habitation, puis il se rendit à l’entrée. Là-bas, un homme aux cheveux gris lui ouvrit, en silence, l’invitant cérémonieusement à entrer.

- « Tiens donc, si ce n’est pas notre gros monsieur Hartner. » fit Facelia, moqueuse, arrivant pour l’accueillir, dans sa tenue de soubrette.
- « Gardez vos familiarités pour votre patronne. D’ailleurs, c’est elle que je viens voir. »
- « Vous aviez rendez-vous ? » demanda la femme, avec beaucoup d’arrogance.
- « Non, mais elle va me recevoir, de gré ou de force ! J’ignore ce que vous et votre copine avez fait à mes salariés, mais ça ne me plait pas, mais alors pas du tout ! »
- « Nous leur avons juste fait signer un papier, monsieur Hartner. Un simple bout de papier. »
- « Qui les a métamorphosés de bout en bout ! Appelez-moi la Baronne ! » hurla t’il.
- « Je vais voir si … » continua Facelia.

Il la bouscula de l’épaule, la faisant tomber à quatre pattes sur le sol, elle redressa la tête, en furie, le dévisageant alors qu’il montait déjà les escaliers. Il n’alla pas plus loin.

Les lames incurvées étaient sorties non pas des manches d’Igor, mais bel et bien de ses bras, à travers la paume de ses mains. Aucune goutte de sang, cependant, ne perlait, comme si il lui était normal d’avoir deux armes rétractiles. Grâce à la courbe de ses épées, paraissant faites d’os, il stoppa Helmut, en faisant, autour de sa gorge, un ciseau prêt à taillader le cou de l’infortuné directeur. Ce dernier émit un couinement de surprise.

Bien sûr, Igor était le serviteur de feu le Baron Von Berjak. Certes, il avait pris une balle en pleine tête, en défendant son maître à penser. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est qu’en plus de cela, Igor Sertrovitch avait été un super vilain en son temps, lui aussi, et que Berjak, conscient de perdre plus qu’un majordome, avait instauré, dans la puce remplaçant les fonctions défaillantes de son cerveau, tous les automatismes de combat qui étaient ceux d’Igor, le transformant ainsi en parfait serviteur, et en soldat implacable et borné. Comme la puce était évolutive, Vanessa avait pu la modifier, pour faire en sorte qu’il protège sa maîtresse et ses servantes dévouées, avec une priorité pour la démone. Aussi, si l’une d’elle se retourne contre Kinkara, Igor l’empêchera de nuire.

- « Ecoutez, je … » fit Helmut, surpris, la voix rendue aiguë par la terreur.
- « Que se passe t’il, ici ? » hurla Vanessa, surgissant d’une porte à l’étage, avant même que Facelia ne réponde.
- « Monsieur Hartner désirait s’entretenir avec vous, sans rendez-vous. » répondit Facelia, avec un regard de mépris pour le gros homme.
- « Igor, lâche donc notre invité. » ordonna la Baronne. Aussitôt, il obéit, tel un chien de garde bien dressé. « Monsieur Hartner, puis-je avoir quelques explications quand à cette intrusion ? »
- « Qu’avez-vous fait à mes salariés ? » demanda t’il, en guise de réponse.
- « Vos salariés ? » se moqua Vanessa, en insistant, d’une voix ironique, sur le ‘vos’. « Dois-je vous rappeler que vous n’êtes à votre place actuelle que parce que mon défunt mari vous estimait digne de ce poste ? Et si moi, je n’appréciais pas votre compagnie, hein ? J’ai voulu obtenir votre soutien, souvenez-vous en, et vous avez refusé mon offre. »
- « Il y’a de quoi, non ? Vous arrivez de nulle part, en vous présentant comme la femme du boss, alors qu’il y’a quelques mois, vous n’étiez rien, et il faudrait que l’on perde tous nos acquis au profit d’une … »
- « Allez-y, dites-le, une parvenue. Qu’est-ce que vous croyez, que je suis sourde ? »
- « Et ce type étrange … » continua t’il en désignant Igor. Son regard se porta sur Facelia. « Et ces femmes bizarres. » Puis il dévisagea Vanessa. « Et vous … »

Soudain, il se raidit. Il comprenait instinctivement qu’il venait d’entrer dans l’antre du mal. Il savait qu’elle ne le laisserait jamais quitter l’endroit, du moins pas en un seul morceau. Elle descendit les escaliers, avec une démarche provocante, venant en face de lui, à moins d’un bras de distance. Elle tendit d’ailleurs le sien en direction de la poitrine de l’homme, lui enfonçant une mince aiguille apparut au bout de son majeur, loin dans son corps. Helmut fut paralysé.

- « Igor, monte donc notre ami dans la chambre et prépare-le. Je réunis quelques convives pour le spectacle. »

Le majordome s’exécuta sans sourciller, emportant avec une facilité déconcertante, le directeur de Novatech. Il l’installa sans ménagement sur un lit, face contre les draps, les genoux touchant le sol. Puis, sans prévenir, ôta la ceinture d’Helmut et baissa le pantalon jusqu’aux genoux, présentant son postérieur. Bien que paralysé, Hartner avait encore toute sa conscience. Sa tête étant sur le côté, il put voir entrer dans la salle une vingtaine de jeunes femmes, toutes portant une chaise pour s’asseoir. Elles furent suivies par la Baronne Von Berjak elle-même, puis une femme qui semblait être son invitée. Comme Vanessa, l’arrivante était richement habillée, et deux soubrettes portaient, en plus de leur propre chaise, celles des maîtresses.

Elles s’installèrent toutes autour de lui, se répartissant en cercle. Il se demandait ce que signifiait ce manège. Il avait entendu parler de la soirée, par quelques oui dires et diverses rumeurs. Il s’imaginait qu’à son tour, il allait être la victime heureuse des lubies sexuelles de sa patronne.

- « Mesdemoiselles, » fit Vanessa, avant de s’asseoir, « et madame la Marquise, » continua t’elle, en désignant l’autre femme noblement vêtue, « que la fête commence. L’homme sur ce lit s’est vu injecté un poison, lent, mais efficace. Le jeu est simple, la gagnante est celle qui devinera combien de fois Julius pourra lui défoncer l’anus avant qu’il ne décède ! »

Helmut, paralysé, fut pris d’horreur. Par la porte arrivait un homme, nu, aux muscles saillants, tout comme sa verge aux proportions démesurées, le visage caché sous un masque noir sans orifices. Le directeur de Novatech cria intérieurement, tandis que les femelles lubriques s’échangeaient des propos dont il comprenait, malheureusement, la teneur.

- « Sept ! » fit l’une d’entre elle.
- « Alors, je note … » fit Jenny, une blonde qu’Helmut n’avait jamais vu, mais qu’il savait être la seconde de Vanessa. « Sept pour Isabelle. »
- « Cinq ! »
- « Hé, doucement, je n’ai que deux mains ! Alors cinq pour Louisia. »
- « Et vous, ma chère Marquise, combien de fois pensez-vous qu’il tiendra ? »
- « Ma chère Baronne, vous avez un goût excellent pour les divertissements ! » répondit Faustine Van Eyll. « Mettons sur six. Mais votre homme de main va-t-il apprécier de se livrer à de tels actes avec un individu de son sexe ? »
- « Ma chère, Julius est un bon chien. Pour lui, un trou est un trou. Et il m’obéit au doigt et à l’œil. Et, comme vous avez pu le constater en testant physiquement, il peut recommencer autant de fois qu’il le faut. »

Les yeux d’Helmut s’agrandirent largement lorsqu’il sentit l’homme massif se mettre en place, sous les regards brillants d’excitation des femmes alentours.

Quelques minutes plus tard, elles quittaient toutes la chambre. Jenny fit le commentaire du jeu.

- « C’est encore Vanessa qui a gagné ! Huit fois, comme elle l’avait dit. »
- « Je proteste ! » fit la dénommée Isabelle. « Il était mort la huitième fois ! »
- « Erreur. » répondit Vanessa en souriant. « Il était encore vivant lorsque Julius a commencé. Il est mort pendant ! Ca compte, donc. Au fait, Jenny … » La Baronne tendit une main vers elle et l’interpellée y plaça un billet de vingt.
- « Que se passe t’il ? » demanda Faustine.
- « En dehors du jeu, j’avais parié vingt sacs avec Jenny qu’il tiendrait plus de cinq fois. »
- « Ma chère, vous êtes exaspérante ! »
- « Plait-il ? »
- « J’aurais escompté pouvoir participer aussi à ce jeu-là ! » répondit, avec un grand sourire, la Marquise Van Eyll.
- « Ce n’est que partie remise. » répondit la Baronne. Puis elle se tourna vers Facelia. « Demande à Katia d’emmener Julius au toilettage, puis à Igor de conduire le macchabée jusqu’au crématorium, s’il te plait. Et que tout soit propre pour notre prochain jeu. »
- « Ca arrive souvent, ce genre d’évènement ? »
- « Pas souvent, mais régulièrement. Surtout quand il y’a un récalcitrant. » Vanessa eut un vil sourire. « Autant dire que les occasions commencent à se faire rare ! »

Et elle finit sa phrase en partant dans un grand éclat de rire démoniaque, alors que le rideau tombe sur cette sinistre fin.

_________________
Jeux à terminer :

Cradle
Deponia Doosmday
Divinity Original Sin 2
Rage
The Elders Scroll : Skyrim

Prochaines acquisitions :

Darksiders 3
Ghost of a Tale (si jamais il sort)
South Park, l'Annale du Destin
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Kinkara   

Revenir en haut Aller en bas
 
Kinkara
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LES VIGILANTS :: FORUMS DES VIGILANTS :: CITY OF VILLAINS :: Récits de vilains-
Sauter vers: