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 Butcher Knives

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Poulpe
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MessageSujet: Butcher Knives   Mar 6 Mai - 18:23

Note de l'auteur : Mala Vida ne m'inspirant pas, j'ai préféré me tourner vers un nouveau BG ! RIP Mafalda Van Den Hoeck, bienvenue à Sam Pender Very Happy

Butcher Knives, le non-mort (Rôdeur Double Lames/Armures Obscures)

Jonas Retzik rentrait chez lui, après une longue journée passée à négocier avec difficultés le tarif de ses marchandises. La crise touchait tout le monde. Ses clients n’étaient pas épargnés, et lui non plus, par extension. Il était grand, blond, sec, le front large, quelques rides au coin de lèvres et des yeux. Son costume blanc était bien coupé, très présentable, et ses souliers vernis, de marque italienne, resplendissaient à la lueur de la lampe du couloir. Il devait avoir environ une quarantaine d’années.

- « Juliet, c’est quoi qui pue comme ça ? » cria t’il, à l’attention de sa femme, après avoir reniflé l’air ambiant.

Juliet Svorak était son épouse, une grande brune qu’il avait fait venir de Roumanie, à grands frais. Il l’avait choisi docile et domestique, en somme une sorte d’animal de compagnie, un jouet pour égayer ses soirées. Il régnait dans l’atmosphère comme un parfum de pourriture, une odeur de champignon moisi en cours de décomposition.

- « Juliet ? »

Il n’entendit qu’un gémissement et quelques pleurs. Il porta aussitôt la main à son aisselle, et en sortit un revolver de fort calibre. Depuis le collège, Jonas Retzik travaillait dans les stupéfiants. Non pas à la brigade du même nom, mais en tant que fournisseur et revendeur de produits illégaux. Il avait connu de belles années, mais la récession, et la concurrence sévère, l’avait forcé à revoir sa position, notamment vis-à-vis de certains grands groupes, telle la Famille. Auparavant, à la belle époque, Retzik avait des gardes du corps. Maintenant qu’il travaillait pour les Marcone, son train de vie avait considérablement baissé. Du même que ses fréquentations.

Nombre de ses anciens associés n’avaient pas vu d’un bon œil ces italiens se mêler de la gestion de leur petit groupe de dealers. Ce fut d’abord le contrôle des approvisionnements, puis de l’écoulement, et enfin des stocks. Lorsque les membres de la famille Marcone en était arrivé à ce stade, il ne restait plus que Retzik, qui avait passé les épreuves avec succès. Les mafieux savaient désormais qu’il ne se servait pas dans les réserves pour son intérêt personnel. Et qu’il se montrait méfiant à leur égard. Les anciens associés de Jonas étaient tous morts, mais aucun de mort naturelle.

Il entra dans le salon, arme au poing, allumant la lumière qui était éteinte, mais écoutant avec suspicion les pleurs de son épouse. Dans la pénombre, il l’avait vu, accroupie à côté d’un fauteuil, tourné vers la baie vitrée. Une main lui caressait les cheveux, tendrement, délicatement. Jonas ne craignait pas d’allumer la lumière et de voir son épouse bafouée, les vêtements déchirés, battue comme plâtre. Il lui avait déjà fait subir pire. A chaque fois qu’elle se rebellait, au début de leur union, il la laissait en pâture à certains membres de la Famille. Elle avait tellement souffert qu’un viol de plus, selon Jonas, ne la ferait pas pleurer.

La lumière illumina un salon moderne, aux lignes cassées. Les murs étaient recouverts de toiles d’art contemporain, aux figures compliquées. Aucun grand nom n’y figurait. Jonas faisait parti de ces amateurs d’art moderne, qui estiment savoir lorsqu’un artiste a du talent, et qui achètent leurs œuvres à bas prix, en espérant qu’un décès inopiné ne fasse monter la côte des tableaux. Les meubles étaient blancs et noirs, disposés comme les cases d’un échiquier. Le lampadaire avait des allures de sculpture psychédélique. Dans l’ensemble, le salon faisait penser à une salle destinée à tourner des films pornographiques. Et, en l’espèce, en compagnie de sa femme et d’une demi-douzaine d’invités triés sur le volet, il y avait effectivement eu un tournage ici.

La main continuait de caresser les cheveux de la femme, sans sembler avoir été gênée par la clarté. Du haut du fauteuil, Jonas voyait un crâne dégarni, dont la seule chevelure se regroupait en une longue mèche de fils gris. Il pensait à quelques films où des barbares étaient coiffés de même. Il devinait la présence d’armes blanches, en voyant les fourreaux posés sur la table basse, sales et répugnants ouvrages, maculés par la boue. Il remarqua que l’odeur de moisissure était plus forte dans cette pièce.

- « Juliet ? » questionna t’il.

Elle tourna la tête, et il vit son visage, les traits déformés par la terreur. D’ordinaire, on lui donnerait dans les vingt-cinq ans, bien qu’elle en ait trente passés. A ce moment précis, Jonas avait cru que sa femme venait, d’un seul coup, de franchir le seuil des cinquante ans. Ses yeux étaient emplis d’effroi, et certains de ses cheveux avaient blanchis, comme si une peur immense lui avait décolorés. Elle ne paraissait pas avoir été malmenée. Ses vêtements étaient intacts. Elle avait dû se contenter de se laisser ainsi cajoler, par cette main. En détaillant cette dernière, Jonas eut un haut-le-cœur. Il savait maintenant d’où venait l’odeur de pourriture, mais ne pouvait pas comprendre comment la personne dans le fauteuil pouvait encore bouger.

Et pourtant, elle se leva, dévoilant un dos décomposé, sur lequel reposait une chaîne métallique qui devait être attachée sur le torse. La créature laissa Juliet Svorak s’éloigner d’elle, et se réfugier dans un coin de la pièce, mains sur le visage. La chose en décomposition s’empara, toujours en tournant le dos, de deux épées plantées dans les accoudoirs du fauteuil. Elle ne semblait pas s’émouvoir du fait d’avoir un revolver pointé sur elle. Puis elle se tourna vers Jonas.

- « Tu as mis le temps pour rentrer, Jonas. J’ai failli m’impatienter. »

Le visage de l’être inhumain était aussi détruit que le reste du corps, et Retzik comprenait pourquoi sa femme tremblait de peur en se laissant ainsi caresser les cheveux. Jonas avait déjà vu des dizaines et des dizaines de films d’horreur, ou les morts revenaient, parfois sous la forme de cadavres se nourrissant des vivants. C’était exactement ce genre de créature qu’il avait en face de lui. Son arme tremblait légèrement dans sa main.

- « Qui êtes-vous ? »
- « Voyons, Jonas, tu m’as déjà oublié ? »
- « Je vous connais ? »

Il faut dire pour la défense de Jonas que la chose en face de lui n’avait d’humain que la forme en général. Il était dur de mettre un nom sur un visage sur lequel manquait le nez, avec des yeux blancs et vides, les joues laissant voir de larges déchirures par lesquelles les dents apparaissaient. Conformément à ce qu’avait pensé l’homme, la chaîne était reliée sur le torse, par un gros anneau métallique. La chose avait eu la délicatesse de mettre un pantalon élimé, dont le bas n’était que lambeaux, afin de cacher une partie de l’anatomie.

- « Rappelle-toi, nous nous sommes déjà vus. Certes, à l’époque, j’étais un peu moins mort et un peu plus vivant. Ma voix ne te dit rien ? »

C’était un ton rauque, étouffé par la décomposition progressive de l’intérieur, et Jonas ne pouvait se souvenir de quiconque, parmi ses relations, qui eut une voix pareille.

- « Bon sang, à quoi tu joues, espèce de monstre ? Je ne te connais pas. Casse-toi de chez moi. »
- « Ni à la voix, ni à l’apparence, tu ne me reconnais, alors ? C’est peut-être dû à mon état, non ? » De l’ironie à l’état pur. « Alors, par une date, peut-être ? »
- « Une date ? »
- « Onze Octobre mille neuf cent quatre vingt dix huit. »
- « Ecoutes, l’horreur. J’ai presque quarante ans, ma mémoire me fait défaut. »
- « Ho, c’est à ce point ? Je n’ai pas oublié, moi. Pourtant, je suis mort ! » La chose ricana, ce qui choqua Jonas. Ce genre de créature n’était pas censé connaître l’humour. « Des faits, alors, en concordance avec cette date ? »
- « Sois explicite, comme ça, tu seras à même de partir au plus vite d’ici ! »
- « Onze Octobre mille neuf cent quatre vingt dix huit, à vingt-trois heures, Independence Port. Une grosse livraison de drogues. Intervention d’un groupe armé de la Police de Paragon. »

Le visage de Jonas s’éclaira, comme frappé par l’illumination. Ses yeux s’ouvrirent en grand, marqués par le retour soudain d’un souvenir enfoui depuis longtemps dans la cervelle de Retzik. Il avait tué tellement de gens, en appuyant sur une gâchette ou en vendant une dose trop forte de drogue. Alors, pourquoi ce nom ressortait-il plus qu’un autre ?

- « Sam Pender. »
- « Monsieur l’officier de Police Samuel Pender. » se présenta le zombie.
- « Tu es mort ! »
- « Tué par toi. Alors qu’en souvenir de notre vieille amitié, j’envisageais de te laisser t’enfuir. »

Ils s’étaient connus au collège. Sam Pender, bon élève, travailleur et honnête, et Jonas Retzik, truand en puissance. En dépit de ce qui a pu être dit sur leur amitié, celle-ci n’a failli qu’après leurs études, lorsque Retzik a franchement avoué appartenir au monde du crime organisé, et que son ami Sam Pender, lui, entrait dans les forces de Police. Ils se sont revus, après, au cours de gardes à vue et autres arrestations. A chaque fois, en souvenir de leur vieille amitié, Sam s’arrangeait pour trouver une faille dans la procédure d’interpellation, et, une habitude étant prise, répétait inlassablement à Jonas de se tenir à carreau.

Ce soir-là, la Police avait reçu un tuyau anonyme, concernant une grosse livraison sur Independence Port. En compagnie de quelques héros, les agents avaient réussi à cercle la zone. Jonas Retzik s’était servi de son ami pour s’enfuir. Et, lorsque celui-ci l’eut mis à l’abri, il lui tira dans le dos, trois balles de fort calibre, estimant que la Famille Marcone ne serait pas ravie de savoir que ses membres avaient été arrêtés, alors que Retzik s’en était sorti à moindres frais. Pour donner le change, il avait décidé de faire croire qu’il avait tué un flic pour s’échapper.

Jonas, après que les souvenirs se soient envolés, tira une balle. Le projectile entra dans le torse du mort-vivant, et n’en ressortit pas. Cependant, cela ne donnait l’impression que d’avoir un impact limité sur le nouveau Sam Pender. Juliet avait enfouie sa tête dans ses vêtements, en couinant. Le zombie, lui, regardait le trou dans son corps avec un certain intérêt. Il lâcha l’une de ses épées qui se ficha dans le sol, introduisit deux doigts de sa main libre dans son propre corps, en passant par la plaie occasionnée par l’arme de Jonas, et fouilla librement, pendant que l’orifice crachait un sang noir et liquide, devant un Retzik complètement éberlué, si choqué qu’il ne parvenait pas à prendre ses jambes à son cou.

Le zombie retira la balle de son corps, et la laissa tomber au sol.

- « Je suis déjà mort, Jonas. J’en ai pris trois similaires dans le dos. Alors, une de plus, une de moins. »

Jonas fit un demi-tour, préférant la fuite, mais il n’eut même pas l’occasion de franchir la porte. Pender l’avait attrapé par la tignasse, de la main gauche, lui avait donné un coup de pied dans la rotule, ce qui fit tomber l’homme à genoux. Toujours en le tenant par les cheveux, le zombie leva haut l’épée dans sa main droite, et orienta son visage vers le plafond.

- « Seigneur, après cela, j’accepterais votre jugement ! » cria t’il.

Il abattit son arme sur le cou de sa victime, lui arrachant net la tête, qui tomba au sol et roula sur quelques centimètres. Un cri aigu retentit. Juliet avait renoncé à se cacher, et avait hurlé en voyant le cadavre procéder à l’exécution de son mari. Pender resta quelques secondes, bras écartés, l’épée ruisselante de sang, gouttant sur la moquette. Puis, il renonça à sa posture quasi-divine.

- « Merde, encore raté ! »

Il s’empara, dans une poche de son pantalon, d’un petit calepin noir, ou il barra quelques mots, sans prêter attention aux pleurnicheries de la femme. Il soupira, si tant est que l’on puisse appeler soupir une telle exhalaison de pourriture. Il s’agissait plutôt d’évacuer les gaz de décomposition accumulés dans le corps du mort-vivant.

- « Apparemment, la vengeance ne m’apporte pas la délivrance. » fit il, plus pour lui-même que pour la femme.

Il jeta ensuite un regard à celle-ci, prostrée, à genoux au sol, tremblante de tous ses membres. Il alla jusqu’au cadavre décapité de feu son mari, le retourna pour lui retirer la veste, légèrement imprégnée de sang tout de même, puis vint jusqu’à elle pour lui poser le vêtement sur les épaules. Le regard de Juliet passa de la terreur à l’étonnement le plus complet. Elle avait cru qu’il lui apporterait la mort, comme à son époux, mais au lieu de cela, il se contentait de lui donner de quoi stopper ses tremblements.

- « Lorsque les flics arriveront, tu n’auras qu’à leur dire que Butcher Knives est passé. Ils me connaissent et savent quelles sont mes habitudes de travail. Ils te ficheront la paix, comme ça, tu ne seras même pas suspecte. » Il eut un reniflement et un ricanement. « Et puis, rien qu’à l’odeur, ils sauront que je suis passé ! »

Il termina avec un rire sinistre, et reprit son autre épée, toujours plantée dans le sol. Puis il se rendit jusqu’à la table basse où il récupéra les deux fourreaux, qu’il accrocha à sa ceinture. Ensuite, il glissa ses deux armes dedans, avant de s’engouffrer dans le couloir. La femme cria au moment où le mort-vivant allait franchir la porte. Elle rassembla tout son courage pour passer au dessus du corps de son défunt mari.

- « Pourquoi vous ne me tuez pas ? »
- « Je ne tue qu’en deux occasions. Soit dans l’espoir de mettre fin à mon état actuel, soit pour de l’argent. Tu ne rentres dans aucune de ces catégories. »

La porte claqua, la laissant seul avec le cadavre sanguinolent de son mari. Elle s’appuya sur le mur, s’affaissant doucement. Elle ne reprit ses esprits que lorsque la Police arriva sur place, se laissant manipuler telle une poupée docile, avant de réaliser que cette créature lui avait fait obtenir ce qu’elle désirait depuis des années, sans oser l’espérer.

La liberté.

Parmi les officiers de Police qui défilèrent pour l’interroger, aucun ne sembla comprendre pourquoi cette femme avait autant pris la défense de Butcher Knives. En revanche, personne ne sembla choqué d’apprendre que Butcher Knives était en fait le décédé Samuel Pender, comme si le fait leur était déjà connu.

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MessageSujet: Re: Butcher Knives   Mer 17 Déc - 15:59

Marion Galley rentra dans l’appartement insalubre qui lui servait de foyer. Sans allumer la lumière du couloir, elle posa son manteau en fourrure sur le crochet de l’entrée, puis se rendit dans la salle de bain, sans même s’arrêter. Là, elle alluma le néon d’éclairage, et constata l’étendue des dégâts.

Ses cheveux châtains, d’ordinaire coiffés proprement, étaient en fouillis. Le côté gauche de son visage présentait un œil tuméfié, aux abords rouges, et une larme perlait au coin. Un bleu descendait de son oreille jusqu’à son cou. Elle effleura, du bout du doigt, sa plaie, et émit un gémissement de douleur. Son proxénète ne l’avait pas raté. Sûr qu’elle mettait un peu d’argent de côté, à chaque passe, mais ce n’était pas avec tout ce qu’il leur prenait que ses gagne-pain pouvaient s’offrir une vie décente. Aussi toutes les filles de Mario Cantale exigeaient un tarif un peu plus cher, et gardaient la différence. Marion ne faisait pas exception, mais elle venait de servir d’exemple pour les autres.

Une autre larme coula de son œil valide, consécutive à la réminiscence de son passé. Du temps qu’elle travaillait à Paragon City, elle était bien mieux traitée. L’homme qui l’employait traitait ses femmes comme des jouets précieux, avec un soin non mesuré. Malheureusement, la boutique fut reprise, de force, par les italiens de la Famille, et les filles réticentes remplacées par des professionnelles plus rentables. C’est ainsi que Marion arriva sur les Insoumises avec le premier convoi.

Soudain, elle sentit une odeur. Une odeur désagréable, mais très familière. Il apparut dans l’encadrement de la porte.

- « Et bien, ma fille, il ne t’a pas raté. » Elle éclata en sanglot.
- « J’en peux plus. » pleurait-elle.

Si l’homme à la porte avait encore été un homme, avec les attributs que l’on en attend, elle se serait jetée dans ses bras, pour être consolée. Hélas, Samuel Pender ne pouvait répondre à ses attentes, tant par la tendresse que pour des aptitudes plus physiques. Abattu par un ami d’enfance, devenu malfrat, l’ancien officier de Police s’était relevé d’entre les morts, et, inlassablement, depuis maintenant quelques années, tentait par tous moyens d’en finir avec cette existence. Car si l’esprit était encore vif et alerte, le corps continuait doucement sa décomposition.

Il avait rencontré Marion lors d’une de ses nombreuses chasses aux informations. La prostituée avait pour client quelques notables affiliés à des organisations souterraines. En échange de quelques subsides, elle lui vendait des indices, comme la localisation desdits clients. Sa présence en ce jour, chez elle, signifiait qu’il avait quelque chose à lui demander. Après avoir séché ses larmes avec un mouchoir, elle reprit son courage à deux mains.

- « Comme tu peux le constater, Sam, je ne suis pas en état de t’aider. »
- « Qu’est-ce qu’il se passe ? »
- « Mario … » commença t’elle. « Il nous prend tout, ne nous laisse pratiquement rien, à peine de quoi nous payer un logement décent et de quoi manger. »
- « Vous avez voulu lui prendre un peu plus et il s’en est aperçu … »
- « J’en ai assez. » fit la femme. « Je vais … qui sait, peut-être devenir comme toi ! »
- « Le suicide n’est pas une solution. »
- « J’en ai plus qu’assez, Sam. Je n’en peux plus de cette vie. Si tu as une autre solution … »
- « Tu l’as en face de toi. »
- « Quoi ? »
- « Je te propose un deal. En échange de mes renseignements, je te propose de te débarrasser de ce Mario. Je ne demande pas grand-chose. Son nom, un endroit où je peux le trouver. Je me charge du reste. »
- « Mais … »
- « Aucune inquiétude. Personne ne sait que tu me vends des infos. La Famille ? Peuh ! Je suis déjà mort, je ne vois pas ce qu’ils pourraient me faire ! »
- « Si tu tues Mario, il y’en aura un autre pour prendre sa place. »
- « Donc, en fait, il faut que je lui ordonne de te laisser la vie sauve ? »
- « C’est trop compliqué, Sam. Laisse-moi me débrouiller. Tu as besoin de quoi ? »
- « Je cherche un gars. Billy Cash. Il travaille comme assistant chez Crey, pour un toubib qui étudie le dépérissement cellulaire. J’ai besoin de rencontrer ce docteur. Pour cela, il me faut un marchepied vers lui. »
- « Je vais demander à mes copines de me rencarder sur lui. » promit-elle. « Maintenant, sors de chez moi, tu empestes ! »

Il obtempéra, mais au lieu de sortir par la porte, quitta l’appartement par la fenêtre donnant sur la cour arrière. Il visait une benne à ordures, pour se laisser tomber dedans.

- « Ho, Marion … » fit-il, en tournant la tête.
- « Quoi, encore ? »
- « Peu importe ce que tu penses. Ton Mario, je vais m’occuper de son matricule ! »
- « Mais … »
- « Mais rien du tout. Tu es une bonne informatrice, et si je te perds, je perds plus de la moitié de mon réseau. Je vais t’obtenir ta liberté. Tu pourras travailler pour toi, après. »

Il se laissa ensuite choir, tombant comme une pierre, et atterrit avec un choc sourd au milieu des ordures. L’odeur des déchets serait un moindre mal à côté de la sienne, un mélange de chair en décomposition, de pourriture, de fluides avariés. On aurait même tendance à dire que cela le ferait sentir moins mauvais. Il se releva, sans montrer un seul instant qu’il venait de chuter du cinquième étage, et disparut par la porte cochère donnant sur les ruelles sombres et étriquées de Cap au Diable, avec un objectif bien précis en tête.

Il fit ensuite sa réapparition à Port Oakes. La nuit était bien avancée. Même les coupe-gorge, en cette heure, étaient désertés. Il y avait, tout au plus, quelques rondes menées par des soldats Arachnos, dont aucun ne perçut la présence d’un individu fort singulier, se déplaçant d’ombre en ombre, avec la furtivité d’un caméléon, la souplesse d’un chat … et l’odeur d’un fossoyeur. Tout au plus l’un des soldats enguirlanda t’il l’un de ses compères, croyant que celui-ci venait de lâcher un gaz incongru.

De fait, même si Butcher Knives demandait à Marion Galley une adresse où dénicher Mario Cantale, il avait déjà pris des dispositions à ce sujet. Même si il était mort, et incapable de s’accoupler, il conservait une certaine idée de la beauté féminine, qu’il avait retrouvé incarnée dans le corps de cette prostituée. Cela faisait quelques temps qu’il connaissait le parcours exact du proxénète, de son appartement jusqu’au bureau de son employeur. Les murs projetaient l’ombre de la lune sur les routes, facilitant le passage au mort-vivant, qui se rendit jusqu’à l’un des nombreux repaires, où le dénommé Mario testait, si l’on peut dire ainsi, ses filles.

Les portes étaient gardées, bien entendu, mais Sam était passé maître dans l’art de se glisser derrière les soldats les plus expérimentés, sans que ceux-ci ne puissent le détecter. Patiemment, il attendit une dizaine de minutes, que l’un des gardes décide d’aller soulager un besoin urgent dans la ruelle attenante à l’immeuble. Il ne revint jamais à sa place. Son collègue, inquiet, vint voir ce qu’il faisait. Il tomba sur un spectacle horrible. Celui qui était parti se soulager gisait au sol, les entrailles se répandant dans les caniveaux. Son vivant compagnon remarqua, avant de vomir, que son compère avait été ouvert de haut en bas, de la moitié du dos jusqu’aux parties génitales. Les os avaient été broyés, cassés net par une arme tranchante, et avec une force peu commune, son agresseur avait poursuivi le charcutage, même si sa victime était morte dès le premier coup.

- « Hé, ne vomis pas là. » lui fit une voix, sortie des ténèbres, tandis que le garde vivant s’appuyait au mur, pour cracher tout son dîner.

Il se retourna vivement, la main dans la poche, pour saisir son revolver glissé dans le holster, mais ne put le sortir. Une main décomposée le bloqua dans cette posture, l’empêchant de bouger le bras droit. L’assaillant ne prêtait aucune attention au bras gauche. Il faut dire que le garde de la Famille était terrifié par l’être qui lui tenait le bras. Un cadavre ambulant, aux chairs inertes, décomposées, souriant de ses dents décalées, dans un rictus abominablement mauvais, avait tout pour faire perdre son courage à l’homme.

- « Mario est là ? » demanda Butcher Knives. Il ne vint même pas à l’esprit de l’autre de mentir.
- « Oui. »
- « Quel appartement ? » Les réflexes de menteur revinrent.
- « 6C. »
- « Perdu, 7C. Je ne peux donc pas te faire confiance. »

Sam lâcha le bras pour saisir le mafieux à la gorge, laissant celui-ci sortir son revolver avec silencieux. Le mort-vivant se servit de son autre main pour attraper l’une de ses lames, offrant l’opportunité à son prisonnier de faire usage de son arme. Les quinze balles de du pistolet venu de l’ancien empire soviétique, acheté à prix d’or au marché noir, traversèrent le corps de Butcher Knives, sans lui causer de réels dommages. L’autre, au contraire, semblait plutôt s’en amuser. La lame s’abattit deux fois sur le bras du mafieux qui tenait le revolver, et celui-ci tomba au sol. La main placée sur la gorge faisait son office. La pression était telle qu’il ne pouvait crier, de rage comme de douleur. Encore un coup, et le garde rejoignit son collègue. La pomme d’Adam fut arrachée d’un coup de pommeau encore plus incisif que les coups d’épées.

Mario, en train de s’amuser avec une jeune roumaine fraîchement débarquée de son pays natal, ne savait pas qu’il venait de perdre sa seule et unique protection. Il était un peu grassouillet, ressemblait à un playboy qui se serait légèrement laissé aller, une sorte d’Elvis Presley du crime. La fille paraissait écoeurée de devoir se laisser manipuler, mais n’opposa pas de résistance. Ils furent interrompus, alors qu’il déballait son paquet à la demoiselle, par quelques coups frappés à la porte.

- « Qui c’est ? » hurla Mario, avec un fort accent italien.
- « J’ai un message pour monsieur Mario Cantale. »
- « Ca peut pas attendre ? »
- « Non, c’est vraiment très urgent. »

Mario, confiant en ses gardes, persuadé que ceux-ci n’auraient pas laissé entrer quelqu’un sans raison valable, enfila une robe de chambre, se rendit à la porte, déverrouilla la serrure … et fut repoussé violemment par une forme décharnée, à l’odeur méphitique, qui l’obligea à reculer jusqu’au mur, qui lui plaçait, juste sous la jugulaire, le tranchant d’une lame affilée. Mario heurta la paroi, sur la pointe des pieds, pour ne pas être égorgé de suite. Butcher Knives s’adressa à la fille, paniquée, se cachant sous le lit.

- « Toi, en dessous du lit, tu te rhabilles, et tu rentres. »
- « Oui. » répondit-elle, avec son accent d’Europe de l’Est.

Sitôt dit, sitôt fait, sans même prendre le soin d’enfiler correctement ses affaires, elle quitta la pièce, laissant Mario en tête-à-tête avec celui qui représentait sa mort. Sam le frappa au ventre, et recula sa lame, le laissant se plier en deux, et tomber à genoux au sol.

- « Tu sais qui je suis, Mario ? »
- « Bordel, bien sûr que non ! »
- « Mauvaise réponse. »

Il lui colla son pied décomposé directement dans le nez, lui arrachant un cri de douleur. Mario porta ses mains à son visage ensanglanté. Avant qu’il n’ait pu réagir, Sam posa sa main sur son crâne, et appuya un coup sec pour lui faire heurter le plancher, faisant crier, une nouvelle fois, le mafioso.

- « Alors, Mario, la mémoire te revient ? »
- « Bu … Butcher Knives. » répondit le gras individu.
- « Parfait. Tu as une fille, sous tes ordres, du nom de Marion Galley, pas vrai ? »
- « Non, ‘connais pas. » Un coup de pied s’abattit sur le crâne de Mario, le faisant hurler de douleur.
- « Comme tu as pu le constater, j’en sais bien plus que tu ne le crois. Je sais que tu connais mon nom, je sais que tu tiens sous ta coupe une prostituée qui s’appelle Galley, et j’ai encore de la marge. »
- « Qu’est-ce que tu veux, bon sang ? »
- « Je ne veux plus que tu la touches. Je ne veux plus qu’aucun de vous ne la touche. Je sais avec qui tu travailles, et je sais de quels moyens ils disposent. Une fille de plus ou de moins, qui s’en rendra compte, après tout ? »
- « … »
- « Pourquoi est-ce que je fais ça, te demandes-tu ? Je n’ai pas à te donner la réponse. Sache seulement que je resterais en contact avec elle. Si elle ne me donne pas de nouvelles, ou si elle disparaît mystérieusement, je te crève. Et si ça ne suffit pas, je rajoute ton boss, pour faire bonne mesure. Et tout ceux qui se mettront en travers de mon chemin. Et si vous ne me croyez pas, je vous conseille d’aller voir dans quel état j’ai mis vos deux copains. » Il attrapa Mario par les cheveux. « Alors ? »
- « D’accord, on ne touchera plus à Marion Galley ! » cria le mafioso, espérant que cela suffirait à calmer l’assassin.
- « J’ai comme l’impression que tu manques un peu de conviction. »

Avec la pointe du couteau de boucher, Sam fit une longue entaille sur la joue de Mario, qui poussa un hurlement de douleur et de terreur.

- « Là, je sais que le message est passé. » Il le lâcha. « Je ne veux plus jamais entendre parler de toi, Mario. Si jamais ça venait à se produire, ce sera la dernière fois. Tu viens de recevoir un avertissement, tu n’en auras pas deux. C’est compris ? »
- « J’ai bien compris. » fit Mario, se tenant la joue de la main, comme pour arrêter le saignement.
- « Bonne journée, alors. »

Il s’en alla, laissant derrière lui le mafioso, fulminant de rage et de colère.

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