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 Murderous Lilia

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Poulpe
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MessageSujet: Murderous Lilia   Mar 18 Déc - 18:13

L’asile du docteur Whisk était un bel établissement, de renommée nationale. Une ancienne demeure coloniale reconvertie en centre de repos pour personnes mentalement dérangées. Le jardin, lieu où s’ébattaient les résidents, était cerclé par un haut mur de pierre, lui-même surmonté d’un grillage destiné à empêcher quiconque de sortir. Mais les patients du bon docteur n’avaient, contrairement à d’autres établissements du même genre, pas à se plaindre de leur sort.

Un véhicule de marque courante s’arrêta devant la grille, à hauteur de l’interphone. La fenêtre côté conducteur descendit, laissant passer un bras. Un échange eut lieu pendant quelques secondes, et la grille s’écarta pour laisser entrer la voiture. Cette dernière se gara sur une place dessinée sur le sol, en dessous d’un panneau annonçant « visiteurs ». Après avoir coupé le moteur, le propriétaire de l’engin s’en extirpa. C’était un homme grand et chauve, au costume sombre, une chemise orangée disparaissant sous la cravate bariolée, du plus mauvais goût. Il jeta un coup d’œil circulaire, dénombrant une vingtaine de malades, tous vêtus d’une espèce de pyjama blanc.

Quelqu’un sortit de la demeure coloniale. Un bonhomme plutôt rougeaud, au crâne dégarni, vint à la rencontre de l’arrivant. Il portait une blouse blanche, sous laquelle on devinait des vêtements pas trop tape-à-l’œil. Le docteur Whisk aimait mettre ses patients en confiance, aussi évitait-il les tenues trop officielles.

- « Maître Carnby, soyez le bienvenu. » dit-il, dans un souffle. Le docteur n’avait plus ses vingt ans, et cette simple marche accélérée lui torturait les poumons. « Suivez-moi dans mon bureau, nous y serons plus tranquille pour discuter. »

L’autre ouvrit le coffre de sa voiture, y prenant un long carton de forme rectangulaire. Se le calant sous le bras, il prit la suite du praticien, non sans jeter un dernier regard au jardin. Il vit, dans le lointain, sous le chêne centenaire du parc, une jeune fille blonde de quatorze ou quinze ans, qui cueillait des pâquerettes, et qui était, il le savait, sa cliente. Il grimpa les quatre marches qui le séparaient de l’entrée du bâtiment, puis s’engouffra, sans cérémonie aucune, dans le bureau du docteur.

- « Alors, maître Carnby, pour quelle raison un notaire tel que vous vient jusqu’ici ? Un héritage quelconque pour l’un de mes patients ? »
- « En quelque sorte. » répondit Alfonse Carnby, en posant sur le bureau la boîte, qu’il avait jusque là maintenu sous son aisselle. « Nous sommes les exécuteurs testamentaires de Matthew Strongrock. Ceci devait revenir à sa sœur, Lilia. Franchement, je suis étonné de l’avoir retrouvée ici. »
- « Il n’y a pourtant rien de surprenant. » fit Raymond Whisk. « Mettez-vous à la place de la pauvre jeune fille. Son histoire est hélas classique. »
- « Que s’est-il passé ? »
- « La routine, presque, je dirais. Sa mère est morte alors qu’elle était jeune, son père a vu en elle le sosie de sa défunte épouse, il a tenté d’abuser d’elle, il y’a deux ans, et c’est son frère qui l’a sauvée, en tuant leur père, juste sous ses yeux. »
- « Oui, cela correspond au jugement rendu. »
- « Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à croire qu’elle soit la sœur de Matt Murder. » ajouta Whisk. « Vous en savez un peu plus que moi à ce sujet, semble t’il. Auriez-vous des informations susceptibles de m’aider à lui faire reprendre ses esprits ? »
- « Non, aucune. D’après ce que j’ai compris, son frère l’a emmené avec lui, après la mort violente de son père. Il l’aimait beaucoup, apparemment, au point d’en devenir un assassin pour de l’argent. Il souhaitait qu’elle ne manque de rien. »
- « La jeune fille m’a été confiée après que son frère fut arrêté par l’Arc. » avoua le docteur. « Elle se contentait d’aller à l’école, d’entretenir leur maison, pendant que son frère gagnait de quoi vivre, même malhonnêtement. »

Ils marquèrent un silence, comme en signe de compassion, pour la vie malheureuse de Lilia.

- « Son frère a été exécuté ? » demanda Whisk.
- « L’année dernière, en fait. La condamnation à mort était courue d’avance, pour une affaire de ce genre. L’homme a même proféré des menaces, même pendant l’injection. Il a dit des choses étranges. »
- « De quel genre ? »
- « Des incantations, en ancien sioux, et il a lancé des malédictions sur les jurés du procès, qui assistaient à la mise à mort. »
- « Oui, j’ai cru comprendre que les Strongrock avaient un restant de sang sioux dans les veines. D’ailleurs, Matthew avait fait un tatouage à sa petite sœur, sur le bras, une sorte de tête de mort stylisée. »
- « Tiens donc ? » Après quelques secondes d’étonnement, Carnby reprit la parole. « Venons-en au fait. Mon cabinet a été engagé comme exécuteur testamentaire. Si l’état ne s’était pas accaparé les fonds bloqués de Matt Murder, mademoiselle Lilia serait riche, aujourd’hui. On décomptait à l’assassin pas moins d’une centaine de contrats, et de nombreuses participations à des actes terroristes. »
- « Ce qui fait qu’aujourd’hui, il n’y a plus que ça à lui restituer ? » fit le docteur, en désignant la boîte sur son bureau.
- « J’aurais préféré qu’il s’agisse d’autre chose. » répondit Carnby. Il ouvrit la boîte, révélant une lame de belle facture. « C’était l’arme des crimes. Les services d’enquête m’ont autorisé à la récupérer, et j’obéis donc aux instructions laissées par Matthew Strongrock. Personnellement, je préfèrerais que la demoiselle la refuse, que je puisse la rapporter aux services de police, pour destruction. »
- « Pourquoi cela ? »
- « Je ne sais pas comment l’expliquer. Cette lame me donne froid dans le dos. »
- « Je vais faire appeler la jeune fille. » Whisk appuya sur le bouton rouge de son interphone. « Janice, pouvez-vous faire venir Lilia dans mon bureau, je vous prie ? »
- « Bien, docteur. » répondit une voix féminine.

Ils discutèrent de choses et d’autres, en attendant que Lilia arrive. Celle-ci frappa timidement à la porte, et entra sur l’injonction du docteur Whisk. Elle était jeune et menue, pas encore femme, mais plus tout à fait une enfant. Elle avait des yeux verts, effrayés, comme si chaque nouvelle que l’on lui donnait était forcément une mauvaise nouvelle.

- « Bonjour, Lilia. »
- « Bonjour, docteur. Bonjour, monsieur. »
- « Bonjour, mademoiselle. Je m’appelle Alfonse Carnby, je suis l’exécuteur testamentaire de feu votre frère, Matthew Strongrock. »
- « Je ne … je n’ai … » fit-elle, l’air pitoyable.
- « Ce qu’il vous a laissé est sur le bureau. »

Elle se dirigea jusqu’au carton, et posa la main sur la poignée de l’arme. Aussitôt, bien que le docteur et le notaire ne pouvaient le voir, son tatouage vira d’un bleu presque translucide à un rouge sang inquiétant. Ses yeux virèrent du vert au noir. Elle leva la lame à bout de bras.

- « Tout va bien, mademois…aaaargh. » fit Carnby, alors que la pointe de l’épée coupait son corps en deux, laissant s’échapper ses entrailles, qui heurtèrent le sol avec un son d’éponge répugnant.

Whisk, horrifié, voulut sortir, et posa sa main sur la poignée de la porte. Du moins, crut-il le faire. Son membre était devenu un moignon duquel s’échappait un torrent de sang. Il n’eut pas le temps de crier qu’il sentit, dans son cerveau, le contact froid et acéré de la lame qui venait de lui fendre le crâne. Il tomba au sol, dans un choc sourd. Lilia se tenait debout, mais, rien qu’à son attitude et à ses gestes, on pouvait deviner de ce dont il s’agissait. La personne debout, au milieu du cabinet, n’était plus Lilia Strongrock, mais son frère Matthew.

Il fouilla les affaires des deux cadavres, comparant les marques des voitures sur les clés, jetant celles du notaire au loin, gardant celle du docteur.

- « Ma petite sœur dans un asile de dingues ? Non mais, pour qui se prennent-ils ? »

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Poulpe
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MessageSujet: Re: Murderous Lilia   Lun 7 Jan - 18:39

Les autorités avaient fait venir, à grands frais, l’un des derniers shamans des Sioux. Ce dernier, un vétuste vieillard âgé de quatre-vingt dix ans, était soutenu par l’un de ses nombreux arrières petits-enfants. Il avait revêtu ses atours de sorciers, ressemblant, pensa le lieutenant Ramsey, de la Police de Paragon, à cet acteur, dans ce parc d’attraction, où il avait emmené son fils, quelques années auparavant. Le jeune homme qui l’aidait à marcher était habillé de façon plus moderne et moins pittoresque.

Cela offusquait les goûts du lieutenant. On ignorait encore ce qui avait bien pu passer par la tête de la jeune fille, mais le crime était simple à résoudre. Il ne comprenait pas pourquoi ses supérieurs s’étaient entêtés à faire venir, sur les lieux du double meurtre, ce résidu humain, « tout juste bon à rester dans sa réserve ».

Le jeune indien posa son arrière grand-père sur une chaise, regardant avec effroi les tracés des corps sur le sol. Le vieil homme murmurait quelque chose, et son héritier se pencha vers lui, pour mieux entendre.

- « Que dit-il ? » demanda Ramsey.
- « Il demande si c’est bien ici que ça a eu lieu. »
- « Evidemment ! » répondit le policier, en haussant les épaules. « Nous n’avons pas dessiné des contours de cadavres pour la beauté de l’art ! »
- « Il ne peut pas le savoir. » rétorqua le garçon. « Il est presque aveugle. »
- « De mieux en mieux. » pensa-t’il. « Bien, que voulez-vous savoir, puisque le commissaire désire que nous répondions à toutes vos questions ? » « Et qu’on en finisse au plus vite avec cette mascarade. » se dit-il en son for intérieur.

Le garçon se pencha vers son aïeul, lui susurrant quelques mots à l’oreille. L’ancêtre se mit alors à parler, dans un vieux dialecte indien, et son arrière petit-fils s’empressa de traduire.

- « Il demande ce qu’il s’est exactement passé, ici ? »
- « La sœur d’un meurtrier a suivi les traces de son frère, Matt Murder. Lilia Strongrock était internée ici pour des problèmes d’ordre psychologique. Un notaire lui a apporté le dernier bien que lui a légué son frère, une épée, et, dès l’arme en main, elle a éventré le notaire et fendu le crâne de son médecin. Elle s’est ensuite enfuie en volant la voiture du docteur. »
- « Strongrock ? Elle avait des origines indiennes ? »
- « Oui. » répondit Ramsey. « Les restes d’un métissage datant du siècle dernier. Sioux, d’après son dossier. » L’inspecteur regarda le jeune garçon expliquer la situation à son arrière grand-père. Il attendit patiemment qu’il ait fini.
- « Mon arrière grand-père demande si la jeune fille était sujette à des crises de violence et de colère. » Ramsey fouilla dans le dossier.
- « Non. Plutôt dépressive, et anorexique. »

Le jeune homme et son ancêtre continuèrent de discuter pendant cinq minutes, ignorant totalement le policier, qui tapait du pied d’impatience. Enfin, le jeune se redressa, le visage sombre et les yeux inquiets.

- « Inspecteur, vous êtes certain qu’elle n’était pas sujette à des crises de colère violente ? »
- « Oui, j’en suis sûr. Le traitement médical le prouve. »
- « Savez-vous … savez-vous si elle portait une marque ? Un tatouage ? »
- « Oui, c’est écrit dans son dossier, il y’a même une photo. »
- « Pouvez-vous me montrer la photo ? »
- « Voilà ! » fit-il, en lui tendant le cliché.

Sur ce dernier, on voyait un morceau du corps de la jeune meurtrière, probablement son avant-bras, marqué d’un symbole bleuissant représentant une tête de mort stylisée. Le jeune homme la pris, la contempla, et prononça quelques paroles à l’attention de son arrière grand-père. Le vieil homme se mit à trembler, en cachant son visage dans ses mains. Il parlait, sans s’arrêter, pendant que le jeune homme traduisait au fur et à mesure ses propos.

- « Inspecteur, nous avons un problème. Un sérieux problème ? »
- « De quelle nature, le problème ? »
- « Mon arrière grand-père pense que le frère de la meurtrière se sert de son corps comme d’un réceptacle. »
- « Un réceptacle ? Pour quoi ? »
- « Pour son âme. Il s’est servi d’un antique rituel, lui permettant de créer des ‘ancres’. Celles-ci sont comme un lien entre le monde des esprits et le monde des vivants. Lorsque l’on passe de l’autre côté, il réside en eux un moyen pour revenir. »
- « C’est du délire, là. »
- « C’est très sérieux, inspecteur. Matt Murder a utilisé la magie Sioux pour créer de tels artefacts. Il y’a bien sûr des conditions à respecter. Par exemple, pour éviter qu’on ne les trouve, les ancres sont souvent disséminées, cachées. Pour pouvoir posséder un corps, il faut qu’il y ait deux ancres l’une à côté de l’autre. »
- « Ces ancres peuvent être des êtres vivants ? »
- « Tout à fait. C’est d’ailleurs conseillé, ne serait-ce que pour se mouvoir lorsque l’âme revient dans l’une d’elles. »
- « On peut en faire combien, d’ancres ? »
- « Autant qu’on veut. Mais c’est une arme à double tranchant. Le sort originel a pour vocation la réincarnation. Cependant, pour parvenir à cette étape, il faut réunir toutes les ancres. »
- « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »
- « Inspecteur, Lilia Strongrock était une fille gentille et peureuse, n’est-ce pas ? »
- « Oui. »
- « Imaginons que son frère en ait fait une ancre. Lorsqu’elle s’est retrouvée en possession de l’arme, une autre ancre, cela a permis à celui-ci de revenir, en empruntant le corps de sa sœur. Normalement, un être vivant, possédant son propre esprit, peut résister. Mais l’âme de Lilia a été affaiblie par tout ce qu’elle a vécu. Ce n’est pas elle qui a tué le notaire et le médecin. C’est son frère, Matt. »
- « Vous voulez dire que ce cinglé psychotique est de revenu d’entre les morts ? »

Ramsey pensa aux efforts démesurés que l’Arc avait produit pour parvenir à mettre la main sur ce criminel.

- « Il va sûrement tenter de réunir tous les artefacts, pour se réincarner. »
- « Il faut mettre la main sur cette fille ! »
- « Oui, d’autant plus que … » Le jeune homme regarda vers son arrière grand-père, le regard empli de terreur.
- « Quoi ? Encore une mauvaise nouvelle ? »
- « Je le crains, Inspecteur. Est-ce que vous savez pourquoi il a choisi sa sœur, comme réceptacle ? »
- « Non. »
- « Qu’est-ce qu’une femme a qu’un homme n’a pas ? »
- « Je ne vais pas vous faire un dessin tout de mêm… » Ramsey suspendit sa phrase.
- « Je vois que vous avez compris. Il veut revenir au monde, en utilisant le corps de sa propre sœur. Si il arrive à récupérer toutes les ancres, Matt Murder reviendra à la vie. »

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MessageSujet: Re: Murderous Lilia   Mer 9 Jan - 13:55

Greg Milley fit aller la clé dans la serrure de sa porte, mais celle-ci n’eut aucune réaction. Il soupira, en la poussant, découvrant le spectacle de son appartement, retourné, encore une fois. Ce n’était jamais que le troisième cambriolage dont il était victime, depuis qu’il s’était installé ici. Mais il n’y avait rien à dérober, du moins, rien qui puisse valoir quelque chose. Greg entra dans sa chambre, secoua la tête devant son lit défait, le matelas éventré pour rechercher d’hypothétiques billets de banque. Heureusement, il ne laissait aucun argent chez lui. Tout au plus sa télé, un vieux modèle, avait-elle disparue. Les voleurs s’étaient défoulés sur les autres biens, brisant la vaisselle, détruisant les meubles.

Il ramassa un vieux vinyle, cassé en deux par ses visiteurs indésirables, et le jeta dans ce qui restait de la corbeille. Il se pencha pour ramasser l’enveloppe du disque, et vit, derrière lui, deux pieds dans un justaucorps noir. Il se releva précipitamment, juste à temps pour être poussé sur le lit, tombant sur le dos. Une jeune fille blonde monta sur lui à califourchon. Il commençait à trouver la situation plaisante, jusqu’à ce qu’il la voit saisir, dans son dos, une lame, qu’elle planta dans le matelas déjà déchiré, juste à côté de son oreille. Il reconnut l’arme.

- « Matt, c’est toi ? »
- « Crie encore plus fort, imbécile, que tes voisins accourent pour voir ce qu’il se passe ! »
- « Tu as réussi à revenir dans le corps de ta sœur ? »

Greg dressa les mains, pour tâter la marchandise, mais Lilia fit faire un quart de tour à sa lame, posant le côté tranchant sur le visage de l’homme, en lui faisant un signe de dénégation avec sa main libre. Bien sûr, Greg était assez fort pour repousser la fluette jeune fille, mais pas assez téméraire pour risquer de mettre en colère l’âme qu’abritait ce corps. Il se contenta de croiser les bras sur sa poitrine, en restant détaché de la situation. Lilia se releva, la pointe de son arme arrachant un restant de tissu du matelas.

- « Tu l’as encore ? » demanda t’elle.
- « C’est toi qui a retourné mon appartement ? »
- « Non. »
- « Alors, je n’en sais rien. »
- « Tu as été cambriolé ? »
- « Il semblerait. »

Greg se releva à son tour, quitta le matelas pour aller chercher dans son placard. Il y trouva une vieille boîte à chaussures, et, en soupirant à nouveau, retourna le carton pour montrer à Lilia que celui-ci était vide.

- « C’était là-dedans. » fit-il, l’air déprimé.
- « Tu sais qui t’a cambriolé ? » Greg Milley, au vu de ses activités, n’aurait pas prévenu les flics, et n’avait aucun moyen de faire pression sur les voleurs. Cependant, il pouvait déjà savoir leur identité.
- « Je suis persuadé que ce sont les gamins du dock 17. Une bande de punks désargentés. Ils courent après la fortune, aussi ont-ils dû penser que ton médaillon devrait valoir quelque chose, chez un brocanteur. Ou un receleur. »
- « Et comment comptes-tu me payer cette erreur ? » demanda Lilia, de la froideur dans la voix.
- « Tu … tu ne vas tout de même pas … ? » balisa Greg. Matt avait le don de faire flipper son unique ami, celui qui s’occupait de ses contrats, une sorte d’agent, pour une nouvelle forme d’art, le meurtre.
- « Mais non, je plaisante. Je vais faire un tour au dock 17, voir si je peux le récupérer. Sinon, je compte sur toi pour remettre la main dessus. »
- « T’inquiète pas pour ça. Je retrouverais le médaillon. »
- « Et ensuite, tu feras un peu le ménage. Il est hors de question que je laisse ma petite sœur vivre dans un taudis pareil ! »
- « D’accord. »

C’était plus une plaisanterie qu’autre chose. Greg Milley était un maniaque de l’ordre. Même si il traînait un peu de poussières, chaque chose serait rangée, dès qu’il aurait le temps de le faire. Pendant que Lilia quittait l’appartement, l’homme déballa un autre carton, dans lequel se trouvait un lot de serrures, sûrement en prévision d’éventuels cambriolages. Alors que la jeune fille atteignait le bas des escaliers, elle entendit des coups de marteaux, indiquant le début des travaux.

Le dock 17 était un entrepôt bâti au début du siècle dernier. Les parois étaient un mélange entre la pierre et le bois, et l’on devinait, à la vermoulure, qu’il n’était plus entretenu depuis longtemps, vingt ans au minimum. Des tags ornaient les murs, un peu partout, représentant vaguement un coq, sur un fond de couleurs changeantes. La seule chose qui paraissait neuve, en ce lieu, était une porte d’acier. Les punks du dock 17 avaient investi dans un tel attirail pour se prémunir de toute incursion. Il n’y avait, comme orifices, que le trou de la serrure, et un judas rectangulaire, sur lequel on faisait glisser une plaque de métal pour l’ouvrir et le fermer.

Lilia frappa à la porte. Il devait forcément y avoir un planton de garde, elle le devinait au fait que la porte n’avait pas de poignées, indiquant qu’il fallait une clé spéciale pour ouvrir. La plaque de métal glissa, accompagnée d’un « qui c’est ? » passablement vulgaire et désagréable. Derrière la porte, le punk n’eut pas le temps d’esquisser un mouvement de recul. La pointe de l’épée glissa dans l’interstice, pénétra son œil, et atteignit rapidement le cerveau. Il tomba à la renverse, sous les cris de ses amis, qui attendaient avec lui. Elle les entendit se concerter, et se prépara à l’assaut.

Le vantail de métal s’ouvrit, et les trois autres punks surgirent en tenant des fusils à pompe. Ils tirèrent à tout bout de champ, vidant leurs chargeurs droit devant eux, en criant comme des damnés, puis stoppèrent, en voyant qu’il n’y avait personne.

- « Bah, merde ? »
- « Il s’est barré ! Je te l’ai dit, le temps que tu réfléchisses, il s’est cassé ! »

Lilia s’était hissée, à la force des bras, à une poutre surplombant la porte, et avait attendu qu’ils sortent, pour entrer, à son tour, dans leur repaire. Tandis qu’ils s’évertuaient à décharger leurs armes dans le vide, elle s’était subrepticement glissée derrière eux, en se laissant tomber sans un bruit.

L’intérieur du bâtiment était encore plus vétuste que l’extérieur. Les murs n’étaient décorés, en tout et pour tout, que de tags grossiers. Le sol était couvert d’immondices, de sachets de nourriture vide, et parfois pas, envahi par la moisissure et la crasse. Des bouteilles de bières se comptaient par centaines sur des étagères malhabilement fixées. Le poste de garde était un nid à infections. Lilia, passa dans la pièce suivante.

Celle-ci était moins sale, mais tout aussi désordonnée que la précédente. Des dizaines d’objets, tous volés, s’entassaient à même le sol, dans un chaos total. Peut-être certaines de ces choses avaient elles de la valeur, mais dans l’état où elle se trouvaient, personne n’aurait accepté de les reprendre. Profitant d’être seule et invisible aux yeux des punks, Lilia commença à farfouiller dans les différents tas. Elle s’aperçut vite qu’en fait, chaque tas contenait sa spécificité. Il y’en avait un par type de marchandise, facilitant sa recherche. Elle mit la main sur les bijoux, et, malgré une fouille approfondie, n’y trouva pas trace de son médaillon.

Lilia se mit alors en tête d’interroger le chef des punks. Elle trouva vite sa chambre, aussi impropre à la vie courante que le poste des gardes. Le chef était vêtu tout en jeans, une crête violette sur un crâne dégarni, les oreilles percées de toute part, recouvertes de boucles, des piercings sur la langue, les arcades et les lèvres. Il était avachi dans un canapé dépenaillé, dont les ressorts étaient visibles. Il discutait bouts de gras avec l’un de ses copains, qui était debout, et était aussi sale et négligé que lui.

- « Comment ça, le ‘Cid’ est mort ? »
- « C’est comme je te le dis ! Il a ouvert le judas, et quelqu’un lui a planté un couteau dans l’œil. »
- « Bordel ! C’est sûrement un coup de … »

Lilia claqua la porte, tout en étant invisible. Ils arrêtèrent de discuter, puis, semblant croire qu’il s’agissait d’un courant d’air, recommencèrent à parler. C’est lorsqu’elle fit aller le verrou en tournant la clé dans la serrure qu’ils se rendirent compte qu’il y avait quelqu’un en plus d’eux dans la pièce, quelqu’un qui les épiait. Le chef se redressa, le temps de voir le cou de son acolyte s’ouvrir. Quelques filaments de chair tentaient désespérément de retenir la masse cérébrale, mais ils cédèrent vite, aidé par des jets de sang qui s’échappaient du cou de la victime. Avant même qu’il ne saisisse son arme, le chef des punks abandonna le combat. Il sentait, sur ses organes génitaux, la présence de quelque chose de froid, dur, et surtout, pointu.

La jeune fille réapparut devant lui. La pointe de son épée était placée de manière à pouvoir ouvrir l’individu de bas en haut, si il tentait quelque chose. Lilia regarda l’homme droit dans les yeux.

- « Bonjour. »
- « Euh, salut. »
- « Est-ce vous qui avez cambriolé les appartements de l’immeuble ‘les feuillets verts’ ? »
- « No… » Il sentit la pointe de la lame titiller ses testicules. « Si, c’est nous. »
- « Où sont les objets volés ? »
- « Revendus. »
- « A qui ? »
- « Je crois qu’elle s’appelle Vanessa Pirelli. C’est tout ce que je sais, je le jure. »
- « Tu sais où je peux la trouver ? »
- « Faut … demander … à … Marc Bailey … » fit, de manière sporadique, le chef des punks. Lilia faisait tourner légèrement la pointe de la lame, dans le pantalon de l’homme.
- « Merci. »

Elle lâcha prise, et il voulut appeler à l’aide, mais il sentit le froid du métal transpercer son cœur, transformant son cri en un souffle vide, dénué de toute existence, résumant toute sa vie, son dernier souffle. Elle lui avait enfoncé son arme dans la cage thoracique, avec une précision chirurgicale. Il tomba à la renverse sur son canapé. Elle quitta la pièce par la lucarne ouverte et retourna à l’appartement de son ami.

- « Greg, tu es là ? »
- « Oui. » répondit l’ancien acolyte de Matt Murder. « Tu l’as récupéré ? »
- « Non. Dis voir, Vanessa Pirelli, tu connais ce nom ? »
- « C’est une nouvelle venue dans le petit monde des receleurs des Insoumises. Nouvelle venue, mais pas incompétente. Elle a déjà de l’expérience, qu’elle a acquise à Paragon. Et il est plus dur de trafiquer là-bas qu’ici. »
- « Il semblerait qu’elle ait racheté les biens volés par les punks. »
- « Je peux la contacter, j’ai ses coordonnées. En revanche, récupérer le médaillon, ça va te coûter cher. »

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MessageSujet: Re: Murderous Lilia   Mar 15 Jan - 18:00

Une nuit de pleine lune, comme celles qu’appréciait Matt Murder, avant son arrestation, éclairait la place publique, transformant le jardinet, au centre, en un mélo d’ombres et de lumières, paraissant tel une sculpture de pierre. La statue, placée au dessus, sur son piédestal, semblait devenir alors vivante, au milieu de tant d’immobilité.

Dans une rue attenante à la place, on voyait un véhicule, une vieille auto, une Cadillac à la couleur turquoise, aux chromes rutilants, à l’aspect entretenu. C’était la seule et unique folie de Greg Milley. Et, comme le reste de sa vie, sa voiture était particulièrement soignée. L’intérieur était de cuir blanc, les banquettes étant dissimulées sous des couvertures en patchwork. A l’intérieur, assis côte à côte à l’avant, Lilia et son ami discutait, notamment de celle qui devait venir à leur rencontre.

- « Tu m’as dit qu’elle venait de Paragon ? » demanda Lilia.
- « Exact. »
- « Comment a-t-elle atterri ici, alors ? »
- « A cause de Kinkara. »
- « Kinkara ? »
- « Un succube qui se cache dans son corps. D’ailleurs, je préfère te prévenir, évite le combat. »
- « C’est quoi, un succube ? »
- « Bon sang, Matt. Un succube, un simili-démon, quoi ! » Greg Milley lui-même ne connaissait pas exactement la nuance.
- « C’est-à-dire qu’elle peut faire appel à un démon ? Cette fille mérite d’être connue. »
- « Soit très prudent. Y’en a plus d’un qui s’est cassé les dents. Même Ershkine s’est fait avoir. »
- « Il est mort ? »
- « Oui, elle l’a tué. »
- « Tant mieux, ça m’évitera d’avoir à le faire ! »
- « La voilà. »

Pendant qu’ils discutaient, une femme, du moins, le devinait-on à la démarche, vint s’asseoir près du jardin. Le vieux banc sur lequel elle s’installa grinça lorsqu’elle posa son postérieur dessus. Lilia descendit à son tour de la voiture, approchant de celle qui attendait. Cette dernière se cachait derrière un imperméable, rabattant la capuche de celui-ci sur son visage. Tous les boutons étaient fermés. On ne voyait, de la femme, que le menton, et les mains.

- « Bonsoir. Belle soirée, non, pour une rencontre entre inconnus ? »
- « Trêves de banalités, miss Pirelli. Vous avez quelque chose qui m’appartient. »
- « Quelle agressivité, venant d’une si frêle et jolie jeune fille. Nul ne vous suspecterait d’un tel comportement ! »
- « Assez de blabla. L’un des objets que vous avez racheté aux voleurs du dock 17 est à moi. Rendez-le moi. »
- « Du calme. Comme vous venez de le faire remarquer, j’ai racheté ces objets. J’en suis donc la toute nouvelle propriétaire. Si vous le voulez, il va falloir mettre la main à la poche. »
- « Espèce de sale truie ! » grogna Lilia, en exhibant sa lame.

Mais elle frappa dans le vide, créant une fente supplémentaire dans le bois du banc. L’autre s’était évaporée. Lilia regarda, à droite et à gauche, avant que ses sens ne l’avertissent d’un danger venant de l’arrière. Elle esquiva tout juste le coup d’épine, qui lui érafla tout de même l’épaule gauche. Sous l’imperméable, on voyait que la peau de la femme avait changé de couleur. La manche droite était déchirée par de nombreux ergots. Lilia eut un sourire méprisant.

- « Vous avez fait appel à votre … succube ? C’est bien ça ? Que … ? » fit-elle, surprise.

Sa vue se brouillait, et ses réflexes s’émoussaient. Lilia comprit immédiatement que le coup porté par le succube était porteur d’une toxine redoutable. Auparavant, du temps où Matt disposait encore de son propre corps, il aurait pu résister aux effets du poison. Mais Lilia avait été affaiblie, aussi bien psychiquement que physiquement. D’avoir organisé une entrevue aussitôt après être revenu du royaume des esprits était une grave erreur. Une erreur qu’il risquait de payer le prix fort.

L’autre fit un grand mouvement, envoyant une de ses épines dans les airs. Lilia l’esquiva avec difficulté, sa respiration étant gênée, et ses jambes la portant à peine. Elle fit une roulade sur elle-même, et, juste après, s’effondra au sol, sa tête tournant de ce geste pourtant simple. Elle eut juste la présence d’esprit de rouler, une fois parterre, pour éviter un coup d’épine fatal. Elle évita ainsi cinq coups d’affilée, avant de se rendre compte que l’autre s’amusait de sa faiblesse. Lilia s’arrêta, prête à riposter, ne supportant que cette chose à la peau rouge se moque d’elle. Mal lui en prit.

Une longue épine, acérée, découpa sa peau et pénétra dans son corps, traversant son épaule, sans toucher d’organes internes. Elle la sentit ressortir de l’autre côté, la clouant au sol. Etrangement, peu de sang coulait de cette blessure pourtant impressionnante. Lilia vit, avec effroi, la succube abandonner son épine en place, comme un lézard renonçant à sa queue, et une autre, encore plus grande la remplaça sur le bras du démon. Elle leva bien haut sa nouvelle pointe, au-dessus de la tête de Lilia, et s’apprêtait à l’abattre.

- « Arrêtez, toutes les deux ! » fit Greg Milley. Il était descendu de la voiture à son tour, en voyant la tournure qu’avaient prise les évènements. « Nous ne sommes pas venus pour nous étriper, non ? Nous sommes venus pour négocier ! » Kinkara recula, et alla tranquillement se rasseoir sur le banc, laissant Lilia fixée au sol.
- « C’est elle qui a lancé les hostilités. Je n’ai fait que riposter ! »
- « Mademoiselle Pirelli … » commença Greg.
- « Kinkara. Mais parlez, Vanessa vous entend. »
- « Comme je vous l’ai dit au téléphone, l’un des objets est infiniment plus précieux que le reste, que je vous laisse de bonne grâce. »
- « Laissez-moi deviner, vous voulez le médaillon ? » Greg hésita un instant.
- « Bravo. Comment le savez-vous ? »
- « N’oubliez pas que je suis un succube. Les objets ensorcelés, je les repère de loin. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai acheté le lot, ne pouvant formellement identifier l’artefact magique, dans tout le lot que les voleurs m’ont apporté. »
- « Le problème est que cet objet ne m’appartient pas. Il est à … elle … » finit-il, en désignant Lilia, qui tentait vainement de se retirer l’épine du bras.
- « Je vous propose un deal. » fit Kinkara. « Il y’a une personne que nous souhaitons voir disparaître. Elle s’appelle Ely Caston, aussi connue sous le nom d’Eleanore Casi. Si vous parvenez à la tuer, je vous rends le médaillon. »
- « Ely Caston ? L’écrivain ? »
- « Elle-même. »
- « Pourquoi voulez-vous … »
- « Cela ne regarde que moi et Vanessa. » coupa Kinkara, en se relevant. « Quand votre petite copine, là-bas, aura retrouvé ses esprits, vous lui exposerez le résultat de notre petit entretien. Ho, et dites-lui que je ne lui garde pas rigueur de son comportement. Je dois reconnaître que, dans un cas pareil, j’aurais eu la même réaction. »

Le succube disparut ensuite de leur vue, comme absorbée par les ténèbres. Greg vint près de Lilia, l’aida à retirer l’épine, et la porta jusqu’à la Cadillac. Milley la fit s’allonger sur la banquette arrière, et elle s’endormit aussitôt. La toxine avait sans doute atteint le cerveau. Greg rentra chez lui, à allure réduite, estimant qu’il était inutile d’attirer l’attention des RIP en roulant trop vivement, et, la jeune fille dans ses bras, monta les escaliers. Il la plaça, une fois chez lui, dans la chambre d’ami, où Matt résidait depuis son retour, la couvrit, puis, lui-même prit d’une grande lassitude, alla se coucher directement, sans même se dévêtir.

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MessageSujet: Re: Murderous Lilia   Mer 9 Avr - 16:43

C’était un matin ordinaire, semblable à tous les autres. Le soleil peinait à se lever sur les îles, et seul le remue-ménage de la portugaise de l’étage du dessus réveilla Greg Milley. Il se passa une main fatiguée sur le visage, puis entreprit de se lever. Il était encore tôt, mais il devait discuter rapidement de la situation avec Matt. Ou plutôt Lilia. Il ne savait plus ce qu’il devait penser de lui. Ou d’elle. Il était encore habillé des vêtements de la veille, et se changea avant de quitter sa chambre. Un court passage par la salle de bain pour utiliser les toilettes et …

- « Hiiiiiiii …. ! »

Il fut reçu par un cri aigu, qui lui transperça les tympans. Il referma la porte derrière lui, en se disant que si il avait mis des verrous à l’intérieur des sanitaires, c’était justement pour ne pas éprouver la gêne que l’on peut ressentir en étant découvert complètement nu. Il avait à peine eu le temps de voir quelque chose, Lilia s’étant cachée derrière une immense serviette. Greg trouva étranges ce cri et ce comportement. Il attendit quelques minutes, jusqu’à ce qu’elle se décide à sortir de la salle de bain. La porte s’entrebâilla, laissant surgir une tête blonde à l’air effrayé.

- « Bonjour, Monsieur Milley. »

L’homme connaissait ce ton de voix, puisqu’il avait hébergé, pendant un temps, son acolyte, Matt Murder, et sa jeune sœur. Pourquoi, comment, il ne le savait pas, mais c’était apparemment l’âme de la jeune fille qui avait repris le dessus sur son frère. A moins que ce dernier, que Greg savait être le plus fort mentalement, n’ait laissé volontairement le contrôle à la seule et unique famille qu’il lui restait. Il n’avait pas revu la jeune fille depuis quelques années, ce qui explique qu’il ne l’ait pas reconnu tout de suite, lors de sa première entrevue avec son ancien associé. A l’époque où il les hébergeait, elle était plus enfant et moins femme, et un peu plus rondelette aussi.

- « Bonjour, Lilia. »

Il n’insista pas, de peur de révéler quelque chose que Matt aurait oublié de lui préciser.

- « Comment suis-je arrivée chez vous ? »
- « C’est toute une histoire, et je n’ai pas le droit de t’en parler, du moins pour l’instant. »
- « C’est Matt qui vous a demandé de vous occuper de moi ? »
- « On peut dire ça comme cela. »

La situation se compliquait. Non seulement l’une des ancres spirituelles de l’ancien assassin était aux mains d’une créature vénale et puissante, mais en plus, en guise de paiement, celle-ci exigeait que Matt retourne à Paragon pour tuer une romancière célèbre. Et, pour couronner le tout, la jeune sœur du meurtrier avait repris le dessus. Elle ne donnait pas mine de vouloir sortir de la salle de bain.

- « Est-ce que je peux y aller, maintenant ? Ca presse ! » demanda Greg.
- « Est-ce que vous auriez des … » Lilia rougissait jusqu’à la racine des cheveux. « Enfin, je veux dire des trucs pour mes choses ? »

Il fallut une bonne minute à l’homme pour comprendre de ce dont elle parlait. Il poussa un soupir compréhensif.

- « Dis-moi, tu crois que j’ai une tête à avoir l’usage de ça ? » lui fit-il. « Non, je n’en ai pas. Ne bouge pas, je vais jusqu’à la pharmacie voir si je te trouve ça. »
- « Prenez-en pour ‘abondants’, s’il vous plait. » Elle devint cramoisie en évoquant cela.
- « Me manquait plus que ça ! »

Il quitta son appartement après avoir pris son pardessus, et vérifié qu’il avait de la monnaie sur lui, puis alla directement à une pharmacie, la plus proche qu’il trouva. Le temps que l’apothicaire trouve son bonheur, il emprunta les toilettes de l’office, n’ayant pu se soulager chez lui.

- « Il y’a un truc. » pensa t’il. « Matt disparaît, sa sœur revient, pilepoil le jour où ses ragnagnas débarquent. »

Content d’avoir trouvé la solution à ce qu’il s’était passé, il revint chez lui, la précieuse boîte dans la poche. Il répondit son nom à la petite voix qui demanda « qui c’est ? » lorsqu’il franchit le seuil de son appartement, et plaça son achat dans la main de la jeune fille, qui seule dépassait de la porte de la salle de bain, en s’agitant, paraissant réclamer quelque chose.

- « Si ce n’est pas trop te demander, Lilia, la prochaine fois, tourne le verrou. Ca m’évitera d’avoir à supporter tes hurlements hystériques. »
- « Je suis désolée. » répondit elle, la voix étouffée par la porte close.

Elle fit surface une dizaine de minutes plus tard, dans une tenue propre empruntée à Milley. Les manches et le bas du pantalon avaient été roulés, pour convenir à la fluette jeune fille. Elle vint en cuisine, dans la même pièce que Greg, puis prépara son petit déjeuner. Elle avait vécu assez longtemps avec Matt et son agent pour savoir où ce dernier rangeait ses affaires. Milley étant maniaque de l’ordre, ses habitudes n’avaient pas changé depuis des années.

- « Tu n’as vraiment aucune idée de la façon dont tu as atterri ici ? » demanda l’homme.
- « Non, c’est tout flou. La dernière chose dont je me souviens, c’est d’avoir été convoquée dans le bureau du directeur de l’asile où je me trouvais, et puis après, plus rien, le trou noir. »
- « Hum. » répondit Greg. « Tu as grandie, Lilia. »
- « Oui. Au fait, où est Matt ? Il est sorti de prison ? »
- « Lilia, quel jour sommes-nous ? »
- « Et bien, le 12 Avr… »

Greg Milley lui montra le calendrier. Sur celui-ci, on pouvait lire la date du 5 Mai. Les jours d’avant étaient barrés. L’homme était vraiment maniaque jusqu’au bout.

- « C’est une blague ? »

L’homme préféra monter une histoire vraisemblable, et c’est, se dit-il, probablement ce que Matt attend de moi. Il prit un air sérieux, et la jeune fille le regarda dans les yeux. Menteur patenté, Greg aurait pu envisager une carrière politique si il n’était aussi fuyant devant les risques.

- « Tu as des pertes de mémoire, Lilia. » lui dit il, de but en blanc.
- « Des pertes de … ? »
- « De mémoire. Tu vas vivre pendant pratiquement un mois, puis, d’un seul coup, tu ne te souviendras de rien. Ca fait depuis le 12 Avril que j’ai été te chercher. A l’asile, ils pensaient qu’un proche serait le mieux pour te garder. Aussi, comme j’étais un ami de ton frère, on m’a demandé de m’occuper de toi. Ca ne te dérange pas ? »
- « Non. »
- « Quand à Matt, tu dois savoir ce qu’il en est, pas vrai ? »
- « Ils … ils l’ont … »
- « Je suis désolé, tu sais. Matt était un bon ami, quoique d’un naturel un peu sombre. »
- « Qu’est-ce que je dois faire ? »
- « Ben, pour les trois prochains jours, rien, si ce n’est rester chez moi. Après, nous verrons. Les toubibs m’ont dit qu’il était risqué pour toi de sortir. Si ça ne te dérange pas, je préfèrerais que tu ne sortes pas. Si il y’a de l’amélioration, je t’emmènerais faire les boutiques. »
- « D’accord. »
- « Maintenant, tu m’excuseras, mais j’ai encore du boulot. »

Greg Milley supervisait une dizaine d’assassins, et centralisait toutes leurs opérations, pour être sûr d’obtenir le meilleur de ses agents. Cela faisait maintenant une dizaine d’années que le jeune homme s’était spécialisé dans cette branche. Il ne prenait pas part aux assassinats, mais ses commanditaires savaient qu’il se démenait pour trouver la personne apte à exécuter un contrat. Il alla dans sa chambre, pris son téléphone portable, un modèle haut de gamme, et commença à s’en servir. Il composa un numéro, puis deux autres, laissant des messages sur des boîtes vocales.

Ensuite, il l’appela directement.

- « Mademoiselle Pirelli ? Bonjour, Greg Milley à l’appareil. Vous me remettez ? »
-« Oui. L’agent de la petite pimbèche. »
- « Vous vous souvenez de moi, tant mieux. Concernant notre petite affaire, je me demandais si l’identité du tueur de Ely Caston revêtait une quelconque importance à vos yeux ? »
- « Pourquoi ? »
- « Disons que, dans l’état où vous avez laissé mon associée, hier soir, je crains fort de ne pouvoir répondre à votre requête dans l’immédiat. »
- « Dans ce cas là, c’est à moi de dire tant mieux. J’ai réfléchi. »
- « Vous préférez renoncer ? »
- « Non, mais il y’a autre chose dont j’aurais besoin. »
- « De quel ordre ? »
- « Sa tête. »
- « Quoi ? »
- « Ramenez-moi la tête de l’écrivain, et je vous promets qu’en plus du médaillon, vous toucherez une récompense substantielle. »
- « Est-ce pressé ? »
- « Non, prenez votre temps pour l’instant. Cependant, le jour où j’appellerais pour l’obtenir, il me la faudra dans les heures qui suivront. Sinon, adieu le médaillon. »
- « Y’a-t-il d’autres conditions ? »
- « Non. »
- « La tête doit être réfrigérée, ça risque d’être compliqué d’aller et venir de Paragon avec ça sous le bras, et … »
- « Voyons, Monsieur Milley. Je me suis renseignée. Je sais parfaitement de quoi vous êtes capable. Et, pour la petite histoire, vous n’aurez nul besoin d’un caisson cryogénique ou autre gadget dans le style. Ce qu’il me faut, précisément, ce sont les os de son crâne. Après, la chair, vous pouvez la manger si vous le désirez, ça m’est bien égal. »
- « Non merci. »
- « Cependant, et j’insiste là-dessus, les os doivent être intacts. »
- « Vous êtes une cliente difficile ! »
- « Je vous promets que la récompense que vous en tirerez saura largement vous dédommager de la peine occasionnée. »

Elle lui raccrocha au nez. Greg manipula son téléphone portable, y entrant les données de l’opération. Il entendait, dans la cuisine, Lilia qui s’affairait. Il vint voir ce qu’elle fabriquait.

- « Je prépare le déjeuner. » lui répondit-elle.
- « Je ne sais pas si j’ai grand-chose dans le frigo. » avoua t’il. « Je devais justement aller faire des courses. »
- « Vous pourriez me ramener … »

Elle ouvrit le réfrigérateur, et compta les aliments présents.

- « Du lait, des endives, des tomates. Un peu de vin blanc, aussi. »
- « Attends, attends, je n’ai pas fini ! » lui fit il, alors qu’il notait, toujours sur son portable, la liste de courses.
- « Je crois que ce sera tout. »
- « Sinon, j’en serais quitte pour une nouvelle escapade. Bon, Lilia, je ferme derrière moi, n’ouvre à personne. Et si jamais il y’a des cambrioleurs … »
- « Vous avez une arme à feu cachée dans l’oreiller de votre lit, celui de droite. »
- « Je me demande si ce toubib de malheur a raison à ton sujet. Tu me sembles avoir une excellente mémoire. » ajouta Greg, pour continuer à jouer sa comédie. « Ca doit être partiel, comme amnésie. »
- « Oui. Parce que, avant celle-là, je me rappelle bien de tout. »
- « Bon, sois sage, je reviens. »

Il prit de nouveau son pardessus, mit son portable dans la poche intérieure, ferma la porte derrière lui et descendit les escaliers. Dehors, il releva le col de son manteau, pour lutter contre la fraîcheur matinale, avança vers une ruelle sombre, et, dans celle-ci, ressortit son téléphone de la poche. Il composa un numéro, qu’il n’avait jamais enregistré. La tonalité retentit deux fois, puis quelqu’un décrocha.

- « Miss Ethel Cut ? Je m’appelle Greg Milley, je suis une sorte d’agent pour les assassins. Ne vous inquiétez pas, j’ai eu votre numéro par une vieille connaissance commune. J’aurais une affaire à vous proposer. »

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